« Du rap comme on n’en fait plus » (Bruxelles)

La Smala en concert du côté de Ronquières, en 2015.

BELGA

La Smala revient avec un EP 7 titres, « Hors du temps ». La magie opère-t-elle toujours?

Bruxellois, rappeurs et en groupe: au confluent de ces trois mots, impossible de ne pas penser à La Smala. Fondé en 2007, le collectif forgé par Seyté, Senamo, Flo et Rizla a roulé sa bosse dans un microcosme où « le rap de BX », pourtant énergique, peine parfois, injustement, à rencontrer le succès commercial. Qu’à cela ne tienne: le succès critique et d’estime, lui, fut bel et bien là, notamment sur les albums « Un murmure dans le vent » et « Un cri dans le silence ». La dernière livraison, « 11h59 », parue en 2018 engendra moins de décibels médiatiques mais confirmait la ténacité de la « Smali Smoul », adeptes du boom-bap à l’ancienne, adorateurs de la punch incisive et d’un hip-hop peu commercial qui s’asseoit sur les clichés éculés du genre. Depuis, toutefois, calme plat: c’est en solo que les trentenaires ont roulé leur bosse, loin des médias, et même du rap pour certains d’entre eux.

Mais le temps des retrouvailles, quasi complètes (seul Shawn-H, qui avait gagné l’aventure en cours de route, manque à l’appel), est venu: La Smala sort, ce vendredi, son nouveau projet: « Hors du temps », un EP de 7 titres où les punchlines claquent, 31 minutes durant.

D’une tonalité globale épousant les thèmes du retour (« ceux qui vont dit qu’on était dead ils vous ont menti », sur « Bang Bang »), de l’impossibilité d’accéder au sommet en restant authentiques (« J’me contenterai de mes dix milles vues, oui/ Sans donner mon cul/ Ni faire un cuni à la rue »), de l amélancolie nostalgique à l’observation noire du monde et de son époque (« Peine perdue », « Aimez moi »), on y observe que le flow de Seyté et Rizla reste un miel délicat pour tartinage de conduits auditifs avertis, que F.L.O. n’a rien perdu de son coffre et que même si Senamo a opéré un changement de direction artistique parfois perturbant depuis ses débuts, l’otaku garde une sérieuse capacité à envoyer du kick sous la pédale (sur le seul feat de l’album, avec la Scred Connexion, par exemple).

Si La Smala sait toujours faire de La Smala, est-ce les affres du temps, l’alchimie entre les membres semble toutefois manquer de la folle énergie d’il y a quelques années – celle de « Barillet », par exemple – et se limite sans doute un poil trop à l’enchainement de couplets solo. Cela n’empêche pas le groupe d’aborder des thématiques nouvelles, ambitieuses et nécessaires (« Elle », audacieux en ce qu’il est peut-être ce que le rap belge a produit de plus féministe) ou de se mettre à la page avec quatre (!) changements de prod et de visuels sur le meilleur morceau de l’album, « Hors du temps », clippé, où chaque couplet détaille avec talent l’univers de chaque smalien.

« Du rap comme en fait plus », on cite Seyté lui-même. De fait, et c’est déjà pas si mal.

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