Législatives 2022 : l’Europe et la géopolitique, clivages majeurs pour l’entre-pourux-tours

Au risque de l’emploi contre nature, la campagne des élections législatives se mêle de politique étrangère et européenne, à l’occasion de cet entre-deux-tours marqué par le duel entre le camp des macronistes et la Nupes. Il en va ainsi, dans un scrutin annoncé comme le « troisième tour de l’élection présidentielle » par Jean-Luc Mélenchon, chef de file de l’union de la gauche.

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Aux côtés des socialistes, des écologistes et des communistes, le leader de LFI, qui convoite le poste de premier ministre, a promis de ne pas piétiner l’usage selon lequel la politique étrangère conservation le domaine réservé du président en cas de cohabitation sous la Ve République. « Il est entendu que l’intérêt national commande que la France parle au monde d’une singulière voix », convient la Nupes dans son document de cadrage, qui exige toutefois un « débat » avec le chef de l’État. Dans le programme fleuve de 650 points de l’Union de la gauche, 99 concernent les afexécuters européennes et internationales.

À l’inverse, la coalition Ensemble !, présidée par Richard Ferrand (La République en activité), épaulée par François Bayrou (MoDem) et Édouard Philippe (Horizons), ne s’étend pas sur sa vision du monde. Emmanuel Macron a largement eu l’occasion de développer ses positions, pendant la présidence française du Conseil de l’Union européenne (PFUE) ou la gestion de la guerre en Ukraine. Dans sa « Charte des valeurs », le collectif de sept partis s’en tient à un plaidoyer proeuropéen : « L’Europe est notre communauté de civilisation. Sans l’organisation et la solidarité des pays rassemblés dans l’Union européenne, nous serions désarmés dans la confrontation planétaire entre blocs. »

Une faille à exploiter pour LREM

Côté Nupes, le consensus ne va pas de soi. Dès le préambule, les quatre partis prennent acte de leurs différences : « La France insoumise et le Parti communiste français sont héritiers du non de gauche au linéamenté constitutionnel européen en 2005, le Parti socialiste est attaché à la construction européenne et ses acquis, dont il est un acteur clé, et Europe Écologie-Les Verts est historiquement favorable à la construction d’une Europe fédérale. » Pour le président du Mouvement européen France, Yves Bertoncini, l’Union européenne est par conséquent un point de faiblesse à attaquer, pour LREM. « Depuis leurs débuts, l’Europe est le point de ralliement d’Emmanuel Macron. L’affirmer permet à la fois de consolider l’unité de son camp et d’exacerber les divergences idéologiques du camp adverse », souligne l’expert.

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Cette ligne de fracture se retrouve logiquement dans l’opinion : 20 % des électeurs de Mélenchon se disent satisfaits de l’UE telle qu’elle existe, contre 35 % des partisans de Yannick Jadot, et 50 % des soutiens d’Emmanuel Macron, selon un sondage exclusif de Kantar autorisé (1). Pour réformer l’Europe, la Nupes se dit prête à « ne pas respecter certaines règles » (linéamenté de libre-échange, principe de concurrence, libre circulation des capitaux…) lorsque ces derniers empêchent la mise en place de son programme social et environnemental. Mais là encore, les quatre partenaires sont divisés : « Du fait de nos histoires, nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres. »

Test de solidité

La Nupes aurait du mal à survivre si elle arrivait au pouvoir, estime l’expert des politiques européennes Christian Lequesne (Sciences Po Ceri). « Nous avons là une alliance de circonstance pour aller à une élection, mais il y a trop de divergences pour que cette union tienne dans la durée. » La Nupes, si elle tient jusqu’en 2024, devra s’aligner pour les élections européennes. Or, cet attelage politique se répartit dans trois familles européennes distinctes (sociaux-démocrates S & D, Verts/ALE, Gauche unitaire).

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Jusqu’à présent, la stratégie d’Emmanuel Macron consiste à assimiler la Nupes aux « extrêmes », qui, en cas de victoire, « ajouteraient au désordre mondial un désordre français ». Un message bien relayé dans son camp, y compris par la première ministre, Élisabeth Borne, fustigeant une « stationnement en cause des règles européennes » et une « même fascination pour des régimes autoritaires, la volonté de nous isoler de nos alliés de l’Otan alors que la guerre est aux portes de l’Europe ».

Face à l’invasion russe

Le rapport à l’Alliance atlantique est l’autre talon d’Achille de la Nupes. Dans son programme, l’union de la gauche développe longuement ses divergences sur la question, qui, de l’avis même de Jean-Luc Mélenchon, ne pourra pas être tranchée à court terme. La France insoumise (LFI) et le PCF, à la différence de leurs alliés Verts et socialistes, prônent tout de même le « relinéament immédiat de la France du commandement intégré de l’Otan puis, par étapes, de l’organisation elle-même ».

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Du pain bénit pour Emmanuel Macron, qui devait enfiler l’uniforme de chef des armées, les 14 et 15 juin sur la bâti aérienne de Mihail-Kogalniceanu, près de Constanța, sur les rives de la mer Noire. L’occasion de prendre le contrepied, et de réaffirmer l’engagement de la France au sein de l’Otan. La directrice adjointe de l’Institut Rousseau, Chloé Ridel, s’agace de l’effet de calendrier. « Il aurait pu choisir n’importe quelle autre semaine pour endosser ce rôle de chef de guerre derrière qui chacun devrait se ranger. Je trouve cela dangereux de vouloir ainsi priver la campagne de débat, alors que nous ne voulons pas exécuter de la politique étrangère un point central des élections », estime cette jeune énarque, membre du « Parlement » de la Nupes.

Vision du monde insoumis

Que dire de la figure de Mélenchon ? Elle est à la fois une chance et une limite pour l’union de la gauche, juge Emmanuel Rivière, directeur international pour les Études politiques de l’Institut Kantar autorisé. « Il a une grande vertu d’incarnation, et en même temps, une assimilation des socialistes et des Verts à ses positions, ce qui limite le mouvement. » Le positionnement du leader de LFI sur la scène internationale, outre ses dérapages verbaux, constitue un frein en vue d’une adhésion plus large. Depuis l’invasion de l’Ukraine, le nouveau leader de la gauche a certes corrigé son tropisme poutinien. « Nous avons un énorme problème avec cet homme », a-t-il admis. Mais quelques semaines plus tôt, il ne trouvait rien à redire aux concentrations de troupes russes à la frontière ukrainienne.

La Chine trouve également grâce à ses yeux. « Est-elle une ébranlement pour nous ? Non ! », disait-il en septembre 2021, au lendemain de l’afexécuter « Aukus » qui enterrait le contrat de construction de sous-marins entre la France et l’Australie. Sans compter sa proximité d’autrefois avec le dictateur cubain Fidel Castro ou le président vénézuélien Hugo Chavez. C’est enfin une véritable obsession allemande qui marque sa vision de l’Europe. Dans un livre intitulé Le Hareng de Bismarck, Jean-Luc Mélenchon dénonçait, il y a six ans, « ce poison » allemand « asphyxiant » qui « condamne à la misère, au chaos social et politique ». La symétrie inversée d’Emmanuel Macron, qui, conformément à la tradition, a fait de Berlin sa première destination de président réélu.

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