Les limites de l’Occident face à Poutine

Le poids de la guerre est partout au Royaume-Uni.

Son histoire militaire parsème ses villes de plus de 60 000 monuments commémoratifs, plus de 6000 uniquement à Londres. 

Le pays ne domine plus les mers et le ciel comme autrefois, mais il dépense encore une fortune en personnel et équipement militaires, c’est-à-dire quatre fois plus que le Canada. 

Ici, le poids de la guerre s’est transposé dans les esprits depuis l’invasion russe de l’Ukraine. 

« Je suis né juste avant la dernière Grande Guerre. On dirait que je vais disparaître pendant une autre guerre mondiale. C’est une chose horrible », lâche Richard Lancaster, un londonien venu se recueillir devant l’ambassade de Russie au matin. 

Les manifestations sont quotidiennes depuis des semaines devant l’ambassade russe de Londres. En face, le Haut Commissariat de la Guyane a offert sa devanture aux protestataires. 

Photo Guillaume St-Pierre

Le jour, les passants s’arrêtent par centaine en guise de soutien. 

Tourner autour du pot

Chez eux, une forme d’impuissance, de frustration, face à l’horreur.

On peut les comprendre. 

Le premier ministre néerlandais y est allé d’une rafraîchissante franchise aux côtés de ses homologues canadiens et britanniques. Il a dit sans détour que les sanctions économiques sans précédent imposées à Poutine ne donnent pas l’effet escompté, du moins à court terme.

Justin Trudeau et Boris Johnson venaient d’annoncer qu’ils en rajoutaient une couche contre les oligarques russes.

Mark Rutte n’est pas passé par quatre chemins. 

Cela fait changement des discours parfois grandiloquents de notre premier ministre. 

Devant moi, dans la salle de presse, des membres de la délégation hollandaise se sont demandé à voix haute si Justin Trudeau tournait toujours ainsi autour du pot…

Lignes de faille

L’Occident a montré un front uni face au Kremlin. 

Mais la stratégie montre ses limites devant un Poutine prêt à tout. 

Nos sanctions demeurent souvent symboliques. Les oligarques qui possèdent un réel pouvoir chez nous, ceux qui brassent de grosses affaires, ne sont pas inquiétés. 

Et puis que valent ces sanctions si nous n’avons pas les moyens d’y donner suite par des enquêtes ? 

Elles affaibliront peut-être Poutine aux yeux de cette clique, mais quand ? 

Pendant ce temps, le gaz russe continue de couler à flots dans les pipelines européens, dans certains pays plus que d’autres. Une autre fissure dans la stratégie occidentale. 

Un changement de cap n’est pas pour demain. 

Ne parlons pas de nos Forces armées canadiennes mal équipées incapables de se procurer le moindre avion ou navire dans des délais raisonnables au coût prévu.

Justin Trudeau a laissé entendre hier qu’il pourrait injecter plus d’argent que prévu dans la Défense nationale dans son prochain budget printanier.

Il aura fallu cette guerre sanglante pour qu’il entrouvre cette porte.

Comment éviter la guerre ?

Devant tant de souffrance que porte un seul peuple, il y a de quoi désespérer.

L’opinion publique évolue à mesure que sont rapportées les atrocités. 

Près de 75 % des Anglais se disent maintenant prêts à payer plus cher pour leur énergie afin de punir Poutine, une hausse de 24 % par rapport à quelques heures avant le déclenchement du conflit.  

L’opinion en faveur d’une entrée en guerre contre la Russie demeure impopulaire, mais elle progresse de 20 % à 28 %, selon ce même coup de sonde. 

« Évidemment, personne ne veut d’une autre guerre, me souffle Richard Lancaster. Mais je pense qu’à moins d’une intervention militaire, cet homme qui se berce d’illusions et qui ne connaît que la brutalité ne voudra rien savoir. » 

« Je crois que Poutine n’a aucun sens moral. »

Poutine, par son carnage, nous confronte aussi au nôtre.

Get in Touch

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Articles Connexes

Derniers Messages