Conflit en Ukraine: est-ce le début d’une troisième guerre mondiale?

Les bombardements s’intensifient dans l’est de l’Ukraine, quelques heures après un discours de Vladimir Poutine dans lequel il semble paver la voie à un conflit armé avec l’Ukraine. Assistons-nous au début d’une troisième guerre mondiale?  

Pour y voir plus clair, Charles-Philippe David, fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand et professeur titulaire de science politique à l’UQAM, répond à nos questions. 

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Ce qui s’est passé dans les dernières heures   

Après avoir proclamé à la télé l’indépendance de Louhansk et de Donetsk, deux régions séparatistes prorusses de l’Est ukrainien, Poutine a été catégorique: l’Ukraine «n’est pas un pays».  

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La déclaration a mis le feu aux poudres. Les bombardements se sont intensifiés depuis et les autorités ukrainiennes ont annoncé la mort de deux militaires, ainsi que celle d’un civil. Il s’agit de la première victime civile confirmée cette année dans ce conflit qui, depuis 2014, a fait plus de 14 000 morts. 

La menace d’une guerre pèse donc de plus en plus lourd en Europe, alors que le Kremlin semble de moins en moins enclin à envisager la voie diplomatique. 

Est-ce qu’on se rapproche vraiment d’une guerre entre l’Ukraine et la Russie?   

«Absolument. Je ne crois pas que Poutine bluffe en ce moment. Avec le discours qu’il a tenu hier, je ne peux pas exclure que la Russie envahisse non seulement les régions de l’est, mais toute l’Ukraine», s’inquiète Charles-Philippe David. 

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Mais comme Vladimir Poutine est reconnu pour être imprévisible et que les relations internationales, ce «n’est pas une science», il est difficile de voir clair dans son jeu. 

«Est-ce qu’il va se contenter des provinces séparatistes ou est-ce qu’il va pousser plus loin? Je n’en sais rien. Personne ne le sait. Est-ce qu’il peut pousser plus loin? Oui. A-t-il la capacité de le faire? Oui. A-t-il peur des conséquences? Oui et non. Il a dû bien réfléchir à ses affaires», dit-il. 

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Est-ce qu’on assiste au début d’une troisième guerre mondiale?    

Si ce scénario catastrophe devait se produire, il dépendrait non seulement des prochaines décisions de Moscou, mais aussi de la réponse occidentale à ces décisions. Mais puisque la Russie est une puissance nucléaire qui a les moyens de ses ambitions, M. David estime qu’il est très peu probable que l’Occident s’engage dans une guerre ouverte contre elle. 

Le président américain, Joe Biden, a d’ailleurs été clair: les États-Unis n’interviendront pas militairement si la Russie envahit l’Ukraine. 

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Le scénario serait toutefois bien différent si la Russie s’attaquait à des pays membres de l’OTAN. 

«Il y a une clause de défense mutuelle entre les membres de l’OTAN. C’est un pour tous et tous pour un. Pour que le conflit se repende ou s’envenime, il faudrait que la Russie s’attaque aux frontières de pays comme la Pologne, la Slovaquie, la République tchèque ou encore les pays baltes. Si un de ces pays était attaqué, ce serait différent», explique le professeur.  

Rien n’indique pour l’instant que Moscou a l’intention d’étendre ses opérations ailleurs dans la région. 

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«Poutine croit que l’Ukraine lui appartient. Pour lui, il y a une différence entre l’Ukraine et les autres parce qu’elle, ça fait partie de son patrimoine», analyse M. David. 

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Quel est l’objectif principal de Vladimir Poutine?    

Si l’homme fort du Kremlin répète à tout vent qu’il souhaite freiner l’expansion de l’OTAN et des Occidentaux dans la région, cette volonté n’expliquerait pas tout. 

«L’OTAN ne s’est pas élargie à l’Ukraine depuis sa promesse faite en 2008. Si c’était vraiment un problème ou une perspective éminente, ça se saurait, parce que ça fait 14 ans qu’on en parle. Je crois que c’est un faux problème», soutient M. David. 

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Selon lui, Vladimir Poutine tente plutôt de freiner l’influence de la démocratie ukrainienne sur son pays. 

«Ce qui pose particulièrement un problème à Poutine, c’est la dérive démocratique qu’il perçoit en Ukraine. Il voit que c’est dangereux pour lui et pour la Russie. Le fait que ce pays soit beaucoup plus démocratique depuis huit ans, que les chefs d’État y aient été remplacés, que l’on tolère des contestations et des manifestations publiques à Kiev. Tout ça, pour lui, c’est de l’hérésie qui ne pourrait pas se passer à Moscou.»

À quelles conséquences doit-on s’attendre dans le monde?    

Le monde retombera dans une logique de guerre froide, croit M. David. 

«Pour moi, la minute que des bombardements vont se faire entendre sur Kiev et ailleurs en Ukraine, on peut dire qu’il va y avoir eu un avant et un après. On est un peu de retour dans les dynamiques de la guerre froide, c’est-à-dire que l’avenir passe réellement par les armes et la défense. Quelle que soit l’option que retiendra Poutine dans les prochains jours, nous allons assister à une militarisation accrue des relations internationales.»

À court terme, les conséquences seraient évidemment catastrophiques pour le peuple ukrainien, poursuit Charles-Philippe David. 

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Une dame marchant devant immeuble détruit en Ukraine.

«Il risque d’y avoir une fuite humanitaire sans précédent depuis ce qu’on a vu en Bosnie dans les années 1990. Un mouvement de population énorme, jusqu’à cinq millions de personnes qui iraient trouver refuge dans les pays d’Europe voisins.»

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Quelles seront les conséquences pour le Canada?    

Le Canada risque de s’en tenir à «une réprobation morale publique», puisqu’il n’a simplement pas les forces armées ou l’influence pour changer quoi que ce soit dans ce dossier, estime M. David. «On n’a pas les moyens de nos ambitions», insiste-t-il. 

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Mardi, Justin Trudeau a néanmoins annoncé une «première série» de sanctions financières visant la classe politique russe ainsi que deux banques soutenues par l’État russe, de concert avec plusieurs pays alliés de l’Ukraine. Le Canada enverra également jusqu’à 460 militaires de plus en Lettonie, où se trouve déjà une base militaire canadienne.

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Là où le conflit pourrait se faire le plus ressentir, c’est aux frontières. Étant donné que le Canada compte déjà plus de 1,3 million de citoyens avec des racines ukrainiennes, il risque d’être confronté à un énorme flux migratoire, prévient M. David. 

«Il risque d’y avoir des millions de déplacés et le Canada sera assurément une des destinations privilégiées. C’est un des sérieux impacts qui pourraient affecter le pays. On en aurait plein les bras ici si on devait ouvrir rapidement nos portes et nos aéroports à l’Ukraine.»

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