« Il faut aller au-delà des chiffres », selon l’échevin le Bussy (Gembloux)

Pour relancer son économie territoriale post-confinement, Gembloux a fait le choix il y a un an et demi de miser sur sa monnaie locale. Au total, 11 300 billets de 19 orno ont été écoulés.

Après les longs mois de confinement qui ont marqué le premier semestre 2020, nombre de Communes ont pris les devants pour relancer une économie locale grevée par la fermeture de ses commerces. Chacune y est allée de son initiative.Certaines ont choisi de s’appuyer sur leur monnaie locale. Gembloux a été parmi les premières à s’engager sur cette voie via son  » opération 19 orno « .

Dès juillet 2020, pour un montant de 10€, les Gembloutois pouvaient obtenir un billet de 19 orno (valeur 19€) auprès de l’administration. Pour financer l’opération, la Ville avait dégagé une enveloppe de 250 000€ avec l’espoir de voir le double injecté dans l’économie locale.

 

Consommez local. Faites vivre vos indépendants. Il n’y a pas qu’Amazon dans la vie […] On a trop peu entendu ce message ces dernières années

 

Après des débuts poussifs, et près de 5 000 billets écoulés entre juin et novembre 2020, les autorités avaient décidé de poursuivre l’opération jusqu’au 31 décembre 2021, tout en permettant aux citoyens qui avaient déjà retiré un billet en 2020 de bénéficier de la mesure l’année suivante.

 

214 000€ injectés dans l’économie locale

 

Cette date clé est désormais passée, quel bilan tirer de cette opération?

En près d’un an et demi, 11 300 billets de 19 orno ont été écoulés. Néanmoins, les chiffres ne permettent pas de savoir si 11 300 Gembloutois ont tiré profit de la mesure ou si une même personne a retiré un billet en 2020 et en 2021. « Il était également possible pour un citoyen d’acheter au prix plein un billet de 19 orno », rappelle Gauthier le Bussy (Écolo), échevin des Finances.

Au total, 214 700€ ont été directement injectés dans l’économie locale, dont 101 700 à charge de la Ville. En considérant que ces billets ont pu être échangés entre les commerçants eux-mêmes pour financer l’achat de matières premières, l’impact de la mesure pourrait être plus important encore. Néanmoins, les chiffres disponibles auprès de l’administration ne permettent pas d’évaluer cet aspect. Seule certitude, à ce stade, trois-quarts des billets émis ont été retournés à la Ville pour être changés en euros.

 

Pousser la porte

 

Voilà pour le plan comptable. « Mais il faut aller au-delà des chiffres », estime, Gauthier le Bussy. Selon l’élu, un autre niveau de lecture s’impose. L’opération visait avant tout à porter un message: « Consommez local. Faites vivre vos indépendants. Il n’y a pas qu’Amazon dans la vie […] On a trop peu entendu ce message ces dernières années. » Un objectif qui peut être considéré comme atteint. « Très clairement, on a pu constater que les billets avaient majoritairement été utilisés chez de petits commerçants. »

Reste que l’ensemble des 250 000€ alloués à la mesure n’ont pas été mobilisés.  » La règle comptable oblige à remettre la part restante dans le pot commun. Mais l’enveloppe n’a jamais été fermée. La Ville veut réussir le pari de la réhabilitation du centre-ville et de sa fonction commerciale », assure l’échevin qui met en avant la complémentarité des mesures prises au cours des derniers moistelles que la prime créashop +, la prime pour l’embellissement des façades, les réflexions sur l’identité territoriale ou le schéma de développement commercial et, surtout, la prime exceptionnelle de 230 000€ débloquée pour soutenir, de manière ciblée, une série d’indépendants.

« Nous avons dépensé plus d’argent pour les commerçants et le centre-ville pendant les deux ou trois dernières années que sur les dix dernières. La position a changé. Nous ne sommes plus les bras ballants à déplorer l’état du centre-ville. »

 

« Je pense que c’était bon à prendre »

Parmi les commerçants, public cible de l’opération 19 orno, le bilan serait plutôt mitigé selon Frédéric Davister, président de l’Association des indépendants de Gembloux Gare.

Également conseiller communal MR, l’homme s’est toujours montré perplexe face à cette mesure. Comme les autres membres de son groupe politique, il estimait qu’il fallait donner la priorité aux commerçants qui avaient dû fermer.

Les libéraux avaient d’ailleurs mis sur la table du conseil un projet de prime exceptionnelle. Il avait été retoqué par la majorité avant d’être retoiletté par cette dernière.

Non sans avoir occasionné un bien mauvais débat, le projet avait finalement été validé. C’est sans doute ce dernier point qu’il faut retenir. « Je trouve que cette mesure plus ciblée était mieux adaptée. Elle leur a fait du bien », explique le patron de la boucherie Sprimont qui souligne tout de même les côtés positifs de l’opération 19 orno.

« Je pense que c’était bon à prendre. Il ne faut pas oublier que les commerçants ne sont pas les seuls à avoir souffert de la crise, les citoyens également. Ce billet de 19 orno a pu les aider. En revanche, ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi certains commerçants ont choisi de ne pas l’accepter. Je ne comprends pas plus les citoyens qui ne sont pas allés le chercher. »

 

Get in Touch

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Articles Connexes

Derniers Messages