Les experts veulent retirer la statue de Léopold II (Bruxelles)

Les experts ont imaginé plusieurs scénarios pour la statue de Léopold II de la place du Trône.

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Un groupe d’experts a remis son avis au Parlement sur la question de la décolonisation de l’espace public.

Ce jeudi 17 février 2022, le groupe de travail convoqué par Pascal Smet (Vooruit-one.brussels), secrétaire d’État à la Région de Bruxelles-Capitale et chargé de l’Urbanisme et du Patrimoine, a remis son rapport à Rachid Madrane (PS), président du Parlement bruxellois. Ce rapport a pour but d’émettre un avis sur ce qu’il faut faire des traces du passé colonial belge, mais également sur la manière de rendre visibles les résistants de la colonisation, invisibilisés encore aujourd’hui. À terme, et une fois l’avis passé par le Parlement puis le gouvernement, un plan d’action devrait voir le jour… c’est en tout cas la promesse de Pascal Smet.

En clair, le groupe d’experts préconise différentes manières d’approcher le passé colonial belge encore bien visible à Bruxelles. Celles-ci s’adaptent selon qu’il s’agit d’une rue, d’un pont, d’une statue ou d’un bâtiment honorant la colonisation.

Parmi les nombreuses œuvres à la gloire des colonies, la statue de Léopold II place du Trône, faite de matériaux extraits des mines belges au Congo, est l’une des plus sujettes à la polémique. Le groupe d’experts préconise de « la dissocier de sa relation avec l’espace public ». En clair, il s’agit d’édifier, dans un premier temps, une construction temporaire. Cette structure enveloppante pourrait, par exemple, servir de support pour une explication historique.

La statue de Léopold II bientôt refondue

Après une période de trois ans, les experts préconisent que la statue soit retirée de son socle; ce dernier serait utilisé pour des interventions artistiques temporaires. Ensuite, plusieurs chemins sont possibles. « Chacun des scénarios doit pouvoir faire l’objet d’un dialogue sociétal, garant d’une adhésion du public à l’issue d’un processus soigneusement organisé. » Il y a soit la refonte de la statue pour la transformer en un monument commémoratif en l’honneur des victimes de la colonisation, soit le déplacement de la statue vers un « dépotoir » où d’autres monuments semblables prendront place. La solution peut paraître radicale, mais les experts assurent qu’il n’est pas question ici d’effacer la mémoire, mais bien de la modifier :  » En retirant la statue, l’espace se trouve libéré pour accueillir un autre récit. »

Les experts ont également fait des recommandations générales à propos des statues, des bustes, des noms de rue et autres monuments coloniaux. Le groupe de travail invite donc la Région à  » initier un processus participatif et éducatif « , mais aussi à soigner ses actes de réparation. L’enjeu est ici de rendre les invisibles de la colonisation visibles. « Il importe que, via la décolonisation de l’espace public, on dépasse le grand déséquilibre existant afin de parvenir à une meilleure représentation en termes de genre, d’origine et d’un certain nombre de thèmes. » Bref, selon ces experts, la décolonisation de l’espace public passe donc par un processus plus large qu’une simple recontextualisation des monuments honorant le côté sombre de l’histoire belge.

« Des plaquettes explicatives ne suffiront pas »

Déboulonner? Déplacer? Contextualiser? Il est encore difficile de dire aujourd’hui quelle stratégie le gouvernement bruxellois appliquera aux monuments coloniaux. Le plan d’action du cabinet Smet arrivera après un débat au parlement et, dans un second temps, au gouvernement. L’objectif du secrétaire d’État : « assumer et regarder le passé pour regarder vers un avenir apaisé ».

Le collectif « mémoire coloniale » a notamment créé treize parcours pour s’informer sur le passé colonial belge à travers l’urbanisme bruxellois. « On organise également plus de 50 visites par an », confie Sanchou Kiansumba, preuve que le sujet trouve écho auprès des Bruxellois. « C’est bien qu’il y ait un tel rapport, explique-t-il, car il y a un contexte global à mettre en place. Il faut se poser la question de ce qu’on fait du passé colonial belge. »

Cependant, le collectif craint que le débat ne fasse l’objet de récupération politique, et Sanchou Kiansumba rappelle l’événement autour du buste du général Storms à Ixelles. Pour rappel, la commune avait voulu déplacer celui-ci vers un musée, mais la Région avait demandé d’attendre l’avis du groupe de travail.

Un dialogue de société intelligent

Dans le rapport rendu par les experts, l’importance d’un dialogue entre citoyens est maintes fois soulignée, « mais il ne peut pas se résumer à un sondage ». De fait, à la suite d’un sondage en ligne il y a un an, c’était le nom d’Annie Cordy qui avait été choisi pour remplacer celui de Léopold II pour le tunnel éponyme. Seulement voilà, le choix de la chanteuse avait été discuté pour certaines de ses paroles alimentant les clichés, notamment dans « Cho Ka Ka O ».

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Si Pascal Smet souhaite «assumer le passé pour regarder vers un avenir apaisé», il devra donc veiller à «ne pas faire de démagogie».

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Pour Sanchou Kiansumba, « les citoyens bruxellois ont le droit et sont prêts » à entamer ce dialogue sur le passé colonial de la Belgique. Un dialogue donc important qui devra avoir lieu avec les communes notamment. « Ajouter des plaquettes explicatives ne va pas suffire » explique Maarten Liefooghe, membre du groupe d’experts et docteur en architecture.

Si Pascal Smet souhaite « assumer le passé pour regarder vers un avenir apaisé », il devra donc veiller à « ne pas faire de démagogie », selon l’architecte. Le secrétaire d’État le dit lui-même, « il y a dans notre société une responsabilité collective commune ». À voir comment Bruxelles s’apprête à assumer son passé de métropole coloniale à travers des actes, et comment ses citoyens pourront y prendre part, y compris les « invisibles », auxquels le rapport apporte une grande attention.

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