avec deux jeux de société familiaux publiés fin 2021, Lammerant largue les amarres (vidéos) (Bruxelles)

Quentin Lammerant (alias Cléonis), ludophile invétéré, a publié, ces derniers mois, deux jeux de société. Un rêve d’enfant.

Que ce soit dans Timeland ou Embarquement immédiat, avec un plateau et des jetons, ou avec des cartes, l’heure est venue de partir à la découverte de la planète, sans se soucier du Covid qui a parfois cloué les avions au sol. « Dans un jeu de société, l’objectif est toujours de faire vivre une expérience, d’immerger le joueur, raconte Quentin Lammerant. Alors, l’évasion et des décors exotiques sont toujours de bons moyens d’y parvenir… surtout en ce moment. »

2021 a souri à ce Namurois établi à Bruxelles: deux de ses prototypes, élaborés sur son temps libre, sont devenus réalités. Un rêve de gosse. « Tout petit, j’ai découvert ce monde. Tous les vendredis, Didier Delhez, le fondateur de la revue de référence Plato Magazine, venait à la maison pour tester un jeu de société. Comme mon papa (NDLR. l’illustrateur Ivan Lammerant) n’aimait pas trop ça, c’est moi qui m’y collais. Et j’y ai pris goût. Jusqu’à suivre Didier dans les festivals dédiés. »

Des jeux familiaux

Le temps passant, la passion s’installant, Quentin s’est surnommé Cléonis sur les réseaux et a ouvert sa chaîne de chroniques vidéo de jeux de société. « Avec des perles mais aussi de très mauvais. De quoi me demander comment ils avaient bien pu être édités? Dans mon coin, je cherchais alors à les améliorer, à en créer des variantes. »

Le réflexe était pris. Même si les études allaient un peu l’éloigner de l’univers ludique, Quentin imaginait aussi ses premières aventures. « Oh, aux prémices, ça se résume à un plateau tracé sur une feuille A4 et des bouts de papier qu’on présente comme des sorciers ou des chevaliers. Je jouais avec des amis, juste pour le plaisir des personnages et du partage. Faire tester et retester son concept, c’est un passage obligé! (lire ci-dessous) »

Quand il s’est senti mûr, en collaboration avec son papa, Quentin a, via son site, autoédité gratuitement et en plein confinement, La ferme de… Outre deux pages à imprimer, le matériel est ultra-léger: 4 dés à six faces et de quoi dessiner.

Quentin et Ivan Lammerant

« C’est un jeu de stratégie accessible dès 6 ans et dont le but est de planter le plus de légumes dans son potager, tout en se méfiant des corbeaux. Pour planter une graine, le fermier en herbe doit dessiner le légume en question. » Ce « print & play, roll & write » a déjà été téléchargé 1 500 fois à ce jour.

Voyage, voyage

Une étincelle qui a ensuite poussé le vingtenaire à proposer d’autres de ces prototypes à des éditeurs. Avec succès. Le 1er octobre, sortait Timeland, intégré dans l’univers étendu Taluva de l’éditeur Ferti et illustré par Méroj. « C’est un jeu coopératif, on gagne ou on perd ensemble. » Une île de tous les dangers pour 2 à 4 aventuriers, le temps de 30 à 40 minutes.

Avec des tuiles, les explorateurs vont pouvoir former un temple (cinq configurations possibles et différents modes de difficultés) sur lequel ils vont pouvoir se déplacer, à la recherche de trésors perdus… avant que l’éruption du volcan ne les surprenne.

« J’ai vraiment voulu permettre à chaque participant de vivre sa vie dans cet univers hostile. J’ai donc restreint la communication par l’introduction d’un système de talkies-walkies. Histoire aussi que les adultes ne dirigent pas trop les enfants. Que ceux-ci aient droit à l’erreur. »

Dans un milieu moins hostile mais tout aussi dépaysant, Quentin a publié, au mois de novembre, Embarquement immédiat, en collaboration avec le Parisien Cédric Bouchet, pour le compte du… Petit Futé. Un groupe qu’on connaît habituellement plus pour ses guides de voyage que pour ses objets de loisir. « Ils cherchaient un jeu de cartes familial et transportable autour du voyage. Cédric m’a transféré leur appel d’offres et j’ai remporté la mise. »

Si c’est un jeu de commande, Quentin s’est servi d’une ancienne de ses idées pour faire mouche. « Sur le fond comme la forme – tout est réalisé en matériaux recyclés, sans plastique –, il est question d’écoresponsabilité. Avec des défis, des interrogations qui rythment chaque étape de ce tour du monde. Les 2 à 6 vacanciers doivent gagner le plus de points d’expériences possible qui leur permettront d’atteindre de nouvelles destinations. Toujours avec la possibilité d’en savoir plus sur les pays traversés. « 

Le plus important? Faire tester!

De l’idée acceptée par l’éditeur à sa parution dans les rayons des magasins, il faut environ deux ans, concède Quentin. « À partir de la signature, nous passons un an sur l’équilibrage, les règles. Il y a ensuite un an de design artistique, avec des échanges avec l’illustrateur pour que tout soit le plus lisible possible. Le marché du jeu de société est très semblable à celui des livres. Il y a un style, une ligne éditoriale à inclure. »

Si l’éditeur étudie avant tout le côté mécanique du projet, celui-ci doit être bien huilé. « J’ai de la chance, en tant que professeur, de faire tester mes épreuves à mes élèves. » N’allez pas croire que ce professeur de gym déroge à l’objectif de ses cours. « Non! En fait, je travaille dans une école bruxelloise de pédagogie active, j’y suis aussi coordinateur, responsable d’un atelier de ludopédagogie. Jouer développe plein de compétences chez l’enfant. Par exemple, un Loup-Garou est l’occasion rêvée pour acquérir des compétences d’argumentation et de français. »

Alors « Cléonis » fait tester ses prototypes à ses élèves, mais aussi dans les salons internationaux. « Faire tester son idée, rassembler les critiques et les réactions, c’est le plus important pour tendre vers la perfection. Si une phrase est mal ou pas comprise dans une règle, ça pose problème! Si on n’a pas de retours d’expérimentateurs à faire valoir, on ne trouvera pas d’éditeur. Il faut au moins cent parties tests pour être sérieux. Moi, j’aime quand c’est épuré, que le joueur peut s’immerger. « 

« Concurrentiel, mais Bisounours »: on ne vole pas l’idée d’un autre

En 2021, près de 1 800 nouveaux jeux sont sortis dans les magasins. « Dont le mien, s’émerveille encore modestement Quentin. Un succès ou un four, ça tient à rien. J’espère que le bouche-à-oreille va fonctionner. Je ne pense quand même pas que je vais en vendre 100 000 exemplaires (rires). À moins de gagner, sait-on jamais, le Spiel Des Jahres, le prix (allemand) le plus prestigieux au monde. « 

Si la concurrence est rude, sur son site, Quentin n’hésite pourtant pas à rendre accessible les esquisses de ses jeux, une manière de prendre la température du public. « Au début, forcément, j’avais peur que quelqu’un de mal intentionné me vole mon idée, la reprenne et l’améliore. Mais, en discutant avec des auteurs reconnus, j’ai compris que le meilleur moyen d’avoir la paternité d’un projet, c’est d’en parler. Il n’y a pas de brevet pour protéger une idée ludique, tout tient à la confiance.

Mais si quelqu’un la brise, tout se sait. Un éditeur l’a appris à ses dépens, il y a une dizaine d’années. En réalité, c’est un monde très concurrentiel mais aussi Bisounours, avec beaucoup de bienveillance et d’échange de conseils. Même s’il s’industrialise beaucoup, j’espère qu’il pourra garder ces valeurs.  »

Timeland, Ferti, 34,90€. Embarquement immédiat, Le petit futé, 17,95€.

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