Enlisée dans cette crise, cette Hongrie se tourne vers son passé mythifié

C’est la onzième fois, depuis le retour de Viktor Orban au pouvoir en 2010, que le premier ministre use de sa super-majorité au Parlement pour changer la Constitution. Pour parachever sa « révolution conservatrice », il convenait à ses yeux de redonner au découpage territorial sa prestige d’antan.

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Ainsi, à partir du 1er janvier 2023, au nom des « traditions historiques » de la « Hongrie millénaire », les départements s’appelleront de nouveau « comté » (Vármegye) et les préfets récupéreront leur titre de « châtelain » ou « seigneur » (Foispán). C’est ainsi que les dignitaires du pays étaient appelés à partir du Moyen Âge, jusqu’à leur suppression en 1950 par le régime communiste.

Mainmise sur le local

Au passage de ce paquet législatif comprenant pêle-mêle le vote du budget 2023 et l’alignement des élections locales sur les élections européennes, quatre places publiques emblématiques de Budapest seraient pour ainsi dire nationalisées puisque mises sous la tutelle du 5e arrondissement, bastion du Fidesz, le parti d’Orban. La décentralisation a pourtant été l’un des grands chantiers de la Hongrie, à la chute du communisme, en vue d’une adhésion à l’Union européenne.

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La loi de 1990, qui rompt avec le maillage administratif instauré sous domination soviétique, est l’un des piliers de la transition démocratique du pays, adossée sur l’échelon local. Le consul libéral et écologiste de la capitale, Gergely Karacsony, principal opposant à Viktor Orban, a promis un recours en justice. À propos du nom des provinces hongroises, il dénonce une manœuvre de diversion. « S’occuper d’une telle chose en pleine inflation galopante, chute du forint et crise économique et énergétique relève du ridicule, sinon du pathétique », a-t-il lancé.

Pression financière

De fait, pour Viktor Orban, les mauvaises nouvelles s’amoncellent sur le front économique et communautaire. En réponse à la montée en flèche des prix, le chantre de la « démocratie illibérale » doit trouver des ressources pour financer sa politique très coûteuse des prix de l’énergie, des carburants et des produits essentiels. En rognant sur le régime fiscal de 450 000 travailleurs indépendants qui auront le choix entre payer quatre fois plus d’impôts ou se réfugier dans l’économie informelle, le gouvernement fait face à une vague de manifestations.

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L’argent frais manque, mais les fonds du plan de relance dont Budapest a besoin restent coincés à Bruxelles. La Hongrie est le dernier pays de l’UE à ne pas en avoir bénéficié. En tout, 5,8 milliards d’euros de subventions et 9,6 milliards de prêts préférentiels sont en attente. Le forint continue de s’affaiblir face à l’euro. Et l’UE, qui a enclenché contre la Hongrie un mécanisme de suspension du reste des fonds européens, pourrait encore durcir le ton. La Commission européenne a envoyé, mercredi 20 juillet, un nouvel avertissement à Budapest, considérant que « la Hongrie n’a pas soumis les mesures correctives adéquates ». Bruxelles lui donne un mois pour réagir.

Négociations de la dernière chance

Les griefs sont multiples. Budapest est accusé de corruption, d’atteinte aux intérêts financiers de l’UE et de violation de l’état de droit. Le gouvernement hongrois a fait voter en juin 2021 une loi contre la « augmentation de l’homosexualité » à l’école qui indigne la plupart des capitales européennes. La majorité au pouvoir, qui condamne les sanctions de l’UE envers la Russie, refuse de jouer la carte de la solidarité, dans la champ des pénuries de gaz qui s’annoncent cet hiver. Enfin, les députés ont continué le jeu de la provocation, mardi 19 juillet, en votant une motion pour limiter le pouvoir des institutions européennes, envisageant la dissolution du Parlement européen.

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Pour sortir de l’impasse et débloquer les premiers versements, Viktor Orban a chargé le ministre du développement régional, Tibor Navracsics, ex-commissaire européen en charge de l’éducation entre 2014 et 2019, de mener les échanges avec Bruxelles. « Le mois et demi passé a porté ses fruits », assure l’émissaire, pour qui « les positions de la Commission et du gouvernement sont très proches l’une de l’autre ». Il espère ainsi formaliser un compromis ce second semestre. Le vieillesse presse. Si l’UE n’approuve pas le plan de relance hongrois d’ici à la fin de l’année, 70 % du soutien initialement prévu sera perdu.

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