cherchant à percer le secret du géant, Julien Lambert continue de faire grouiller Villevermine (BD & vidéo) (Dinant)

Pour le 3e tome de sa série BD, Julien Lambert nous traîne dans les sous-sols de sa ville-monde. Pas de Tortues Ninjas à l’horizon, mais un géant, Sam; une secte et un merlin, le Fendeur.

Jacques Peuplier, on ne dirait pas comme ça mais, sous ses airs taiseux, cet électron libre a les “moyens de vous faire parler” (comme disent les méchants dans les films). Ou, en tout cas, vos objets, si vous n’êtes pas prêt ou plus là pour livrer vos secrets. Jacques, c’est ce détective privé un peu brute, aux oreilles duquel murmurent les objets (d’un mégot à un feu rouge en passant par une petite cuiller).

Julien Lambert chez Sabarcane

Un étrange, et parfois embarrassant, super-pouvoir que le Mesnilois Julien Lambert nous a fait découvrir dans un 1er diptyque, couronné de succès tant critique que public (avec comme point d’orgue le Prix SNCF du Polar BD au festival d’Angoulême).

Planche originale

Julien Lambert

Interroger la violence

De quoi permettre à son auteur de continuer son bonhomme de chemin dans son univers-phare et obscur: Villevermine. Dans le tome 3, Julien explore une autre partie de cette ville qui en vaut mille et plonge dans ses entrailles gorgées d’eau et de haine. « Villevermine est un surnom. Comme je n’ai pas encore découvert son vrai nom, tous les habitants l’ont oublié, je n’ai pas non plus de carte des lieux. Elle serait en perpétuel mouvement, de toute façon. J’aime ne pas avoir de frontière. Ici, tout est possible et, cette fois, je voulais aller dans le sous-sol humide, où il y a de la tuyauterie partout. « 

Planche originale

Julien Lambert

Pour reconstituer cet univers souterrain habité, Julien s’est notamment aidé de photos tirées à Casablanca, il y a deux ans, dans un style architectural coulé dans le béton des années 30. Mais aussi de Venise.

Au bord du fleuve, Jacques Peuplier se promène, mandaté pour retrouver un ancestral merlin, symbole de la force de l’Homme, sa violence aussi. À laquelle Jacques n’est pas étranger. Il peut se laisser emporter.

« Si cet album peut évoquer les décors d’égouts des Tortues Ninjas, de Batman, séries animées qui ont été de grosses influences de mon enfance, la violence n’en était pas absente, qu’elle soit gratuite ou légitime. Ça me plaît de jouer avec elle, visuellement (avec quelques scènes dingues), mais je voulais l’interroger, trouver d’où elle vient et réfléchir au sens de ce que je dis et mets dans mes albums. La 1re fois que j’ai dédicacé, je me suis retrouvé à côté du Néo-Zélandais Colin Wilson (La jeunesse de Blueberry, Star Wars…) qui m’avait raconté avoir pris en pleine poire la violence de l’adaptation cinéma de son livre Du plomb dans la tête. Encore plus quand il avait réalisé qu’elle venait en droite ligne de sa BD. » Matière à réfléchir.

Julien Lambert chez Sabarcane

Le média n’est donc pas anodin dans sa symbolique et, sous ses allures de chasse au trésor et d’enquête faisant la part des choses entre différentes versions des faits, Julien Lambert inclut des sujets brûlants, à petites doses essentielles: les rapports hommes-femmes, le contrôle de soi et l’incomplétude de son héros, l’identité et le droit à la différence (mieux, à la liberté!), les secrets de famille qui se transforment en malédictions.

Puis, les sectes. « Un sujet qui me stimule et me fascine. Pour la base de cette histoire et son titre, je me suis d’ailleurs inspiré de la légende du tombeau du Géant à Botassart (Bouillon), selon laquelle la foule a poursuivi le géant jusqu’à une issue fatale. »

Planche originale

Julien Lambert

Comment en arrive-t-on, au nom d’une communauté, à commettre l’irréparable? En tout cas, en guise de final de cet album très réussi, pas de banquet digne d’Astérix mais un mouvement foule carnavalesque et arc-en-ciel, véhicule d’humanisme festif.

Une ville dans la ville

Désormais citoyen de Draguignan où il a écrit, dessiné et colorisé (aidé par sa compagne, Manon Textoris) cet album, Julien est fidèle à son terroir et ses habitudes: enrichir sa cité imaginaire d’une multitude de détails qui sentent le vécu. « Des amis me disent lire deux fois l’album, une pour l’histoire; la seconde pour les clins d’œil. » Ainsi, avec leur autorisation, Julien a reconstitué les cabanes post-apocalyptiques (comme dans les films Hook, la revanche du Capitaine Crochet ou Waterworld chers au dessinateur) des enfants terribles de Lost Niños, ce collectif liégeois qui décore notamment Esperanzah!

Lost Ninos dans la réalité, à Esperanzah!,…

EdA – Florent Marot

… et en BD (bref aperçu dans la 4e case.

Julien Lambert chez Sabarcane

Marques d’affection immortelles

Sur les murs et les pilastres, fleurissent aussi des tags Rire et vivre. « La première fois que je me suis rendu à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, j’ai vu ce graffiti depuis l’autoroute. Je me suis très vite rendu compte qu’il était partout dans notre région. » Au fil des pages, les allusions continuent: RFC Mesnil, Salle TCB (Tennis club Beauraing), Beauraing is not dead mais aussi CFV (Carrières du Fond des Vaulx). « Un proche qui y travaillait portait une casquette siglée CFV. Pour moi, c’était devenu une marque.  » Anonymement, des portraits de copains ont été glissés çà et là.

Médecin fantôme

Puis, il y a ce Dr. H. Bouti – Médecine générale et chirurgie purificatrice dont Jacques Peuplier va trouver trace dans les souterrains. « C’est un lecteur que je n’ai pas encore rencontré en vrai mais que j’apprécie beaucoup. Nous avons eu quelques échanges très amicaux et il a beaucoup parlé de moi sur un groupe de passionnés de BD. Quand j’ai inclus ce médecin, qu’on ne verra jamais dans l’album, pas foncièrement sympathique, j’ai demandé à Hedi la permission de mettre son patronyme. « 

Julien Lambert chez Sarbacane

Éd. Sarbacane, 92p., 18,90€

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