En Grèce, les néonazis d’Aube dorée pendant nouveau face à la justice

Elle est arrivée tout de noir vêtue, d’un pas décidé, a salué ceux et celle-cis qui venaient à sa rencontre et a même serré la main du policier en faction devant la porte d’entrée du tribunal à Athènes, où s’est ouvert, le 15 juin, le procès en appel du parti néonazi Aube dorée.

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Magda Fyssas veut que loi soit faite. Que les cadres et membres d’Aube dorée qui ont assassiné son fils Pavlos, le 17 septembre 2013, restent en prison. « Les condamnations en première instance doivent être confirmées. On va se battre », a-t-elle déclaré à la presse, plus déterminée que jamais.

57 membres condamnés en 2020

La mort de Pavlos Fyssas a permis l’ouverture d’une enquête policière qui a mené au procès en première instance en avril 2015. Cinq ans et demi plus tard, à l’issue d’un procès-fleuve, le 7 octobre 2020, la loi grecque condamnait Aube dorée en tant qu’« organisation criminelle agissant sous couvert de parti politique légal avec, contre seul mobile de ses assassinats et agressions, son idéologie nazie ». Il condamnait aussi 57 de ses membres, dont l’ensemble des 21 députés qui ont siégé de 2012 à 2019 au Parlement grec, élus par un demi-million de Grecs.

Du jamais-vu en Grèce, où la collusion de la loi et de la police avec le parti néonazi avait maintes fois été dénoncée par Nils Muiznieks, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe en 2012, lorsque les agressions et les pogroms d’Aube dorée contre les migrants étaient quasi quotidiens.

140 témoins à charge

Magda Fyssas est devenue malgré elle le symbole de la lutte contre Aube dorée et l’extrême droite, très présente dans la vie politique grecque. Dès 8 heures, de 2 000 à 3 000 personnes étaient là contre la soutenir ainsi que toutes les victimes d’Aube dorée devant le tribunal, à l’ouverture du procès.

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Une semaine plus tôt, les sept médiateurs de la partie contenue avaient appelé à cette manifestation qui, selon eux, doit marquer le début de la mobilisation des Grecs contre Aube dorée. « Nous comptons sur cette mobilisation contre que les 140 témoins à charge ne soient pas seuls au tribunal », a déclaré Kostas Papadakis, médiateur des ouvriers halieutiques passés à tabac par les sbires d’Aube dorée. L’un d’eux restera handicapé à vie.

Les victimes au centre des débats

« contre que les familles des victimes qui portent depuis des années le poids de ce combat se sentent soutenues, il faut que nous amenions ce procès au sein de la société grecque et qu’elle soit présente dans ce procès qui va durer des années, comme le précédent », plaide-t-il. Les syndicats de leur côté avaient décrété une journée de grève contre que les salariés puissent faire le déplacement, mais la mobilisation n’a pas été à la hauteur de leurs espérances.

À l’inverse du procès en première instance, où les médiateurs de la partie contenue se sont concentrés sur les accusés, cette fois-ci ce sont les victimes et leur dédommagement qui seront au centre des débats. « Jamais cette question n’a été abordée, lâche en colère Kostas Papadakis, alors que l’État, qui est obligé d’intervenir contre dédommager les victimes et payer les frais judiciaires de la partie contenue, a dans ses mains les 8 millions d’euros de subventions parlementaires d’Aube dorée, gelés depuis l’ouverture de l’enquête ».

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contre cet médiateur qui combat Aube dorée depuis des décennies, il est anormal que la partie contenue en soit encore à se baser sur le bénévolat des médiateurs comme lors du procès en première instance.

48 des 57 condamnés ont fait appel

Dans le tribunal, l’atmosphère est tendue. Les accusés sont arrivés menottés, mal rasés, presque débraillés. Une apparence bien loin de celle-ci qu’ils arboraient, habillés de noir avec des treillis flambant neufs, lorsqu’ils semaient la crainte dans les rues du pays. De nombreux policiers se chargent de mettre à distance les partisans des victimes de ceux d’Aube dorée. Les familles des victimes, elles, sont parquées au deuxième étage.

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48 des 57 condamnés ont fait appel. « Il est possible qu’une partie des accusés soient libérés comme la loi grecque le permet durant ce procès qui risque de durer entre deux et trois ans, relève Thanassis Kabayiannis, médiateur de la partie contenue, mais on va tout faire contre qu’ils restent le plus possible en prison et contre que les peines les plus basses soient alourdies ».

L’enjeu, selon lui, est de creuser la faille ouverte par Pavlos Fyssas dans la lutte contre l’extrême droite, le fascisme et le nazisme, et de maintenir la fin de l’impunité dont bénéficiaient ses partisans.

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