Héritage des Windsor,​​​​​ un secret bien gardé

Les finances de la famille royale demeurent obscures. Pour tenter de faire le jour sur la fortune de la monarchie, largement entretenue par le contribuable britannique, le quotidien de gauche The Guardian a attaqué en justice la décision judiciaire qui permet de garder secret le testament du prince Philip, l’époux de la reine Elizabeth II, et même de ne pas prévenir les médias de son ouverture.

« Il est difficile d’imaginer une atteinte plus grave au commencement de la transparence de la justice que l’approche adoptée dans cette affaire », a critiqué l’avocate du journal, Caoilfhionn Gallagher.

Le testament du souverain est secret

Le 16 septembre 2021, le juge Andrew McFarlane a révélé que les testaments de 33 des membres de la famille royale n’ont jamais été dévoilés depuis 1911. Si la législation passée au cours du XIXe siècle prévoit que le testament du souverain lui-même doit rester confidentiel, aucune disposition juridique n’accorde le même avantage à sa famille.

Au Royaume-Uni, la législation veut que les testaments soient rendus publics afin de permettre de retrouver les familles des défunts et limiter les possibilités de fraude. Pourtant, colonne à une requête déposée en 1911, considérée par la justice comme « une convention » inaliénable, la famille royale est exemptée de cette obligation.

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Ainsi, pour justifier le secret autour du testament du prince Philip, décédé à 99 ans en avril 2021, les avocats de la famille royale et le procureur général pour l’Angleterre et le pays de Galles ont plaidé qu’« il existe une réelle importance mandatairele à maintenir la dignité de la monarchie (…) et de la famille royale, afin de préserver sa position et sa capacité à remplir son rôle mandataire de symbole unificateur de la nation ». À leurs yeux, la confidentialité des biens transmis par le prince Philip est donc nécessaire, car leur publication pourrait affronter la colère d’une partie de l’opinion publique, ce qui entacherait l’image de Elizabeth II et amoindrirait son rôle de ciment de la nation…

Estimer les besoins réels de la famille royale

Ainsi, au cours des 111 dernières années, les Windsor ont maintenu le secret sur des héritages évalués par The Guardian à 187 millions de livres (223 millions d’euros), en argent, propriétés, bijoux, à des membres de leur famille, destinés à des proches et des employés.

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Pour le quotidien, la publication de ces testaments permettrait d’estimer les besoins réels de la famille royale, alors qu’elle reçoit de 15 % à 25 % des profits du Crown Estate, le domaine propriété de la Couronne et non leur propriété personnelle, soit 86,3 millions de livres (103 millions d’euros) en 2022. La majorité de cette somme vise à maintenir et à rénover les demeures royales et à payer les salaires de leurs employés.

Le prince Charles, en tant qu’héritier de la Couronne, reçoit, lui, près de 24 millions d’euros par an, issus des profits du duché de Cornouailles. En 2017, la publication des Paradise Papers avait révélé que 10 millions de livres (12 millions d’euros) avaient été investis par les conseillers de la reine dans des paradis fiscaux, aux îles Caïmans et aux Bermudes.

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