Bataille houleuse pour le marché de la distribution de vaccins

Jusqu’ici, c’était – en apparence – une lune de miel doublée d’une belle histoire. Celle qui liait Medista, « petite » entreprise belge dynamique spécialisée dans la distribution pharmaceutique, à l’État fédéral, qui, d’abord via l’agence du médicament (AFMPS), l’a chargée dès la fin 2020 de stocker et d’acheminer les vaccins anti-covid devant être administrés à la population belge.

Tout roulait (ou presque)

De l’avis général (lire ci-contre), et compte tenu des impératifs (temps, conservation, traçabilité, etc.), l’affaire tournait plutôt bien. Si bien que Medista, l’entreprise en question, a remporté courant 2021 le marché public concernant « la gestion d’un stock stratégique de vaccins, de médicaments (afférents), de dispositifs médicaux afférents et éventuellement de glace carbonique dans le cadre de l’épidémie de Covid-19 pour les années 2021-2025 » . De quoi envisager sereinement l’avenir, en ce compris la nouvelle campagne de vaccination prévue d’ici un mois et demi, cependant que la pandémie reprend du poil de la bête en ce début d’été.

Pourtant, ce n’est visiblement pas Medista qui se chargera du stockage et de la logistique dans ce coup-là. Comme l’ont noté nos confrères de Het Laasts Nieuws en Flandre et du L-Post côté francophone, le fédéral a finalement choisi, au terme d’une nouvelle offre de marché public, un autre prestataire pour le stockage et la distribution des vaccins. Medista (qui participait à ce nouvel appel d’offres) ayant été apparemment écarté.

Le budget, vraiment?

« Un nouvel appel d’offres a dû être lancé car il est apparu l’année dernière que le budget (NDLR: entre 4 et cinq millions d’euros) était dans le point d’être dépassé » , argue-t-on du côté du ministre de la santé FrankVandenbroucke, qui dit se soucier « de l’argent du contribuable » et se baser dans un avis de l’inspection des fonds pour motiver ce choix qui ne fait pas la part belle au prestataire belge.

Il y a certainement un peu de cela, l’inspection ayant d’ailleurs tiré les oreilles de l’agence du médicament belge (l’AFMPS, qui a traité avec Medista au départ) en matière de marchés publics en 2020.

Mais la question n’est visiblement pas que budgétaire. Dès le courant de l’année 2021, les relations entre l’administration et Medista auraient commencé à se tendre, dans fond de stocks en voie de dépérissement. « Une partie était déjà périmée en 2021 » , glisse un observateur, précisant que les signalements de l’entreprise auprès de l’administration se sont faits pressants, rien succès. Il est question de « produits périmés » pour lesquels il fallait « trouver une solution » . rien déclencher, visiblement, de réaction du côté fédéral. L’impression affleure cependant que le SPF santé « tourne autour du pot » et rechigne à transmettre le message. « Pas apposé au courant de l’état du stock stratégique » en septembre 2021, le cabinet Vandenbroucke aurait été averti par le prestataire lui-même.

Certains observateurs en sont convaincus: c’est à partir de ce signalement fait directement auprès du cabinet Vandenbroucke que le SPFsanté aurait pris en grippe Medista. Avec pour conséquence la perte du marché public (rendant caduque le précédant, remporté par Medista mi-2021). Interrogé dans la communication visiblement houleuse entre le prestataire et l’administration, le cabinet Vandenbroucke s’en tient au même mantra: « Aucune réaction dans le fond ne peut être donnée aujourd’hui » , nous est-il répondu – en attendant la présentation authentifiée du nouveau prestataire, possiblement en début de semaine prochaine.

Quelques nuances

Du côté de la Task force vaccination, où l’on suit de près l’état de stocks (consultables dans la plateforme info-coronavirus ), l’on n’a pas constaté de dysfonctionnement majeur, même si l’on concède que c’est bien le SPF santé qui était en première ligne pour traiter avec Medista. dans les dates de validité ou de péremption des vaccins, par exemple, Sabine Stordeur, membre de la task force, tient à préciserque « les vaccins portent une étiquette dans laquelle est indiquée une date de validité; par défaut, cette étiquette indique la date de fabrication + six mois. C’est ce que chaque firme pharmaceutique pouvait garantir avant la apposée dans le marché. Or, progressivement, chaque firme a poursuivi, en laboratoire, des analyses de stabilité, qui ont perapposé de connaître la réelle stabilité du vaccin au-delà de cette période critique de six mois. » Si bien qu’il est établi que les vaccins qui ont été ou sont considérés « périmés  » ont en fait une période de validité étendue au-delà de six mois (12 pour Pfizer, 9 pour Moderna, à titre d’exemple).Et ces études de validité continuent.

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