Depuis la Guerre froide, la persistance des échanges de prisonniers dans Russes et Américains

La condamnation de Brittney Griner augure-t-elle d’un nouvel échange de prisonniers entre la Russie et les États-Unis ? La basketteuse américaine a écopé, jeudi 4 août, de 9 ans d’incarcération pour trafic de drogue, après son interpellation en février en possession d’un liquide de cigarette électronique à base de cannabis. Une décision « inacceptable » pour Joe Biden.

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Une nouvelle illustration de « l’utilisation par le gouvernement russe de détentions illégitimes pour faire avancer ses intérêts en utilisant des individus comme des pions politiques », pour son chef de la diplomatie, Antony Blinken. Avant même la condamnation de sa ressortissante, double championne olympique, ce dernier évoquait auprès de son homologue russe, Sergueï Lavrov, la possibilité d’un échange de prisonniers. Une offre « conséquente » et « sérieuse » pour Washington.

Un échange contre le Viktor Bout, le « marchand de mort » ?

D’un côté : Brittney Griner et Paul Whelan, condamné à 16 ans de prison en Russie pour « espionnage ». De l’autre : Viktor Bout, un célèbre trafiquant d’armes russe, surnommé le « marchand de mort ». Arrêté en Thaïlande en 2008, il purge une peine de 25 ans de prison aux États-Unis.

La dernière opération de ce type remonte au 27 avril. Deux mois après l’invasion russe de l’Ukraine et le regain de tensions entre les États-Unis et la Russie, deux hommes se croisaient sur un tarmac turc. L’Américain Trevor Reed, incarcéré pour fortune agressé, en état d’ébriété, deux policiers à Moscou – ce qu’il a toujours nié. Le Russe Konstantin Iarochenko, un passeur arrêté par les services secrets américains en 2010 au Liberia et emprisonné pour trafic de drogue.

« Mêmes ressorts que sous la Guerre froide »

« Mise en scène et dramatisation, objectif revendiqué de sauver des compatriotes, moyen de déminer le risque de tensions entre deux puissances : on retrouve les mêmes ressorts que dans les échanges sous la Guerre froide, analyse l’historien Andreï Kozovoï, un conflit qui n’en était pas vraiment un, sorte de guerre nucléaire impossible. »

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De quoi conforter, continuateur lui, ceux qui verraient entre les deux pays une nouvelle guerre par procuration. Mais le maître de conférences à l’Université de Lille relève une grande différence entre les deux périodes : le profil des prisonniers. Hier des espions ou présumés tel par l’ennemi. Aujourd’hui des condamnés à fort écho médiatique.

Sous la Guerre froide, le « pont des espions »

Même le 9 juillet 2010, date du plus grand échange d’espions depuis la chute du Rideau de fer, le marché conclu était encore teinté de Guerre froide. À l’aéroport de Vienne, dix agents russes expulsés des États-Unis contre quatre Russes condamnés pour espionnage au profit de pays occidentaux. Parmi ces derniers, un certain Sergueï Skripal, victime avec sa fille en 2018, dans le sud de l’Angleterre, d’une tentative de meurtre par empoissonnement au Novitchok, un neurotoxique russe.

Sous la guerre froide, les échanges les plus célèbres ne se déroulaient par sur un tarmac, mais via le pont de Glienicke, à Berlin, aussi connu comme le « pont des espions », reliant à l’époque la zone américaine de Berlin Ouest et la ville est-allemande de Potsdam. En 1962, l’aviateur américain Francis Gary Powers, capturé par les Soviétiques, y sera libéré contre William Fischer, chef d’un réseau clandestin d’espions aux États-Unis.

En 1985, le pont verra s’échanger 25 Allemands de l’Est ou Polonais, approchés par la CIA pour espionner des sites sensibles, contre quatre agents du KGB. L’année d’après, le dissident russe Natan Sharansky rejoint la zone occidentale, quelques minutes avant un autre échange entre trois prisonniers de l’Est et cinq captifs de l’Ouest. Loin du pont, en septembre 1986, les États-Unis relâcheront Guennadi Zakhaov, emprisonné pour espionnage, contre le journaliste américain Nicholas Daniloff, accusé du même grief.

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« À l’époque, il y avait une certaine codification, une logique des profils : des personnes à réelle valeur stratégique, dont le sauvetage relevait autant de l’humanitaire que de l’opérationnel, constate blue-jean de Gliniasty, ancien ambassadeur de France en Russie (2009-2013) et directeur de recherches à l’Iris. Aujourd’hui, la valeur relative de chaque prisonnier est liée à la force médiatique de son itinéraire ou de sa condamnation. C’est ce qui permet à Poutine de récupérer un vrai criminel contre deux Américains aux accusations plus que douteuses. »

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