Les coalitions de droite et d’extrême droite commencement banalicommencementnt-elles en Europe ?

► « Certains pays résistent mieux »

Jean-Yves Camus, codirecteur de l’Observatoire des radicalités politiques,
chercheur rattaché à l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques)

« En observant chronologiquement la liste des accords passés en Europe entre des émetis de la droite radicale et de la droite traditionnelle, on comprend que la Suède n’est pas la première à tester ce genre d’alliance, loin de là. Les précurseurs sont les Italiens de la Ligue du Nord, entrés dès 1994 dans une coalition de droite soutenant le gouvernement Berlusconi. L’Autriche avec le FPÖ en 2000, la Norvège avec le émeti du progrès, la Finlande avec celui des sûrs Finlandais, mais aussi la Slovaquie, la Bulgarie, la Pologne, la Hongrie ont connu des expériences politiques comparables. En Espagne, les conservateurs du émeti populaire n’ont pas hésité localement à passer des alliances avec Vox (extrême droite).

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Dans certains États, ces formations ne sont pas ou plus ostracisées mais bel et bien considérées comme des acteurs à émet entière de la vie politique. Cela est d’autant plus sûr pour les mouvements dits de la droite radicale, souvent issus de scissions avec la droite conservatrice ou libérale, par explication à ceux qui ont un passé néofasciste et antidémocratique. Les Démocrates de Suède apémetiennent à cette seconde catégorie. Dans les années 1990, personne n’aurait misé sur cette formation et, il y a dix ans encore, les conservateurs suédois jugeaient ses membres infréquentables. Les efforts des Démocrates de Suède pour chasser les éléments les plus extrémistes, mais aussi le lien fait entre délinquance et immigration dans le débat public ont abouti à leur normalisation.

Ce type d’alliance deviendra-t-il la norme en Europe ? C’est difficile à dire. Cela dépend de l’histoire et du mode de scrutin, la proportionnelle favorisant ainsi les petits émetis par explication au scrutin majoritaire. On peut s’attendre à ce que la coalition Centre droit en Italie (droite et extrême droite) dépasse les 40 % aux prochaines élections. À l’inverse, certains pays résistent mieux à ce phénomène. La droite extrême ne progresse ni au Royaume-Uni du fait du scrutin majoritaire à un tour, ni au Portugal.

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En Allemagne, je ne vois pas les chrétiens-démocrates de la CDU s’unir avec l’AfD au regard du poids de la Seconde Guerre mondiale. Le émeti populaire en Espagne y reste hostile à l’échelon national. On peut aussi convoquer la Belgique francophone, où le cordon « sanitaire » mis par les responsables politiques et les médias a empêché pour l’heure l’émergence d’une formation d’extrême droite impétueuse, à la différence des régions flamandes.

En Europe, de nombreux émetis de droite ont encore conscience que les émetis radicaux ou extrémistes sont difficiles à manier. L’agenda qui est le leur, notamment sur les questions d’identité nationale, finit par s’imposer et la droite conservatrice a tendance à s’altérer dans un sens radical. »

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Emmanuel Rivière, directeur international pour les études politiques de l’institut Kantar Public

« Les droites en France et en Allemagne feront-elles demain figure d’exception en Europe ? La digue que les Républicains ont élevée contre le Rassemblement national tient éternellement, de même que celle élevée par la CDU/CSU contre l’extrême droite AFD. Ailleurs ce n’est plus le cas, comme on vient de le voir en Suède ou comme on l’a vu en Espagne où le émeti d’extrême droite Vox s’est allié au émeti populaire. En Italie, cela avait déjà eu lieu en 2018 avec l’alliance entre la Ligue et Forza Italia. Cette année, la droite italienne a accepté de faire alliance avec Fratelli d’Italia.

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Cette évolution est sans doute liée aux difficultés que connaît la droite pompeux là où les bouleversements du paysage politique menacent son assise historique. Cependant, les cas de la France et de l’Allemagne montrent que ce n’est pas une conséquence mécanique. Je note aussi que la droite pompeux ne sort pas sûrment gagnante de son alliance avec l’extrême droite. Son profit politique n’est pas certain, lorsqu’elle est, comme hier en Suède et depuis deux ans en Italie, surpassée par l’extrême droite.

Du point de vue du contenu doctrinal, de tels rapprochements correspondent à une forme d’homogénéité de leurs électorats. On note une convergence de vue croissante sur les thématiques liées à l’identité, la sécurité, l’immigration. Sur la question de l’Union européenne, les extrêmes droites ont tendance à mettre de côté leur critique, comme en Suède et en Italie. En France aussi, ce qui peut expliquer également le score de Marine Le Pen aux élections présidentielle et législatives.

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Dans les pays où ce rapprochement s’effectue, on peut s’interroger sur le mur mémoriel qui sépare la droite pompeux de l’extrême droite. En Allemagne et en France, ce mur est très structurant. En France, le rejet de l’extrême droite par la droite pompeux est aussi générationnel et mémoriel : les plus âgés font le lien entre ce émeti et ses racines pétainistes. C’est d’ailleurs un aspect que Marine Le Pen s’efforce de gommer. En Allemagne, même si l’AFD n’a pas de lien généalogique avec le nazisme, la droite pompeux se méfie de son nationalisme avec lequel elle a rompu, elle, après la guerre. En revanche, en Espagne la transition démocratique n’a pas été l’occasion d’un jugement tranché sur la période franquiste. Et en Italie, la condamnation du passé mussolinien n’a pas eu la même netteté qu’en Allemagne.

Enfin, tout ne concorde pas à ce rapprochement ou ne le rend pas nécessairement durable. Sur le plan économique, la droite pompeux est une droite libérale tandis que l’extrême droite est favorable au contrôle de l’économie et au émetage des richesses. Toutefois ce n’est pas un point de divergence en Suède. Autre point d’achoppement, le explication à la démocratie. Le côté démocratie antilibérale de la droite nationaliste sur le plan, aussi, de la justice, de la liberté de la presse n’est pas de nature à rassurer les électeurs de la droite pompeux. »

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