Ce que révèlent les archives de la Police générale du Royaume (Anderlecht)

Un kidnapping organisé, sous le nez de la Gestapo, pour sauver des enfants juifs, une manifestation de femmes, des sabotages, Ce sont quelques-unes des nombreuses histoires surprenantes consignées dans des rapports de police sous l’occupation allemande et qui viennent d’être mis en ligne.

Ce jeudi 20 mai 1943, il est 23h20 lorsque la police reçoit un appel téléphonique du patron du cabaret situé au n°72 de l’avenue Clémenceau à Anderlecht. Il leur signale que des individus armés ont pénétré dans le couvent tenu par des sœurs gardes-malades, au n°70 de cette même avenue.

Immédiatement, les policiers se rendent sur place. « De la fenêtre du rez-de-chaussée, des sœurs nous apprennent qu’elles ont été enfermées par des individus armés. » C’est en escaladant le mur d’une maison voisine que les agents parviennent à pénétrer dans le couvent. Ils le fouillent et délivrent les sœurs.

Les agents apprennent que vers 22h30, des individus ont pénétré dans le couvent, ils ont menacé les sœurs avec un revolver et enlevé plusieurs enfants. Un enlèvement qui a permis de sauver 12 enfants juifs car la Gestapo avait prévu de les enlever le lendemain.

Depuis 2003, une plaque relate ce sauvetage sur la façade du bâtiment.

Cette histoire est tirée des 12 000 procès-verbaux de la Police générale du Royaume (1941-1944) qui viennent d’être numérisés et mis en ligne par les Archives de l’État.

La Police générale du Royaume : au cœur de la collecte d’information

Durant la Seconde Guerre mondiale, la Police générale du Royaume avait collecté des informations en tous genres sur la situation sécuritaire des villes et villages du pays. Avant de devenir le bras armé de la collecte d’information au service des occupants allemands, la Police générale du Royaume (PGR) était un service d’études du ministère de l’Intérieur initié en 1930.

Mais sous la houlette de Gerard Romsée qui prend la tête du ministère de l’Intérieur, la PGR va prendre une place centrale. Comme le précise Stéphanie Deschamps, attachée de presse des Archives de l’Etat: « Placée sous la direction d’un homme proche de l’Ordre Nouveau, Emile Van Coppenolle, la PGR va, petit à petit, faire main basse sur le recrutement et la formation d’une grande partie des agents de l’appareil policier belge. Pour mener à bien sa mission, le PGR va aussi se spécialiser dans la collecte d’informations. »

Journaux clandestins, actes de sabotage, attaques à main armée…

« Pendant plus de 4 ans arrivent chaque jour à la PGR des centaines de « procès-verbaux d’événements extraordinaires », envoyés par les brigades de gendarmerie et les polices communales de tout le pays. De fait, ces rapports offrent un point de vue rare sur ce que fut la vie en Belgique occupée: actes de sabotage, attentats ou distributions de tracts et journaux clandestins côtoient attaques à main armée, meetings politiques, grèves…. Enfin, à partir de 1944 apparaissent les traces de la lutte à mort qui s’engage entre résistants et partisans de la collaboration. »

Un sabotage de la voie de chemin entre Tournai et Antoing

Dans la nuit du 16 décembre 1943, la voie de chemin de fer Tournai et Antoing est sabotée à hauteur de Vaulx. Le rapport évoque des dégâts qui n’ont pas dû contraindre les autorités à interrompre la circulation des trains mais celle-ci n’a pas se faire que sur une seule voie

Archives de l’État

Une manifestation de 200 femmes à Binche

La Police générale du Royaume relève aussi scrupuleusement les manifestations. C’est le cas, ce matin du 20 mai 1942 à Binche. Dans le « faubourg de Battignies », un camion rempli de pains de la firme « Le bon grain », de Morlanwez est « assailli par 25 femmes qui ont tenté de piller le camion ». L’intervention de la police mettra fin à la scène.

« Immédiatement après ces faits, un cortège comprenant environ deux cents femmes s’est formé au faubourg de Battignies et s’est dirigé vers l’hôtel de ville de Binche. En tête du cortège, marchait une femme portant un calicot noir sur lequel figurait cette inscription, tracée à la craie: « Du pain ». Une délégation de 6 femmes a été reçue par Monsieur le Bourgmestre de Binche , qui n’a pas donné suite aux revendications. »

Archives de l’État

Surveillance des récoltes dans les champs

Parmi les 12 000 PV, sont aussi repris des « événements extraordinaires » survenus lors de la surveillance des récoltes. Ainsi, le 10 août 1943, l’escadron « Fraude de Mons » est en action dans la région de Cambron-Casteau, au lieu-dit « champ de l’abbaye » (soit à quelques dizaines de mètres de l’actuel Pairi Daiza).

« Les gendarmes rencontrent une bande d’une centaine d’individus armés de gourdin et de grosses pierres, occupés à piller un champ de froment. À la vue des gendarmes, ces individus, brandissent leurs gourdins et jetant leur pierre, prient la fuite. »

Deux pillards furent arrêtés.

Archives de l’État

À Bonneville (Andenne), un « événement extraordinaire » relevé dans un rapport est l’incendie criminel d’une meule de froment et d’une batteuse. « Une meule contenant 10 000 gerbes de froment et une batteuse, qui se trouvait à proximité ont été la proie des flammes. La meule, qui était gardée par deux hommes la nuit », appartenait au fermier Emile Frere, bourgmestre de Bonneville. »

Archives de l’État

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