La France s’engage dans une élection présidentielle hors normes

Emmanuel Macron pas encore candidat mais manifestement en campagne et donné favori, une droite et une extrême droite conquérantes face une gauche atomisée : la France entre dans une période d’élection présidentielle houleuse, en pleine vague de contaminations au COVID-19.

Quasi novice en politique lorsqu’il a accédé au pouvoir en 2017, en ringardisant les partis de gouvernement de droite comme de gauche, le président Emmanuel Macron vise une nouvelle performance : devenir le premier président de la République élu deux fois au suffrage universel sans cohabitation.

Les sondages le créditent de 24 à 27 % des intentions de vote, avec une avance d’une dizaine de points sur ses principaux poursuivants, un trio composé de la candidate du parti de droite Les Républicains (LR) Valérie Pécresse, et des deux représentants de l’extrême droite, Marine Le Pen pour le Rassemblement national (RN) et l’ex-polémiste Eric Zemmour, qui gravitent autour de 15 %.

Au second tour, il l’emporterait de peu face à Valérie Pécresse, plus largement contre Marine Le Pen ou Eric Zemmour, selon les dernières enquêtes d’opinion.

Sa voie semblait toute tracée, selon les analystes : jouer à fond de son statut, au moment où la France assure la présidence du Conseil de l’Union européenne et en pleine crise sanitaire.

Mais à moins de 100 jours du premier tour, Emmanuel Macron a de nouveau dérouté, descendant dans l’arène par une sortie contre les non-vaccinés, confiant dans un entretien avec le quotidien populaire Le Parisien avoir « très envie de les emmerder » pour les amener à résipiscence par la multiplication des restrictions.

Il a également reconnu son « envie » de se représenter pour cette élection qui s’annonce âpre et fertile en polémiques.

Avant même cette déclaration, le RN comme Eric Zemmour avaient appelé leurs partisans à ne pas « se laisser voler cette élection » par la focalisation du débat sur la crise sanitaire.

Au moment où le nombre de contaminations enregistrées par jour dépasse les 330 000, le président sortant « instrumentalise cyniquement la COVID », pour « qu’on ne parle pas de son bilan » et « surtout de l’identité de la France », a accusé jeudi M. Zemmour.

« Gestion de l’urgence »

« On n’a jamais vécu une présidentielle dans cette situation, c’est une première », souligne Dominique Reynié, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). À cause de l’urgence sanitaire « la campagne ne peut pas commencer, on ne peut pas parler des programmes, des réformes du pays ».

Deux formations de gauche, La France insoumise (LFI) et le Parti communiste, ont annoncé qu’ils distribueraient des masques FFP2 lors de leurs meetings. Le parti présidentiel, les LR et le Parti communiste ont aussi prévu de demander un pass sanitaire à l’entrée de leurs réunions électorales et d’imposer des jauges.

Déjà éliminée du second tour en 2017, la gauche risque d’être de nouveau condamnée à faire de la figuration. Son candidat le mieux placé, Jean-Luc Mélenchon (LFI) peine à se maintenir autour de 10 % des intentions de vote, devant l’écologiste Yannick Jadot et la socialiste Anne Hidalgo.

Sur la droite de l’échiquier politique, la situation est très mouvante, « très nouvelle, par rapport à ce qu’on imaginait encore il y a plusieurs mois et même en septembre », explique Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWay.

« Marine Le Pen semblait vraiment très à l’abri d’une non-qualification au second tour depuis maintenant trois ans, ce qui, clairement, n’est plus le cas », indique-t-il, en raison de la concurrence imprévue d’Eric Zemmour et de la montée de Valérie Pécresse depuis sa victoire à la primaire LR en décembre.

« On voit bien qu’avec Valérie Pécresse, c’est beaucoup plus incertain pour Emmanuel Macron. Face à Le Pen ou Zemmour, la question est de savoir combien Macron ferait, pas de savoir s’il gagnerait ou pas », sauf imprévu majeur, estime Bruno Jeanbart.

Si un deuxième mandat Macron paraît actuellement le plus probable, Dominique Reynié s’interroge des conséquences sur sa légitimité et sa capacité à gouverner pendant cinq ans du scénario où « la réélection se ferait sur la gestion de l’urgence, un point c’est tout ».

Dans cette hypothèse, « c’est les gilets jaunes au carré à chaque réforme », prédit-il, en référence au mouvement de protestation populaire de 2018-2019, déclenché par une hausse des prix de l’essence qui avait tourné à la révolte contre l’arrogance et le mépris prêtés au président Macron.

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