À Thon-Samson, Guy est un chasseur sachant se changer en sanglier… et en chanter les louanges (photos & vidéo) (Namur)

Un sanglier avec des lunettes, voyez-vous ça? Avec Émile, le héros de son 1er album illustré. Guy se met dans la peau de celui qu’on a trop vite catégorisé comme nuisible.

« Si vous entrez dans le bois, le geai va gueuler, pour prévenir les autres animaux.  » À l’orée des 9 ha boisés qui sont sa propriété depuis quelques années, Guy ne désespère pas, ce jeudi-là, de tomber sur un sanglier ou un chevreuil, camouflés, qui inspirent désormais ses écrits. Comment Émile est devenu un grand et fort sanglier?, est le premier d’une série qu’il espère longue.

Natif de Faulx, arrivé à Thon-Samson en 1986, amoureux de sa région baignée d’eaux et de verdure, l’ancien conseiller de cabinets ministériels en matière de fonds européens (jamais pour l’environnement, à son grand dam), est un passionné de nature, faune comme flore. « Mon grand-père braconnait pendant la guerre, pour trouver de quoi survivre. Je n’étais pas plus haut que trois pommes que je foulais les sentiers avec lui, il m’initiait aux joies de la nature, m’éduquant au petit gibier mais aussi aux arbres. À l’époque, on ne voyait des cerfs que dans les propriétés étendues. »

 

Sur le chemin des pyjamas

 

Lors de ces pérégrinations de jeunesse, le petit Guy a été amené à entrer en contact avec des sangliers pour la première fois. « Notamment, des marcassins, vous savez les pyjamas (leur fourrure change de couleur au fur et à mesure qu’ils grandissent). Si sympas que, forcément, j’ai voulu courir pour en attraper un mais mon grand-père m’a vite fait faire demi-tour. Si la laie décide de charger, vous avez intérêt à être capable de grimper aux arbres! « 

Guy Flahaux/Christophe Poissonnier

Plus tard, c’est en tant que chasseur que le désormais septuagénaire est devenu incollable sur cet animal emblématique des Ardennes, de leur ardeur d’avance, et pourtant poursuivi par une mauvaise réputation de nuisible. Notamment pour les dégâts qu’il cause dans les jardins ou les accidents routiers dont il peut être l’origine.

 

Sanglier à lunettes, pas de sornettes

 

« Émile, c’est la déclaration de tout mon amour pour cette espèce extraordinaire par son intelligence, son organisation matriarcale, sa force capable de lui faire surpasser les plus vilaines blessures, sa tête effrayante faite pour casser des os en cas de charge et sa faculté d’adaptation, passant de la forêt au milieu agricole. De plus, comme il y a profusion de nourriture pour cet omnivore – des champignons aux escargots en passant par les vers, les œufs, les fruits et les carcasses –, le sanglier a fini par se reproduire au rythme de trois portées en deux ans. Huit à dix jeunes, chaque fois. « 

Avec son inépuisable babeye, Guy Flahaux est passé de la tradition orale à l’écrit pour narrer l’histoire d’Émile, donc, un sanglier pas comme les autres. « Au fil du temps, j’ai rassemblé mes observations et mon ressenti pour vulgariser l’aventure d’un sanglier, sans négliger le vocabulaire spécifique. » Comme les vermilis, les traces laissées au sol sous les coups de boutoirs (groin et canines) de la bête.

Bête qui, pour les besoins de l’intrigue, est ici dotée de lunettes, bien représentées dans les dessins humoristiques de Christophe Poissonnier qui accompagnent le livre.

Guy Flahaux/Christophe Poissonnier

« Mon héros est handicapé. Alors que ses semblables sont nyctalopes, voient aussi bien le jour que la nuit, même si c’est loin d’être leur fort, Émile peut bien compter sur un odorat 400 fois supérieur à celui de l’homme mais n’a par contre pas été pourvu, à sa naissance, des bâtonnets derrière l’iris lui permettant de s’aventurer la nuit. Ce qui va changer sa vie, une fois séparé de sa mère et sa fratrie, puisqu’il devra déambuler le jour. Une existence déphasée puisque ses congénères se reposent la journée dans leur bauge, se croyant protégés mais pas à l’abri d’être surpris. Émile, lui, par sa particularité, va se familiariser aux activités et aux bruits humains, s’allier à d’autres animaux. »

 

 

Plus loin que manichéen

 

Chasseur de longue date, Guy Flahaux en est revenu et ne reconnaît plus forcément celle qui se déroule dans nos forêts de nos jours. Business, parfois plus que régulation.

« Le sanglier n’ayant plus de prédateurs, incarnés autrefois par le loup et le lynx, l’homme a son rôle de régulateur à jouer « , continue Guy. Et la comparaison est vite faite avec le territoire forestier au sol très schisteux, qu’il surveille au quotidien.

« Quand j’ai racheté cette portion de bois (l’entièreté compte 20 ha), en 2014, c’était la brousse, primaire. J’ai dessiné des chemins et éclairci cette masse pour qu’elle n’étouffe pas l’évolution des autres arbres. Depuis, j’ai planté 1 200 arbres, 32 espèces de feuillus et 12 de conifères. Avec le changement climatique, je fais des tests. Les cèdres qui demandent peu d’eau ont l’air de s’acclimater. Comme le platane, peu courant dans nos régions. Mes hêtres ont, eux, eu la tête brûlée, par la canicule d’il y a deux ans. J’espère que la sève va pouvoir retrouver son chemin. Puis il y a ces chênes tricentenaires, contemporains de Louis XIV, de Napoléon, et qui, sans doute, seront encore là 200 ans après ma mort.  »

Inspection du bois, et de ses habitants, avec Lily, le teckel.

EdA

Son bois est interdit à la chasse. Comme son livre qui esquisse l’organisation d’une battue, avec chiens et hommes armés (de quoi mettre la peur aux ventres des sangliers), mais ne rentre pas dans les détails.

 » Je ne voulais pas d’un livre manichéen, homme contre bête », témoigne celui qui chasse encore de temps en temps, à cheval sur les règles éthiques. « Pendant 20 ans, j’ai arrêté de chasser. Quand j’y suis revenu, j’ai découvert un autre monde, la traque du gros gibier, et de belles et mauvaises choses. Oui, il faut lutter contre la prolifération d’une espèce, mais pas question de prélever n’importe comment. Une fois, certains chasseurs sont arrivés jusque dans mon pré, c’est tout juste s’ils n’ont pas visé mon chat. Puis, il y a ces volières cachées dans les bois, dans lesquelles des faisans sont engraissés. Ce n’est plus de la chasse, c’est du business. »

En attendant, Guy cherche toujours à en savoir plus sur le règne animal et se réjouit, jumelles à l’appui, d’observer dans son bois des oiseaux de passage ou installés: bouvreuils, chardonnerets, tarins. Dans ce cadre reposant, entre la maison et la cabane, alors que sa femme Marie Annick réalise des synthèses de Wikipédia sur des animaux du monde entier, Guy cogite sa prochaine histoire: Oscar le brocard.

 

Un livre à débusquer dans les librairies namuroises et andennaises, sur le site de Chasse & Nature ou via [email protected] 44p., 17,90€

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