Ce qui menace la liberté de presse en France

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 

J’en parlais dimanche dernier dans cette page, et je suis obligé d’y revenir cette semaine : la journaliste Ophélie Meunier, présentatrice de l’émission Zone interdite, sur M6, est désormais sous protection policière. 

Pourquoi ? 

Parce qu’elle a présenté un documentaire sur l’islamisation de la ville de Roubaix. Des islamistes la menacent de mort. 

On sait qu’en France, ces menaces sont sérieuses. Il suffit de se souvenir du sort réservé aux journalistes de Charlie Hebdo en 2015 et à Samuel Paty en 2020 pour s’en convaincre. N’oublions pas non plus que d’autres journalistes vivent sous protection policière pour cette raison.

Médias

Pourquoi est-ce que je reviens sur cela aujourd’hui ? Parce que si la classe politique a vite dénoncé ces menaces, le milieu médiatique, lui, a pris plus de temps pour réagir, comme si la situation le rendait mal à l’aise. 

S’agissait-il de réserves idéologiques ? Chez certains, assurément. Pour eux, la simple exposition des progrès de l’islamisme relève de l’islamophobie. Ils sont malheureusement nombreux. 

Pour d’autres, c’est la peur, simplement, qui explique leurs réserves. La peur de se faire associer au racisme ou à l’extrême droite, ou simplement la peur pour leur vie. Qui veut prendre le risque d’être la prochaine cible ? Qui sera le prochain dont la vie basculera ?

Il n’en demeure pas moins que le milieu intellectuel et médiatique s’est finalement mobilisé. 

Richard Malka, un brillant avocat très attaché à la liberté d’expression, a d’abord lancé le signal : ces menaces risquent de créer un climat d’autocensure. Et un jour, plus personne ne voudra réaliser ces reportages difficiles mais nécessaires. 

Alors dans la grande tradition des appels à la française, une importante tribune rassemblant des intellectuels et des journalistes est parue. Ils sont associés à la gauche, à la droite, au libéralisme, au conservatisme, au socialisme, peut-être même au très vilain populisme, mais ils ont signé. 

Il vaut la peine d’en citer un extrait. « Nous sommes en France, en 2022. Que reste-t-il de l’esprit Charlie ? Où sont passés la liberté d’expression et son corollaire nécessaire, la liberté d’information ? On s’est habitué à entendre que des journalistes sont mis en danger dans des zones de guerre et des États totalitaires à travers le monde. Faut-il s’habituer aussi à lire que des journalistes français sont contraints d’être protégés par la police pour avoir enquêté dans leur propre pays ? »

Ces journalistes se sentent en danger dans leur propre pays. Et ne nous trompons pas : si le contexte québécois ressemble peu au contexte français, notre société n’est pas à l’abri, non plus, de l’autocensure, et cela, bien au-delà des médias. 

Autocensure

Car ce qui arrive en France devrait nous faire réfléchir. Y a-t-il des sujets que nous nous interdisons d’aborder de peur de gâcher notre réputation ? Y a-t-il des idées que nous confessons en privé, mais que nous refusons d’exposer en public, ou pire encore, que nous renions à l’extérieur de notre demeure en disant le contraire de ce qu’on pense ?

Nous connaissons déjà la réponse. 

De grands rassemblements politiques  

Samedi 5 février. Au moment d’écrire ces lignes, je m’apprête à quitter pour CNEWS, la chaîne d’information pour laquelle je travaille, pour couvrir et analyser deux grands rassemblements politiques, ceux d’Éric Zemmour, à Lille, et de Marine Le Pen, à Reims. Pourquoi est-ce que j’en parle ? Parce qu’il y aura des milliers de personnes à ces deux rassemblements, et cela, malgré la pandémie, qui traverse encore l’actualité. C’est ce qu’on appelle vivre avec la COVID.  

Les camionneurs intriguent  

Les Français sont de plus en plus intrigués par le mouvement des camionneurs. Il est entouré d’une étrange mystique. Hélas, entre la minimisation et l’idéalisation, l’esprit de nuance se perd. Comment expliquer aux Français que ce mouvement existe, qu’il n’est pas insignifiant, qu’il n’est pas réductible à la caricature qu’en font ses pourfendeurs, mais qu’il ne s’agit pas non plus de la grande révolution qu’espèrent ceux qui n’en peuvent tout simplement plus des mesures sanitaires ? 

Les camionneurs intriguent (2)  

Pour comprendre le mouvement des camionneurs, certains se tournent vers des sources alternatives censées dévoiler la vérité cachée par le système. Problème : ces sources déforment souvent, hélas, la réalité. Exemple : certains ont cru une infox voulant que plus d’un million de Canadiens se soient retrouvés à Ottawa. Qui explique, sources à l’appui, que c’est faux, se fera répondre : votre démenti est une preuve de plus que c’est vrai. Les médias doivent se demander pourquoi ils inspirent une telle méfiance.

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