le poignant appel au calme lancé après le drame au carnaval de Strépy-Bracquegnies (Bruxelles)

Au lendemain de la catastrophe survenue lors du carnaval de Strépy-Bracquegnies, Geneviève Louyest lance un appel au calme, partageant son expérience après avoir perdu son papa dans un accident de voiture, tué par un chauffard de 17 ans.

Geneviève Louyest est encore marquée par le drame qu’elle a vécu, il y a plus de quarante ans. En ce 8 mars 1980, son papa, Jacques, est tué dans un accident de voiture survenu à Manage, dans le Hainaut.

« À l’époque, j’avais 17 ans », se souvient-elle, avec émotion. « Le gamin qui a pris la vie de mon père avait le même âge que moi. Mon père, médecin à Jolimont, revenait d’avoir été visiter quelqu’un lorsqu’il a été victime d’une collision frontale. Il en est mort, l’autre conducteur s’en est sorti indemne. Celui qui avait foncé dessus avait 17 ans, piqué la voiture de son père, il roulait au double de la vitesse autorisée, avait passé deux grammes d’alcool dans le sang, faisait une course avec des copains en agglomération au sortir d’une fête. Ce jeune n’a pas fait un jour de prison. » Elle ne se souvient pas s’il y a eu une quelconque condamnation, « maman nous ayant tenus à l’écart de cette affaire ». « Par contre, l’assurance s’est retournée contre lui, et cela a eu des lourdes conséquences financières pour lui. »

J’ai ressenti beaucoup de peur et de colère en voyant certaines publications.

Si Geneviève Louyest prend la parole aujourd’hui, notamment en ayant publié un post sur les réseaux sociaux, ce n’est pas pour qu’on la plaigne. Ce qu’elle souhaite, c’est lancer un appel au calme. « Je ne suis pas légitime pour dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou non. Je n’ai aucune autorité pour le faire. Je voulais juste partager mon vécu. Surtout que j’ai ressenti beaucoup de peur et de colère en voyant des publications de certains journaux » relatives au drame survenu lors du carnaval de Strépy-Bracquegnies. « Avec des photos quasi pas masquées des deux auteurs présumés du drame, ce qui me choque profondément. » Car les deux trentenaires ont « le droit à un procès équitable », sans oublier qu’ils ont aussi des familles « qui ne sont pas responsables » de ce qui s’est produit.

À l’époque aussi, j’aurais voulu que le jeune qui a ôté la vie de mon père soit arrêté…

Surtout que, comme elle l’explique, « ce drame reste un accident jusqu’à preuve du contraire et la justice peut toujours requalifier les faits en fonction des éléments dont elle disposera ». « À l’époque aussi, j’aurais voulu que le jeune qui a ôté la vie de mon père soit arrêté. J’étais en colère, et c’est normal. Et puis, par la suite, j’ai réfléchi et je me suis demandé si le fait qu’il soit en prison aurait changé quoi que ce soit à ma peine, aux conséquences pour ma famille. Et je peux vous dire que non, cela n’aurait rien changé. Ni pour mon père, ni pour le chauffard. Je ne lui ai jamais pardonné, parce que je n’en suis pas capable, mais j’ai pris de la distance. »

Si elle s’exprime aujourd’hui, Geneviève Louyest insiste. Oui, « la colère est mauvaise conseillère ». « Et aller casser la figure au gamin qui m’a privé de mon père n’aurait rien changé non plus. Même si la justice est imparfaite, il vaut mieux la laisser faire plutôt que de faire justice soi-même même, ce qui n’a jamais rien résolu », précise cette dame qui, après avoir vécu quarante ans dans la région du Centre, s’est installée à Bruxelles.

Au lieu d’essayer de vouloir faire le travail de la justice, que les gens entourent les familles concernées par ce drame.

Là, elle se dit « effrayée par ces appels au lynchage public » des deux auteurs présumés du drame de Strépy-Bracquegnies. « Et au lieu d’essayer de vouloir faire le travail de la justice, que les gens entourent les familles concernées par ce drame, parce que ce sera important et pas seulement dans les quinze jours qui viennent. Il faudra encore s’en préoccuper dans des semaines, des mois, voire des années. Car au bout de quelques semaines, il n’y a plus personne pour vous épauler, avec une actualité qui chasse l’autre… »

Geneviève Louyest souhaite enfin s’adresser aux familles meurtries, mais aussi choquées par la catastrophe. « Il ne faut pas hésiter à faire appel à un psychologue pour sortir cette colère qui est légitime. C’est un sentiment, et c’est normal d’en éprouver. » Et de conclure: « Si avec le post Facebook que j’ai publié, je peux convaincre ne fût-ce qu’une ou deux personnes pour qu’elle ne cède pas à la colère, ce sera déjà ça de gagné… »

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