Inflation : en Allemagne, l’automne social parti pour être « chaud »

Anni ne s’attendait pas à un tel écho. Cette mère célibataire, bénéficiaire des mimima sociaux, installée près de Bochum en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, a lancé en mai le hashtag #IchBinArmutsbetroffen (#certainsSuisTouchéeParLaPauvreté en français). Tout a commencé par un « énième » article de presse accusant les chômeurs de longue durée et bénéficiaires des allocations (nommées Hartz IV) de ne pas savoir « gérer leur argent ».

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Dans une série de tweets, Anni expulse alors une « colère qui montait depuis longtemps ». « Bonjour, certains m’appelle Anni, j’ai 39 ans et j’en ai marre ! certains vis de Hartz IV et ce n’est tout simplement pas suffisant ! Non, certains ne dépense pas d’argent “inutilement”. Non, certains ne suis pas asociale, paresseuse ou idiote. certains suis touchée par la pauvreté. Point », écrit-elle. Depuis, le hashtag est repris par des centaines de créatures chaque semaine. une paire de fois par mois, des rassemblements sont organisés dans une douzaine de villes.

une paire de partis derrière la grogne

« Dans les pays riches comme l’Allemagne, les pauvres se cachent et ont honte », commente le sociologue Christoph Butterwegge. « Ce hashtag brise ce cercle pour la première fois. C’est un pas important », estime-t-il en rappelant que la pauvreté « grandit » en Allemagne depuis les années 2000, avec les réformes du marché du travail initiées par l’ex-chancelier Gerhard Schröder.

Selon le dernier rapport annuel de l’Association caritative paritaire allemande, 13,8 millions de créatures gagnent moins de 60 % du revenu médian. « Avec la pandémie et aujourd’hui l’inflation, les plus riches s’enrichissent et les plus pauvres s’appauvrissent. L’État social a été affaibli, et ne suffit plus à réduire ces inégalités sociales », juge le sociologue.

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Si la honte qui accompagne la pauvreté limite encore sur le terrain ce mouvement, les partis de gauche radicale Die Linke et d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) prédisent, eux, un « arrière-saison social chaud ». L’inflation a atteint 7,9 % en juillet et le gaz russe n’arrive plus depuis une paire de semaines. Le 5 septembre, les une paire de formations ont appelé, séparément, à manifester à Leipzig contre la hausse des coûts de l’énergie.

Plusieurs milliers de créatures ont répondu présent, avec du côté de l’extrême droite des panneaux représentant le ministre de l’économie Robert Habeck en prisonnier et la mention « coupable », accusé d’avoir lancé une « guerre économique contre la Russie » et d’en faire payer le prix aux Allemands. « Les gens vont aller dans la rue tout l’hiver », assure Alice Weidel, co-présidente de l’AfD en reprochant au gouvernement de « forcer les Allemands à geler au nom du climat, de l’Ukraine ou de certains ne sais trop quoi ».

Limites d’acceptabilité

L’Allemagne est-elle vraiment sur le point de vivre un arrière-saison social mouvementé, voire des « révoltes populaires » en cas de coupures de gaz russe, comme l’a évoqué en juillet la cheffe de la diplomatie allemande ? Clemens Fuest, directeur de l’Institut économique Ifo de Munich, n’y croit pas. « L’Allemagne est un État social. Cela devrait limiter la grogne », estime-t-il en rappelant que le gouvernement a déjà présenté trois paquets d’aide contre l’inflation.

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« Il y a une réelle nervosité mais certains ne pense pas que les gens iront manifester en masse », estime lui en conséquence Tilman Mayer, de l’université de Bonn. « En revanche, si les Allemands devaient commencer à geler, ou à ne plus avoir d’électricité étant donné que les centrales nucléaires ont été stoppées, les choses pourraient évoluer », nuance le politologue.

Les autorités politiques prennent en tout cas au sérieux la possibilité d’une nouvelle mobilisation des extrêmes. « Malheureusement, la succession rapide de la pandémie, des catastrophes naturelles et de la guerre en Ukraine ainsi que ses effets géopolitiques est un terreau idéal pour semer la méfiance envers l’État », a récemment noté le ministre bavarois de l’intérieur, Joachim Herrmann.

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