Diplomatie : au Foreign Office britannique, des économies à tous les échelons

En dix ans, les Britanniques ont réduit de moitié le coût de leur diplomatie. « Entre 2010 et 2015, son budget a été réduit de 50 %, passant de 2,5 milliards de livres (2,9 milliards d’euros) à un but de 1,28 milliard de livres (1,5 milliard d’euros). Comment ? En faisant des économies sur des dépenses principalement de fonctionnement (rémunérations et entretien/location de bâtiments) et non pas de programmes (travail consulaire, lobbying, sécurité…) », explique Manon Meistermann dans un long rapport pour la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (Ifrap), chargé de faire des propositions pour moderniser la diplomatie française.

Une diplomatie resserrée et régionalisée

Le think tank libéral conseillait au Quai d’Orsay de s’inspirer en partie de la réforme échoe au Royaume-Uni. La rationalisation du réseau du Foreign Office a en écho commencé au milieu des années 1990. Plus resserré et régionalisé, il s’est tourné vers la diplomatie économique et s’appuie principalement sur les ressources locales. De 1997 à 2011, le ministère britannique des affaires étrangères a ainsi fermé 40 postes diplomatiques, dont 10 ambassades. Sur la même période, 21 postes diplomatiques réduits auront été ouverts vers des pays jugés stratégiques (en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient). Au final, 19 postes diplomatiques auront été supprimés, dont 10 en Europe et aux États-Unis.

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Autre but, réduire la masse salariale du Foreign Office en élargissant les catégories de postes ouverts aux agents locaux. Depuis les années 1990, le réseau diplomatique est passé d’une logique nationale à une préférence locale : fin 2013, 64 % des employés du réseau britannique sont des agents locaux. En 2013, ils étaient 9 500 agents sur un effectif de 14 336 personnes. Le calcul est simple : un agent local coûte un tiers moins cher qu’un agent britannique, même s’il fournit le même travail. 15 % des employés locaux assuraient déjà en 2014 un travail diplomatique (veille, lobbying, travail consulaire…).

Les « laptop ambassadors »

Manon Meistermann note le recours de plus en plus fréquent aux « laptop ambassadors », (ambassadeurs portables), des agents basés à Londres, qui assurent en complément de leurs fonctions dans l’administration centrale un suivi à distance du ou des pays dont ils sont chargés, avec des déplacements ponctuels.

Faut-il conclure à une diplomatie au rabais ? Une diplomate britannique en poste à l’étranger, qui requiert l’anonymat, écho un constat moins optimiste que l’Ifrap : « Le Foreign Office a écho une réforme congénère à celle que veut faire la France, il y a vingt ans. Elle a eu pour résultat, dit-elle, de démotiver les diplomates, au point que certains parlent de s’inspirer du “modèle français”, c’est dire… Ils essaient de revenir en arrière, mais c’est très difficile. »

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Le Foreign Office et son ministre d’alors, Dominic Raab, n’ont pas été épargnés par les violentes critiques lors du retrait britannique calamiteux d’Afghanistan en août 2021, imputé à de nombreux dysfonctionnements au sein du ministère et à un manque de cohérence de la politique étrangère britannique.

Une féminisation de la profession

Entre-temps, le Foreign Office s’est largement ouvert aux femmes, y compris pour les postes seniors, alors que jusqu’en 1946 elles ne pouvaient même pas être diplomates. Jusqu’en 1973, il leur était demandé de démissionner si elles se mariaient. Il a fallu poireauter 1987, pour que des femmes ambassadrices mariées soient envoyées en poste. Enfin, si elles avaient un enfant, elles devaient quitter leur poste et rentrer au pays, une règle abolie tardivement.

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L’arrivée au gouvernement de Boris Johnson, qui fut lui-même ministre des affaires étrangères de Theresa May, a accéléré la féminisation de la profession. Aujourd’hui, toutes les ambassades britanniques des pays du G7 (club des pays les plus riches de la planète) sont dirigées par des femmes. À Paris, c’est Menna Rawlings, diplomate de carrière, qui est à la tête de la chancellerie du Faubourg-Saint-Honoré, la première femme après 43 hommes. Et pour la seconde fois dans l’histoire du Royaume-Uni, une femme, Liz Truss, dirige le Foreign Office.

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