Camionneurs français, camionneurs canadiens | JDM

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un oeil québécois. 

Je l’avoue humblement : je me suis gouré. 

Quand le mouvement des camionneurs a pris forme au Canada, je ne l’ai pas pris au sérieux. J’y voyais une insurrection éphémère, folklorique. 

Le Canada anglais est la nation la moins révolutionnaire qui soit, elle n’a pas de tradition insurrectionnelle. Plus encore : c’est une nation antirévolutionnaire, comme en témoignent ses origines loyalistes.

Camionneurs

Appelé à expliquer ce mouvement sur CNEWS, où je suis éditorialiste du lundi au jeudi à l’émission Face à l’info, j’ai donc expliqué à nos téléspectateurs qu’il ne se passait rien au Canada, et qu’après l’occupation vaguement festive d’Ottawa, tout rentrerait dans l’ordre. 

Puis le mouvement s’est emballé et s’est radicalisé. Il est parvenu à dégommer Erin O’Toole, le chef conservateur, avant de fragiliser Justin Trudeau, et d’obliger les gouvernements provinciaux à prendre au sérieux les exigences du déconfinement. 

Pour emprunter une formule de mon père, je me suis mis un doigt dans l’œil et les neuf autres dans l’autre. C’est le risque du métier. Quelques jours plus tard, je faisais un nouvel édito, pour amender mon analyse, d’autant que le besoin de comprendre d’une bonne partie du public allait en s’accroissant. 

Le mouvement des camionneurs a fourni à la contestation des mesures sanitaires le symbole mobilisateur qui lui manquait. Et le siège d’Ottawa devient le symbole, pour ceux qui sont emportés par la tentation de l’insurrection, d’une population en colère qui s’en prend à un pouvoir autiste et aveugle, et l’oblige à enfin entendre ses doléances. 

Leçon politique : une minorité radicale peut s’emparer d’une société.

En France, depuis quelques jours, ce mouvement fait des petits. 

Des convois se sont mis en route pour reproduire l’exemple canadien, d’autant qu’il s’est mythifié en traversant l’Atlantique. On les appelle « convois de la liberté ». On oublie rapidement que ce mouvement gâche chez nous la vie des gens ordinaires, et que la population, sans nécessairement le condamner en bloc, est néanmoins sévère envers ses dérives. 

On oublie qu’il ne représente pas la majorité de la population. On y voit un peuple révolté. Et les Français, nous le savons, sont sensibles à ce langage et cet imaginaire.

Les autorités françaises font tout pour stopper ce mouvement, pour l’entraver, pour l’empêcher de prendre forme. Les convois de la liberté sont interdits. À Paris, dès vendredi, se déployaient des blindés. 

On garde ici le souvenir des Gilets jaunes, un mouvement qui a d’abord suscité une immense sympathie, avant de se radicaliser et de paralyser une partie du pays.

Hier, les manifestants étaient à Paris, sur les Champs-Élysées. Que verrons-nous la semaine prochaine ?

Révolte

Comment éviter que cette contestation n’embrase le pays ? 

On comprend qu’elle canalise un malaise allant bien au-delà du passeport vaccinal. Ce malaise s’exprime souvent dans des théories ubuesques. On peut s’en moquer et juger délirants ces discours. Mais on aurait tort de se réfugier dans la dérision. 

Une vraie aliénation s’exprime. Elle est confuse, mais sincère. Pour éviter qu’elle ne dégénère, il faut chercher à la comprendre, à la comprendre vraiment.  

Recomposition 

La vie politique française se recompose à très grande vitesse. Les vieux partis politiques semblent dévitalisés, et condamnés à mourir un après l’autre. De nouveaux mouvements émergent, à gauche, au centre comme à droite. La France, en ce moment, devient un vrai laboratoire politique à ciel ouvert. Entre une gauche woke, un centre qui hésite entre le libéralisme et le progressisme, et une droite tiraillée entre le conservatisme et le populisme, l’avenir est ouvert. 

L’Ukraine au cœur de l’actualité 

Est-ce que la Russie va envahir l’Ukraine, ou pénétrer militairement son territoire ? Cette question structure l’actualité internationale. Emmanuel Macron s’est rendu en Russie rencontrer Vladimir Poutine pour engager une politique de désescalade. A-t-il réussi ? On ne sait pas trop. Mais les Français sont très attentifs à la capacité de leur président, et plus largement, de leur pays, de peser sur le sort du monde. C’est toute la différence entre un petit pays et un grand pays. 

Adieu la prospérité ? 

Nous avons longtemps vécu dans l’illusion d’une prospérité croissante et perpétuelle. Manifestement, ce mythe se désagrège sous nos yeux. Au cœur de la campagne présidentielle de 2022 s’impose la question du pouvoir d’achat. Certains disent que ce terme masque bien mal une réalité encore plus grande : celle de l’appauvrissement dramatique des classes moyennes et des milieux populaires. Un sentiment plane : nous entrons dans une époque où les nouvelles générations seront moins riches que les précédentes. 

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