Le choix des Français | Le Journal de Montréal

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois.

Les Français se rendent aux urnes aujourd’hui, pour le premier tour de l’élection présidentielle. Parmi les douze candidats présents, ils décideront lesquels s’affronteront au second tour, dans deux semaines.

Si la tendance se maintient, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affronteront.

Comme en 2017. Sauf que cette fois, si les sondages ne se trompent pas, le résultat pourrait être différent.

Car on envisage ouvertement la possible victoire de Marine Le Pen.

Macron

Que s’est-il passé ?

Il faut revenir il y a sept mois pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, quand la candidature du journaliste et écrivain Éric Zemmour est venue percuter la campagne présidentielle. Très rapidement, il s’est envolé dans les sondages en parlant d’identité française et en faisant campagne contre l’immigration massive.

On l’a imaginé au second tour de l’élection présidentielle. Jusqu’en février, d’ailleurs, cela semblait très possible.

Mais dès le début, le système a violemment réagi à sa candidature en la caricaturant, en la diabolisant. Il faut dire qu’il a échappé à quelques reprises sa propre campagne et a fini par en payer le prix, notamment à cause de ce que plusieurs ont vu comme une complaisance pour la Russie de Poutine.

Au final, plusieurs considèrent que sa candidature aura servi celle de Marine Le Pen en la normalisant.

Zemmour devenait le repoussoir ; Marine, la figure légitime de l’opposition nationale, avec une forte base dans les classes populaires et une campagne centrée sur la question du pouvoir d’achat.

À travers cela, le système politique traditionnel a poursuivi sa désintégration.

En 2017, Emmanuel Macron avait aspiré et siphonné le Parti socialiste. Depuis cinq ans, il a aspiré et siphonné le parti Les Républicains, associé à la droite classique, dont la candidate, Valérie Pécresse, risque l’effondrement.

Emmanuel Macron a cru se diriger vers une réélection facile, d’autant que la crise ukrainienne a renforcé son image de chef d’État. Mais la situation semble lui échapper. Sa campagne était mauvaise. Distante.

Et on constate l’existence d’un vrai sentiment anti-Macron dans le pays : selon un récent sondage, sept Français sur dix ne souhaitent pas sa réélection. Sa réélection, ne l’oublions pas, demeure néanmoins très probable.

Un mot sur Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la gauche radicale. Ce puissant orateur pourrait arriver au second tour. Certes, personne ne l’imagine triompher d’Emmanuel Macron, mais bien des gens à gauche verraient comme une victoire le fait d’empêcher Marine Le Pen d’arriver au second tour.

Le Pen

Mais nous y revenons : Marine Le Pen sera très probablement au second tour. Et elle peut l’emporter. Ce qui ne veut pas dire qu’elle l’emportera.

Comment réagira la classe politique devant cette possibilité ? La stratégie habituellement utilisée est celle du « Front républicain ». Il s’agit alors de répéter le terme « extrême droite » pendant des heures et des heures jusqu’à en perdre la voix pour faire barrage.

On y verra une technique d’épouvante éprouvée, permettant souvent de détruire les candidatures jugées « extrémistes ». Assurément, elle fonctionne encore chez les élites politico-médiatiques. Mais fonctionne-t-elle encore dans la population ? Suffit-il désormais de coller cette sale étiquette à un candidat pour l’exécuter politiquement ?

Le second tour sera survolté. 

Faut-il croire les sondages ? 

Certains candidats rêvent de faire mentir les sondages. Parmi eux, Éric Zemmour, qui se dit sous-estimé dans les sondages. Ses arguments : les sondages se sont trompés en 2016, à la fois avec le Brexit et avec Trump. Il ajoute que sa campagne suscite une vraie passion sur le terrain. Tout cela serait-il illusoire ? Il accuse aussi les sondages de pousser les électeurs à se détourner de lui, en donnant l’avantage du vote utile à Marine Le Pen. 

Marine Le Pen: fille de son père ? 

Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, le chef historique du Front national, auquel elle a succédé. L’homme est une figure centrale de la vie politique française depuis près de soixante ans. Il fut le repoussoir principal de l’histoire de la Ve République. Sa fille, depuis plusieurs années, a rompu politiquement avec lui, notamment sur tout ce qui touche à l’histoire. Dans quelle mesure les Français la jugeront-ils à partir de son père ? 

Le risque de l’abstention 

Une grande peur hante Marine Le Pen : le taux d’abstention sera-t-il élevé ? Elle le redoute, car si tel est le cas, comme plusieurs analystes le craignent, il frappera particulièrement les classes populaires, où se trouve une bonne partie de son électorat. Elle pourrait alors en payer le prix. Inversement, les électorats d’Emmanuel Macron, de Jean-Luc Mélenchon et d’Éric Zemmour appartiennent généralement à des catégories de la population plus politisées.

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