Jo Deseure, l’ancienne institutrice devenue magritte de la meilleure actrice

Singulier parcours que celui de Jo Deseure, native de France et devenue comédienne professionnelle à l’âge 36 ans. Samedi soir, elle a reçu le magritte de la meilleure actrice pour sa prestatoin en mère ingérable dans le film « Une vie démente ».

Depuis quand on l’appelle Jo ? « Mais depuis toujours ». Ce que ça cache? « Cela reste un secret de famille  » (rires). Jo Deseure est née en France, venue du pied du Jura, pas loin de Genève. « Tout comme mon collègue, le comédien Yoann Blanc venu lui aussi en Belgique. Nous partageons une nostalgie commune de cette région. » Dans une première vie, elle est prof de gym et institutrice. Mais à côté, elle fait beaucoup de théâtre, suit des ateliers créatifs. Et finalement se lance dans le grand bain: « On m’a dit qu’en Belgique, il y avait une école, l’INSAS, où il n’y avait pas de limite d’âge à l’entrée. Contrairement aux écoles françaises. Je suis donc venue à Bruxelles, j’ai apprécié la ville, j’y ai trouvé du travail, je m’y suis installée. »

 

Elle entre à l’INSAS où il n’y a pas de limite d’âge à l’entrée

 

Elle sort donc de l’INAS en 1984. « J’ai alors déjà 36 ans! Mon parcours de comédienne n’aura donc rien de classique ». Elle ne va pourtant cesser d’arpenter les scènes des théâtres belges, travaillant avec le gratin des metteurs en scène: Marc Liebens, Michel Dezoteux, Armand Delcampe, Thierry Debroux…

En 2005, elle est couronnée « meilleure comédienne » aux prix annuels du Théâtre pour son rôle dans « Aïda vaincue« , mis en scène par Michaël Delaunoy pour la compagnie L’Envers du théâtre, et désigné aussi « meilleur spectacle » cette année-là. « Un beau moment. Mais en soi, l’aventure du spectacle était déjà une récompense. Être primée en plus, c’était double récompense donc. « 

On la voit parfois au cinéma: dans les courts et longs métrages de Géraldine Doignon, dans les courts d’André Goldberg aussi. Regrette-t-elle que le cinéma belge n’ait pas souvent fait attention à elle?  » Peut-être que je n’ai pas fait beaucoup attention à lui ».

Puis vient le coup de pouce du destin. Elle obtient le rôle central, entourée par Jean Le Peltier et Lucie Debay, d’ »Une vie démente « , premier long-métrage du tandem Ann Sirot et Raphaël Balboni. « Un cadeau incroyable qu’ils m’ont fait ». Elle incarne Suzanne, une galeriste dynamique, qui souffre toutefois d’une maladie proche d’Alzheimer et en vient à oublier des mots ou ç avoir des comportements imprévisibles (genre aller manger dans la cuisine des voisins, s’asseoir au volant d’une voiture qui ne lui appartient pas etc.). Ce qui a le don de perturber considérablement la vie de couple de son fils, lequel rêvait de devenir parent et se retrouve à cogérer…sa maman.

 

«La production a laissé les réalisateurs faire avec les acteurs qu’ils voulaient»

 

Jo Deseure s’en rend compte: décrocher un rôle principal pour une actrice de Belgique

L’affiche d «Une vie démente». La vie en vert et contre tout.

dans un film belge…ce n’est pas si courant! « C’est vrai, car souvent, il y a des coproductions qui s’établissent avec la France. Et dès ce moment, la production exige des acteurs ou actrices bancables. Et cela peut parfois mettre le réalisateur en difficulté. Dans le cas d’ »Une vie démente » heureusement, le producteur Hélicotronc a laissé les réalisateurs faire exactement comme ils le sentaient, avec qui ils voulaient. « 

Sorti en Belgique puis en France (avec un plein panier de bonnes critiques), « Une vie démente  » a donc été l’un des deux films qui ont trusté les magrittes cette année. Une comédie sur la maladie mentale qui a su préserver un humour poétique et faussement naïf, tout en décalage et en finesse. « Les personnages fous ou déséquilibrés sont toujours très intéressants à jouer « , commente Jo Deseure. Elle a apprécié aussi d’accompagner le parcours du film, au fil des mois:  » J’ai découvert des festivals géniaux, portés par l’enthousiasme des gens, comme Virton ici, et Annonay en France ».

Et la suite? La comédienne ne semble guère s’en soucier: « A l’âge que j’ai! Je suis plutôt en fin de parcours. Donc je m’amuse avant tout ». Elle répète pour l’instant un spectacle au Théâtre Le Public qui sera créé le 9 mars: « La vie comme elle vient » d’Alex Lorette, dans une mise en scène de Denis Mpunga. « C’est sur la colonisation, un sujet dont on parle beaucoup pour l’instant il me semble, non? »

Get in Touch

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Articles Connexes

Derniers Messages