« les autorités politiques ne connaissent pas les mécanismes liés aux violences de genre » (Bruxelles)

Le boycott des clubs et des bars bruxellois fait suite à plusieurs manifs qui ont ébranlé le milieu festif de la capitale depuis le Cimetière d’Ixelles.

Belga

Plusieurs collectifs féministes boycottent bars et clubs ce vendredi 12 novembre à Bruxelles. C’est une nouvelle manifestation du mouvement #balancetonbar. Plusieurs personnalités se joignent

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« Toi, responsable d’un lieu du milieu de la nuit, on te voit […], on ne t’oublie pas. La seule façon de te faire réagir est de toucher à ton précieux porte-monnaie. Nous appelons donc toutes les personnes sexisées au boycott des bars et des clubs le vendredi 12 novembre ».

Ce boycott des bars et des clubs est organisé par l’UFIA (Union Féministe Intersectionnel Autogéré). Il s’agit d’un regroupement d’une dizaine d’associations et collectifs bruxellois. Ce 12 novembre, à leur appel, ce sont donc des centaines de femmes qui tourneront le dos à leur bar ou club préféré pour manifester leur dégoût des violences sexistes qui se sont fait jour dans plusieurs lieux de vie nocturne de la capitale. Et dénoncées désormais par le mouvement #balancetonbar.

On arrive te chercher toi. Toi qui d’une manière ou d’une autre participes à la culture du viol

Ce vendredi, les manifestantes appellent à se réunir place de l’Albertine, dans le centre de Bruxelles. Cet appel ne s’adresse qu’aux personnes « subissant le sexisme ». Il est donc volontairement interdit aux hommes. « Notre colère n’a plus de limite », éclatent-elles dans leur vidéo manifeste. « En créant un fond commun féministe, on arrive te chercher toi. Toi qui d’une manière ou d’une autre participes à la culture du viol et aux atrocités qui sont perpétrées sur les femmes et les minorités de genre ».

Main tendue aux autorités

Plus largement, l’UFIA réclame « la mise en place de solutions concrètes, durables et structurelles » pour mettre fin à « la culture du viol omniprésente ». Car l’Union constate que « ce ne sont plus des faits isolés, mais des violences systémiques ». Ces revendications ont été adressées aux 19 bourgmestres bruxellois pour « les aider dans leurs futures décisions ». Car selon les associations, « la majorité des autorités politiques ne connaît ni les mécanismes liés aux violences systémiques de genre, ni la grille de lecture féministe intersectionnelle nécessaire à l’adoption de mesures liées à cet enjeu ».

Pour rappel, ce mouvement s’est déclenché sur bas de révélations parties du cimetière d’Ixelles. Deux bars de ce quartier connu pour sa vie étudiante festive ont été pointés du doigt. Elles ont rebondi plus largement pour éclabousser d’autres établissements. Les témoignages pointent tous le même modus operandi: une drogue (le GHB) glissée dans un verre à l’insu de la victime. Les plus chanceux, parfois aidés par des proches, s’en tirent avec un black-out et une grosse frayeur. Les moins chanceuses se réveillent quelques heures plus tard dans un lieu inconnu, violées et couvertes de honte.

La majorité des autorités politiques ne connaît ni les mécanismes liés aux violences systémiques de genre, ni la grille de lecture féministe nécessaire aux mesures

Plusieurs personnalités ont appuyé cet appel au boycott. Parmi elles, on peut citer la députée bruxelloise Margaux De Ré, l’avocate Caroline Poire (spécialiste des violences sexuelles) ou la coprésidente d’Écolo Rajae Maouane. Du côté de Saint-Gilles, suite au renoncement de plusieurs artistes programmés en solidarité avec le boycott, une soirée au Tri Postal a été annulée. « Nous appelons à la mobilisation et attendons des autorités qu’elles prennent des mesures à la hauteur de la gravité de la situation », plaide le lieu. « Tout notre soutien va aux survivant·e·s. La honte doit changer de camp. Stop à l’impunité ».

Pendant ce temps-là, sur le profil Instagram de #balancetonbar, les témoignages continuent de s’empiler.

La nuit travaille à « une nuit plus inclusive et sûre »

Directement impactée par le boycott, la Brussels By Night Federation a réagi ce 12 novembre aux révélations du mouvement #balancetonbar. Les clubs et discothèques sont concernés au premier chef par l’affaire, d’autant plus depuis que le mythique Fuse a été mouillé à plusieurs reprises. Ce qui a poussé le club de la rue Blaes, entre autres, à virer des membres problématiques de son équipe.

Le Fuse, mythique discothèque techno des Marolles, a été éclaboussé par le scandale.

ÉdA – Julien RENSONNET

« Les événements d’octobre ont libéré la parole de nombreuses victimes et donné une visibilité à leurs témoignages », souligne la Brussels By Night Federation dans un communiqué. « Nous les soutenons et les encourageons à continuer de dénoncer ces agissements ».

La Brussels By Night Federation explique que le Conseil de la Nuit Bruxellois, dont elle est membre, s’est réuni le 20 octobre pour « prendre des mesures face au harcèlement sur la voie publique et dans nos lieux festifs, sachant qu’un certain nombre d’entre nous avait déjà commencé ce travail ». Objectif: « une nuit du XXIe siècle, plus sûre, inclusive et bienveillante, […], une nuit qui permet à toutes et tous d’être ce qu’il ou elle est, sans être exposé.e au harcèlement, racisme, violence, consommation de produits non désirés ».

La Fédé annonce que « le Conseil Bruxellois de la Nuit travaille sur 4 axes prioritaires ». Ceux-ci sont « soumis aux autorités afin de solliciter les moyens nécessaires pour booster le travail entamé ». Atterrissage espéré: fin novembre.

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