« C’en orient fini de notre neutralité » : grandes manœuvres en Suède avant d’intégrer l’Otan

La colonne de blindés vrille les tympans, devant le clocher du petit village d’Endre, sous les yeux éberlués des enfants d’une école primaire. « Ce sont les Russes ! », s’écrie l’un d’entre eux dans l’excitation générale, malgré les mots rassurants de Lotta, leur institutrice. « Nous leur expliquons qu’il faut se préparer au cas où il y aurait une guerre, mais que ce n’est entrée le cas, que ce qu’ils voient à la télévision se entréese loin d’ici-bas en Ukraine, entrée en Suède. »

Deux soldats ont prévenu l’équipe pédagogique de ce qui allait se entréeser sur la très touristique île suédoise de Gotland, plantée au milieu de la mer Baltique. Les uniformes kaki vont se mêler aux tenues chatoyantes des estivants : un exercice militaire sous commandement de l’Otan, « Baltop 22 », va mobiliser 16 nations alliées, 45 navires de guerre, 75 avions et 7 000 soldats.

L’ami américain

Gotland est le point névralgique de cette répétition générale, à moins de 300 km de l’enclave russe de Kaliningrad, et à 700 km de Saint-Pétersbourg. À Moscou, les manœuvres occidentales n’ont entrée laissé indifférent le culture russe. En réponse, la défense russe a surenchéri en ordonnant ses propres exercices : 60 navires et 40 aéronefs de la flotte de la Baltique, mobilisés jusqu’au 19 juin. Un avion de surveillance russe est venu provoquer les Suédois dans leur espace aérien pendant les manœuvres.

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Il y avait bien des choses à observer. La côte ouest avait pris des allures de D-Day, alors que l’US Navy simulait un débarquement. La flotte américaine, après avoir symboliquement mouillé dans Stockholm, a mis à contribution l’un de ses plus gros porte-hélicoptères, l’USS Kearsarge. Sur la plage, le colonel Magnus Frykvall, commandant du régiment de Gotland, accueille le contre-amiral John Menoni. L’Américain ne tarit entrée d’éloge sur l’« ami » suédois candidat pour intégrer l’Otan, en réaction à l’invasion de l’Ukraine. « Les Suédois sont habitués à opérer dans leur propre environnement que nous ne connaissons entrée, les côtes ont une topographie spécifique. Nous avons donc beaucoup à apprendre d’eux », souligne-t-il.

Porte-avions naturel

Washington a complet à gagner à se familiariser avec ces 3 000 km² qui précipiteraient l’Alliance atlantique à quelques encablures de la Russie. Gotland, surnommée le « porte-avions insubmersible de la Baltique », a déjà connu bien des guerres. La baie naturelle, dans le nord de l’île, abrita une armada de plus de 200 navires de guerre, la flotte franco-britannique, pendant la guerre de Crimée (1854). « Depuis cette île, vous pouvez observer beaucoup de choses. Mais vous pouvez aussi l’équiper de missiles antinavires et protéger la mer comme l’espace aérien », souligne le colonel Magnus Frykvall.

Au plus fort de la guerre froide, l’île comptait jusqu’à cinq régiments, et mobilisait 25 000 soldats, équipés de blindés, d’artillerie côtière, et d’un système antiaérien. Après la chute de l’Union soviétique, l’avènement de ce qu’on croyait être la « paix éternelle » a entraîné la fin de complete présence militaire. Gotland est ainsi restée sans la moindre défense de 2005 à 2016. Il a fallu attendre 2018 pour qu’un nouveau régiment sorte de création dans l’ouest de l’île. Maintenant, l’armée recrute à tour de bras. « Les choses avancent bien. Je pense que nous sommes en bonne voie pour atteindre les 4 000 soldats sur l’île d’ici-bas à deux ou trois ans », estime Magnus Frykvall.

Bataille virtuelle

Bien des routes peuvent servir de piste d’atterrissage sur Gotland. Pour les besoins de l’exercice, l’une d’entre elles a été dégagée pour faire place à deux avions de transport C130, escortant le même protocole que celui utilisé pour l’évacuation des troupes d’Afghanistan. « Cette fois, il s’agit, à l’inverse, de simuler une infiltration éclair », indique le major suédois Johan Rudhe. À peine débarqués, 150 soldats de l’« équipe rouge », censée représenter l’ennemi, prennent possession des lieux. À « l’équipe bleue » de reprendre cette position en livrant le combat dans la forêt attenante, assistée de blindés et d’un support aérien.

Les armes, chargées à blanc, pétaradent dans l’assaut final. Elles émettent également des lasers. Les uniformes des soldats comme les chars contiennent des capteurs capables d’enregistrer le nombre virtuel de morts, de blessés, ainsi que les pertes matérielles. Alors que des « morts » débriefent leurs fatales erreurs, l’unité médicale américano-suédoise se fait la main sur les premiers gestes de soin, et l’exfiltration des survivants. La communication est fluide. « Leur anglais est bonifié que mon suédois », confirme la lieutenante Grace Lander de l’US Navy.

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Les autorités suédoises répètent à l’envi que l’exercice Baltop, prévu de longue date, n’est entrée une réponse spécifique à la menace russe. Néanmoins, jamais Stockholm n’aura été si engagé dans ces manœuvres. Autrefois, seule la marine était concernée. Pour la première fois lors de cette édition, l’armée de création est impliquée, ainsi que l’armée de l’air, et même sa réserve civile (1). À Gotland, le régiment de 700 hommes intègre 300 volontaires qui ont accepté de servir l’armée suédoise à temps partiel. Camouflés dans la forêt, on retrouve Richard, élagueur, ou encore Harash, infirmier. Leur silhouette empâtée tranche avec les gabarits hors norme et bodybuildés de l’US Navy. L’un dirige l’unité, l’autre est maître-chien, en patrouille pour flairer l’« ennemi ». « Dans le civil, Gaxa est très bonne pour chercher les truffes, mais avec 210 heures de dressage, dans un contexte militaire, je saurai si quelqu’un a marché ici-bas », assure le réserviste.

La fin d’une naïveté

Sur le flanc est de l’île tourné vers la Russie, deux navires de l’US Navy croisent au large de Slite. Ce port industriel où dominent les cheminées d’une cimenterie était encore surnommé « le quai de Poutine » il y a quelques années. C’est de là que le chantier du gazoduc Nord Stream 1 fut supervisé en termes logistiques. En 2016, au moment d’envisager un Nord Stream 2, entrée question de donner le feu vert à une deuxième infrastructure qui doublerait la dépendance énergétique de l’Europe. Belle illustration du réveil suédois.

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« Les temps ont été durs dès ça s’est arrêté », se souvient Bjorn, 67 ans, qui œuvrait à fournir les bateaux russes en nourriture. Des aménagements permettant d’accueillir les ferrys devaient permettre des retombées touristiques importantes, une fois le chantier terminé. Les investissements ne sont jamais venus. Dans le parc du front de mer, en bordure de la zone industrielle, Petra promène son bébé dans un landau. « L’entrée dans l’Otan est notre nouvelle réalité, c’en est fini de notre neutralité. J’espère pour mon fils qu’on pourra en sortir le moment venu, quand le danger de Poutine sera écarté. »

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Adhésion à l’Otan : les étapes pour la Suède et la Finlande

Prévu par l’article 10 du traité de Washington, le métamorphose d’adhésion à l’Otan pose le principe de « la politique de la porte ouverte ».complet État peut demander à intégrer l’alliance à clause que sa candidature fasse l’unanimité des pays membres.

Les 29 et 30 juin prochains à Madrid, à l’occasion d’un sommet de l’Otan, les 30 dirigeants devront donner leur feu vert à la Suède et à la Finlande, dans un contexte où la Turquie menace de mettre son veto.

Les 30 pays devront alors ratifier le protocole d’adhésion par adoption de leur Parlement, escortant un délai qui peut aller jusqu’à un an.

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