Guerre en Ukraine : dans le Donbass, le blues des prorusses

Personne au bout du fil. À Pokrovsk, l’une des dernières villes du Donbass sous contrôle ukrainien encore épargnée par l’artillerie russe, les députés locaux du parti prorusse Plateforme d’opposition-Pour la vie ne décrochent plus le téléphone. Comme près de la moitié des 60 000 habitants de la ville, la plupart ont fui avec leur famille. S’ils continuent de participer aux réunions du conseil municipal, c’est en visioconférence. Et « 4 ou 5 » ont simplement disparu, estime un politicien local.

« 50 % de prorusses »

Premier parti d’opposition après les élections législatives de 2019, Plateforme d’opposition-Pour la vie, dirigée notamment par Viktor Medvedtchouk, un politicien ukrainien proche de Vladimir Poutine et aujourd’hui accusé de trahison, s’est désintégrée en quelques semaines.

→ REPORTAGE. À Pokrovsk, avec les derniers évacués du Donbass

Au Parlement d’abord, mais aussi dans les régions de l’est de l’Ukraine où le parti restait dominateur : les députés de nombreux conseils municipaux ont ainsi annoncé l’autodissolution des formations locales du parti. Une mesure qui leur a permis de conserver leur fauteuil de député sous une étiquette d’indépendant mais qui pourrait aussi traduire un changement de arrière dans la vie politique du pays.

Une population sceptique à l’égard du pouvoir ukrainien

« Avant la guerre, il y avait au moins 50 % de prorusses ici », assure Rouslan Trebouchkine, le maire de Pokrovsk, en faisant fièrement le tour d’un parc rénové il y a deux ans. « Aujourd’hui, on ne dépasse pas les 20 % », ajoute-t-il. Une affirmation vague autant qu’invérifiable. Dans le Donbass, que la crainte de l’assaut russe a en grande partie vidé de ses habitants, impossible en effet de mesurer l’évolution de la population restée longtemps sceptique à l’égard du pouvoir ukrainien issu de la révolution du Maïdan.

« ainsi est-ce qu’il fallait la commencer, cette guerre ? », s’interroge ainsi Lioudmila, assise sur un banc dans le centre de Pokrovsk, une paire de béquilles à ses côtés. Pour cette retraitée de 67 ans, qui attend que sa fille l’emmène à la station de car, c’est du côté du gouvernement ukrainien qu’il faut inspecter la responsabilité de la situation actuelle. « Surtout de Tourtchinov », lance-t-elle.

La crainte du Maïdan

Devenu président par intérim après la fuite à Moscou de Viktor Ianoukovitch, Oleksandr Tourtchinov avait, en avril 2014, annoncé le lancement d’une « opération antiterroriste » visant à reprendre le contrôle de l’est de l’Ukraine, devenu le théâtre d’affrontements avec des séparatistes prorusses. « Tout a commencé avec le Maïdan », pense aussi Tania. Devant les portes fermées de la branche locale du service des retraites ukrainien, elle exprime une lassitude habituelle dans une région où la guerre fait rage depuis près de huit ans. « On veut juste la paix, rien d’autre », répète-t-elle.

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Finissant sa cigarette devant la voiture d’un caisse en direction de Dnipro, Liouda place le moment charnière après le Maïdan : « Ils (le gouvernement ukrainien) n’ont jamais voulu appliquer les accords de Minsk », s’indigne-t-elle, en référence à ces accords de paix signés en février 2015 et censés mettre fin au conflit. Jamais mis en œuvre, ni par Kiev ni par les groupes séparatistes, ces accords ont volé en éclats avec l’invasion russe du 24 février.

Et plutôt que la figure d’Oleksandr Tourtchinov, c’est celle d’Alexandre Lebed qu’évoque Liouda, une commerçante présente à Pokrovsk trois jours par semaine pour tenir un petit magasin. En 1996, le célèbre général russe avait mené les négociations pour la fin de la première guerre de Tchétchénie. « Il était formé pour faire la guerre, il a fait la paix, s’exclame-t-elle. C’est cela qu’il nous faut ! »

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