La famille Maxwell, lourd héritage de Ghislaine

LONDRES | Ghislaine Maxwell porte le lourd héritage d’une famille dominée par la personnalité hors du commun de son père, Robert, noyé en mer dans des circonstances mystérieuses en laissant derrière lui un retentissant scandale financier et la chute de son empire de presse. Reconnue coupable de trafic de mineures au profit de son ami le financier Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, 60 ans, reprend la triste tradition des gros titres autour d’une famille qui a alimenté la chronique dans les années 1990.

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Le père

Robert Maxwell a une vie digne d’un roman, et d’ailleurs plusieurs livres ont été écrits sur lui. Il a été tour à tour soupçonné de travailler pour les services secrets britanniques, israéliens et soviétiques.

Fils de paysans juifs slovaques tués par les nazis, il rejoint la résistance à 16 ans et finit par rejoindre l’armée britannique, qui lui donne son nom. Arrivé en Grande-Bretagne en 1940 sans le sou, il crée l’un des plus grands groupes de presse et de communication au monde.

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Robert Maxwell en 1990.

À son apogée, dans les années 1980, il emploie 16 000 personnes dans une multitude de sociétés dont le groupe de presse britannique Mirror, la maison d’édition américaine Macmillan et les écoles et éditions de langues Berlitz.

Député travailliste de 1964 à 1974, personnage autoritaire et patron aux méthodes controversées, il fréquente les grands de ce monde: Reagan, Bush, Gorbatchev…

«Il pouvait être extrêmement charmant mais aussi verbalement très brutal en réunion. Il était parfois tyrannique», soulignait son fils et collaborateur Kevin.

Point final de cette vie haute en couleur, il tombe de son yacht, le Lady Ghislaine, du nom de sa fille chérie, au large des Canaries en novembre 1991, emportant son mystère final avec lui: suicide? accident? meurtre?

Pour Ghislaine, «il ne s’est pas suicidé»: «Cela ne cadre pas avec sa personnalité», expliquait-elle au magazine Hello en 1997. «Il a été assassiné».

Sa mort met au jour un trou de plus de 400 millions de livres dans le fonds de retraites de ses employés, utilisés pour renflouer les sociétés déficitaires de son empire.

Pour la famille, c’est le second choc et la brutale descente aux enfers: en un mois, «Bob» passe de génie des affaires à escroc, la City lui tourne le dos.

La mère

Elisabeth Maxwell, une Française d’origine lyonnaise de famille protestante, a rencontré son mari juste après la guerre et partagé sa vie pendant 46 ans. Ils ont eu neuf enfants.

Elle ne cessera de le défendre après sa mort, qui la laisse désemparée et sans ressources. «C’était un homme énorme, énorme dans tous les sens du terme, un homme au cœur énorme. C’est pour cela que les gens l’enviaient», expliquait-elle au Times en 1991, rappelant sa jeunesse pauvre et ses parents assassinés par les nazis.

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Ghislaine Maxwell et sa mère Elisabeth en 1991.

Mme Maxwell a déjà alors travaillé plusieurs années sur l’Holocauste, ayant décidé au départ de retracer le sort de la famille de son mari.

Elle continue sans relâche après sa mort à donner des conférences sur l’Holocauste et à soutenir le dialogue entre chrétiens et juifs. «C’est ce que mon mari aurait voulu», dit-elle.

Elle décède en France en 2013, à l’âge de 92 ans.

Les fils

Deux fils de Maxwell ont travaillé étroitement avec lui, Ian et Kevin, son cadet de trois ans mais le numéro deux du groupe de son père. Et ils vont devoir rendre des comptes à sa place après sa mort, lors d’un long procès pour complicité de fraude au détriment des caisses de retraite de l’empire du magnat.

Après avoir fait partie de la jeunesse dorée et insolente de la City, Kevin entre dans les annales judiciaires en étant déclaré le plus gros failli de Grande-Bretagne par un tribunal londonien, pour 406 millions de livres. Contraint de vendre sa maison de Chelsea, quartier chic de Londres, il se retire avec sa femme Pandora et leurs quatre enfants dans son cottage près d’Oxford.

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Kevin Maxwell en 1996.

Son épouse a déclaré lors du procès qu’il avait envisagé, juste avant la mort de Robert Maxwell, de quitter le groupe en raison de fréquents accrochages avec son père. «Il voulait être libre et nous permettre de vivre une existence plus normale».

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