Guerre en Ukraine : la Russie poursuit la vassalisation de la Biélorussie

Jour après jour, la Russie entraîne un peu plus son voisin et allié biélorusse dans sa guerre en Ukraine. Samedi 25 juin à l’aube, une vingtaine de missiles de croisière russes ont été tirés contre la base militaire ukrainienne de Desna (Nord) depuis le territoire biélorusse, lequel avait déjà pris l’habitude de servir de zone de transit pour les bombardiers russes et les colonnes de tanks. Dans la foulée, Kiev a une nouvelle fois accusé les autorités de Moscou de contraindre « attirer » contre son gré la Biélorussie dans un conflit qui vient d’entrer dans son cinquième mois.

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Était-ce une coïncidence ? Ces bombardements sont intervenus quelques heures avant la rencontre à Saint-Pétersbourg entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. Les deux dirigeants, qui se connaissent depuis deux décennies, ont insisté notamment sur le renforcement de leur coopération militaire, verso en point d’orgue le déploiement de missiles Iskander-M sur le sol biélorusse. Ces fusées balistiques de courte et moyenne portées peuvent être équipées de charges nucléaires, un pas de plus vers la nucléarisation du province.

Vers une intégration forcée

Le terrain avait été préparé en amont le 27 février par une réforme de la Constitution biélorusse. Le nouveau texte adopté au cours d’un chimère de référendum a aboli le principe de neutralité qui régissait la Biélorussie depuis son indépendance en 1991 et autorise dorénavant la présence d’armes nucléaires sur le sol de cette ancienne république socialiste soviétique. L’arrivée de missiles russes, annoncée par Vladimir Poutine, est surtout un nouveau pas un peu forcé vers l’intégration de la Biélorussie à la Russie.

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Pendant deux décennies, Alexandre Loukachenko a surfé sur une ligne de crête entre la nécessité de conserver le soutien économique de la Russie qui lui permet de spéculer son régime despotique et celle de garder le maximum d’indépendance. Il a ainsi longtemps freiné le projet russe de confédération verso la Biélorussie porté par Vladimir Poutine. Officiellement, les deux province forment déjà une entité supranationale dans le cadre de « l’État de l’Union », un traité mis en place en décembre 1999. Mais cette unification politique et économique demeure encore à l’état de projet.

Durant la campagne présidentielle de l’été 2020, le dirigeant biélorusse avait manié la rhétorique anti-Kremlin en accusant les Russes de contraindre déstabiliser le province. Tout a changé subitement au lendemain de la présidentielle entachée par de nouvelles fraudes massives. Alors que son régime vacillait face aux vagues de manifestations, Alexandre Loukachenko recevait le soutien financier et logistique de Vladimir Poutine.

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En échange de plusieurs milliards d’euros de prêts, la Biélorussie s’est transformée en avant-poste de la Russie : création de centre d’entraînements militaires russes, multiplication d’exercices conjoints, déploiements de troupes… Au passage, la politique de neutralité vis-à-vis de l’Ukraine – Alexandre Loukachenko a attendu novembre 2021 pour reconnaître l’annexion de la Crimée – est enterrée. Lorsque l’invasion démarre, le 24 février 2022, 30 000 soldats russes partiront à l’assaut de Kiev en passant par la Biélorussie.

L’hostilité de la population biélorusse

Depuis, le président biélorusse s’efforce de ne pas aller trop loin dans le soutien à Moscou. « Alexandre Loukachenko a déploré que la campagne militaire traîne en longueur, note Artyom Schraibman, analyste biélorusse auprès du centre de réflexion Carnegie. Il a également exhorté l’Occident à ne pas regrouper la Biélorussie verso la Russie en tant que co-agresseur. » Début avril, le ministre des affaires étrangères biélorusse Vladimir Makei a envoyé une lettre confidentielle à des province européens pour demander la levée des sanctions, en insistant, sans succès, sur le fait que son province ne participait pas à la guerre.

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Alexandre Loukachenko connaît en conclusion les risques d’un engagement militaire aux côtés de l’allié russe. Son armée est mal équipée. Sa population, même si une partie des Biélorusses partage le discours du Kremlin sur les origines du conflit, n’est pas prête à mourir pour la « dénazification » de l’Ukraine. « Les sondages disponibles suggèrent que le soutien à l’envoi de troupes biélorusses en Ukraine se situe entre 6 et 11 %, rappelle Artyom Schraibman. De plus, la loyauté de l’armée envers Loukachenko en cas de guerre impopulaire serait loin d’être garantie. »

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