« Avant ça, j’ai eu des vêtements sales pendant 6 mois » (vidéo & photos) (Evere)

« Un lavoir, ça peut être tellement triste ». Alors Plouf ouvre un « wascafé » social dans une cité d’Evere. Ses premières bénéficiaires sont des femmes sans-abri logées en housing first. Mais tout le quartier est bienvenu. Un crowdfunding est lancé.

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« Moi je suis une grande babeltrut. Alors je viens faire ma lessive même si mes vêtements sont pas vraiment sales. Y a du soleil donc ça méritait bien un petit nettoyage de printemps ».

Anne-Marie ouvre le hublot d’une machine et y glisse son linge. Elle habite « juste à côté », dans le projet  » Sorocité  » de Communa. Dans ces logements sociaux d’Evere, l’ASBL spécialisée en occupation précaire et ses partenaires logent des femmes sans-abri en « housing first » (lire cadrée). Début février, une laverie sociale et solidaire s’y est ouverte : Plouf.

Podologie

Anne-Marie se marre. Elle joue à la figurante de publicité pour savon-lessive. Sur la tringle de la donnerie, Corinne passe en revue les « nouveautés » pendant que son linge tourne. C’est sa première chez Plouf. « Une blanchisserie et un babelkot, c’est une idée super. Un lavoir, ça peut être tellement triste. Et puis, sans cette laverie, on connaîtrait pas les gens du quartier ».

Les wasserettes, on y passe énormément de temps, mais qu’y faire? Ce, alors que 30% des ménages n’ont pas de machine à laver

Corinne n’est pas la seule à souligner la morosité habituelle des laveries urbaines, avec leurs consignes bilingues au-dessus des banquettes grises, les tambours qui ronronnent dans le mutisme des clients branchés sur smartphone et les distributeurs automatiques de détergents industriels. « Les wasserettes, on y passe énormément de temps, mais qu’y faire? », questionne Federico Giacometti, cofondateur de Plouf. « Rien »: c’est ce qui transparaît d’un questionnaire lancé dans les Marolles auprès d’étudiants, de riverains, de travailleurs qui viennent d’arriver à Bruxelles. « Or, d’après La Fonderie, 30% des ménages n’ont pas de machine à laver. Et ensuite, les sans-abri ont peu de points d’accès à l’hygiène ».

Il n’en fallait pas plus à Federico, Audrey Renier, Charlotte Martin et Solène Gastal pour plancher sur un concept de café-laverie. Le leur ne s’adresse pas qu’aux bobos à l’affût du dernier concept branché. « Ici au clos des Lauriers Roses, la plus proche laverie est à 12 minutes à pied. Il y a aussi des personnes âgées isolées qui ont besoin de parler ».

Je préfère passer plutôt que de rentrer directement et d’allumer la télé. C’est très convivial ici. Et très bien organisé.

Le lieu est un appartement délabré reconverti.

ÉdA – Julien RENSONNET

Cécile, riveraine, est revenue cet après-midi après une première escale en matinée et un détour par la pharmacie et la kiné. Elle a offert son tapis pour réchauffer le plancher en préfabriqué. L’Everoise vient faire sa lessive, mais pas seulement. « Je préfère passer plutôt que de rentrer directement et d’allumer la télé. C’est très convivial ici. Et très bien organisé », assure-t-elle en essuyant quelques tasses. Sur la liste des ateliers à venir, Cécile s’est inscrite pour offrir quelques séances de podologie. Il y aura aussi « ateliers lasagnes » et « confection de sachets de lavande » pour embaumer les armoires.

Lavande

La lavande s’évade déjà du savon proposé par Plouf dans un gros sachet en vrac. La poudre bio est comprise dans le prix: 2,50€ la machine et 1€ le sèche-linge. « On finance les 90€ de charges hebdomadaires », explique Federico, qui espère récupérer quelques dons « de qualité » dans les chaînes bios bruxelloises. « Avant que Plouf arrive, j’ai eu des vêtements sales pendant 6 mois parce que j’avais pas d’argent », confirme Megane. « 2,50€ pour 14kg, c’est correct ». Ce prix « sous le marché » est autorisé par l’absence de loyer. Il permet « une participation du public précarisé sans que ça soit un frein ». Le payement évite aussi un « contrôle social » induit par la gratuité. Tout le quartier peut en profiter, et pas uniquement les bénéficiaires du housing first. Le café n’en est que meilleur.

Megane apprécie autant le service offert par Plouf que ses tarifs.

ÉdA – Julien RENSONNET

Avant que Plouf arrive, j’ai eu des vêtements sales pendant 6 mois parce que j’avais pas d’argent. 2,50€ pour 14kg, c’est correct

Pour l’instant, Plouf fonctionne grâce au bénévolat. Un appart du bloc de logement a été reconditionné. Une baie dans un mur montre où le bar installera bientôt son robot à jus. Un crowdfunding est lancé pour financer cuisine partagée, donnerie, ateliers. « On cherche des soutiens partout », glisse Audrey Renier. « L’objectif, ça serait d’avoir un temps plein ou un mi-temps. Mais on pense que le bénévolat doit persister, tout comme l’implication des bénéficiaires ». Plouf fait aussi de l’expérience d’Everecity un test: « on voit quels sont les besoins des bénéficiaires. Et quand on aura des subsides, on ouvrira un 2e lieu au centre-ville ».

Pour attirer davantage d’hommes? « Le linge et les tâches ménagères, ça engendre forcément une forte présence féminine », opine Audrey. « Mais la mixité sociale et de genre est notre objectif. Plus tard, ailleurs, on organisera des soirées entre hommes pour leur prouver que c’est facile, qu’ils peuvent le faire. Et que ça allège la charge mentale des femmes ». Federico avoue: « Quand je suis arrivé ici, je me suis retrouvé à poils face à la lessive. C’est peut-être parce que je suis italien. Mais dans une laverie, tu es vraiment laissé à toi-même ».

Jamais avare de bons mots, Anne-Marie « la babeltrut », elle, s’y verrait bien jouer au Scrabble.

Le lieu fonctionne aussi comme une donnerie. A terme, il comptera un café tout équipé et une kitchenette partagée. De quoi proposer des ateliers cuisine.

ÉdA – Julien RENSONNET

+ « Plouf, laverie de quartier », 105.1 clos des Lauriers Roses à 1140 Evere, lundi de 10 à 18h, mardi de 10 à 16h, vendredi de 10 à 18h, samedi de 11 à 16h. Crowdfunding : par ici.

Housing first: d’abord le logement

Le projet Sorocité est mené par Communa sur le site d’Everecity. Les appartements de la cité sociale vont y être rénovés. Ils sont donc vides pendant 4 ans. Une quinzaine de femmes sans-abri y sont déjà logées selon le principe du « housing first ».

Le housing first inverse le cheminement classique de la réinsertion sociale en mettant le logement en début de chaîne. « L’ambition est de permettre à ces personnes de quitter la rue, leur donner les moyens pour se reconstruire et, au terme de l’occupation, assurer la passation vers un logement pérenne », résume Communa. « Leur accompagnement est assuré par nos partenaires: Samu Social, Diogènes, Infirmiers de rue et SMES ».

Plouf est installé dans le bâtiment blanc à l’avant-plan. Communa a investi ce bloc pour installer des femmes sans-abri selon la méthode du «housing first».

ÉdA – Julien RENSONNET

Le projet Sorocité, exclusivement réservé aux femmes, est la seconde expérience de housing first lancée par Communa. La précédente occupation temporaire de logements sociaux délaissés avait eu lieu à Ixelles pendant 24 mois. Outre des sans-abri, elle avait hébergé des jeunes en placement judiciaire et des personnes LGBTQI +.

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