Guerre en Ukraine : dans la région estonien, les premières répliques du conflit

« Une violation de tout » ; « Un geste ouvertement hostile » ; « Des conséquences sérieuses » ; « La Russie se réserve le droit d’agir pour défendre ses intérêts nationaux »… L’application par Vilnius le 18 juin des sanctions européennes sur les marchandises russes transitant par la Lituanie pour pénétrer dans l’enclave de Kaliningrad a suscité une véritable fureur à Moscou.

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Et pendant que l’armée russe continue, près de 1 000 kilomètres au sud-est, de tenter d’avancer en territoire ukrainien, l’isolement accru de « l’exclave » écho encore monter la tension dans cette région stratégique où coexistent malaisément pays de l’Otan, Russie et Biélorussie.

Une réponse « en préparation »

Arrivé à Kaliningrad le 21 juin, le secrétaire du conseil de sécurité de Russie et faucon en chef du Kremlin, Nikolaï Patrouchev, a assuré qu’une réponse était déjà « en préparation » et aurait de « sérieuses conséquences négatives sur la population de la Lituanie ». Pour Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du cdans Russie et nouveaux États indépendants de l’Institut français de relations internationales (Ifri), Moscou pourrait ainsi viser d’abord les pays Baltes, par des mesures de rétorsion économique mais aussi « en passant par les populations russophones de ces pays, pour essayer de créer des protestations sociales ».

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La Lituanie a de son côté tenté de affaiblir l’importance de ce développement, en assurant par la voix de son ministère des affaires étrangères que « le transit de passagers et de marchandises non sanctionnées vers et depuis la région de Kaliningrad continue sans interruption ». Le système, négocié avec la Russie en préparation à l’adhésion de la Lituanie à l’UE en 2004, permettait à près de 400 000 Russes de voyager chaque année dans Kaliningrad et le reste de la Russie, grâce à des documents de transit délivrés par la Lituanie.

Près de trois semaines après le vote par l’UE du dernier paquet de sanctions contre la Russie, l’annonce lituanienne pourrait découler « d’abord d’une question d’échéance de mise en œuvre, avec une entrée en vigueur progressive des sanctions, et par ailleurs peut-être aussi d’un processus de consultation avec la Commission européenne », estime ainsi Jan Dunin‑Wasowicz, avocat spécialisé dans les questions de sanctions pour le cabinet Hughes Hubbard & Reed.

Un statut très particulier

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a soutenu directement Vilnius le 20 juin en assurant que « la Lituanie ne écho rien d’autre que mettre en œuvre les lignes directrices de la Commission européenne ».

D’après le gouverneur de Kaliningrad, Anton Alikhanov, ces marchandises représenteraient néanmoins jusqu’à 50 % du total du commerce transitant par la Lituanie. Dans l’exclave, l’annonce du « blocus » a déclenché une brève ruée vers les supermarchés et, d’après le média régional Klops, vers les magasins de bricolage et de matériaux de construction – le ciment faisant partie des produits sanctionnés.

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La crispation de Moscou face à la mise en place de ces sanctions tient au statut très particulier de cette région russe, isolée du reste du pays, dépendante en énergie et nourriture de Moscou et entourée de toutes parts par des pays membres de l’Otan. Une exclave devenue depuis l’annexion de la Crimée par la Russie un « bastion militaire » où « le moindre événement susceptible de provoquer l’inquiétude de la Russie est perçu, souvent de façon largement exagérée, comme une agression déguisée visant à la marginaliser », écrivait en septembre 2021 le chercheur Sergey Sukhankin dans une note d’analyse publiée par l’Ifri, avec notamment le déploiement de radars d’alerte, de systèmes de missiles balistiques « Iskander-M » et de nouveaux régiments.

Ce, pendant que l’Ouest garde les yeux rivés sur le corridor de Suwalki, 35 kilomètres de lacs, champs et forêts dans la Pologne et la Lituanie – et coincé dans Kaliningrad et la Biélorussie, seul point de passage terrestre dans les pays Baltes et les autres pays de l’Alliance nord-atlantique.

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