les riverains n’en veulent pas sans solution en amont (Ixelles)

Les navetteurs automobiles s’entassent au pied du viaduc Herrmann-Debroux pour éviter les engorgements en aval en se faufilant par les quartiers d’Auderghem et Watermael-Boitsfort. Le collectif PAD’Accord craint que la démolition du viaduc ne pérennise ce réflexe.

ÉdA – Julien RENSONNET

Le viaduc Herrmann-Debroux va tomber. Ce n’est qu’une question de temps. Mais cette date, les riverains du collectif PAD’Accord ne l’envisagent pas avant 2030 « et la finalisation du RER ». Ils veulent aussi « des solutions de mobilité en amont ». Soit avant le carrefour Léonard. Reportage dans un potager menacé.

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Le petit potager se repose sous le crachin automnal. Dans l’air flotte le parfum des feuilles tombées que Bart et Martine étalent sur les sillons pour protéger la terre auderghemoise des gelées à venir. De la vallée du Watermaelbeek, qui coule sous le béton du centre commercial en contrebas, parviennent les crissements d’un chantier de démolition. Dinosaures de métal, les pelles mécaniques dévorent un bâtiment de bureau dont les vitres opaques ouvraient sur le viaduc Herrmann-Debroux.

Dans ce potager partagé, la quiétude des saisons a fait place à la méfiance envers le PAD.

ÉdA – Julien RENSONNET

Les poules du modeste lopin partagé sont les seules à l’ignorer dans le quartier: le fameux toboggan de béton suspendu à l’entrée de Bruxelles va tomber. Évoquée depuis deux décennies, cette éventualité est désormais entérinée dans un Plan d’Aménagement Directeur (PAD). Le Gouvernement bruxellois en a adopté la seconde lecture en juillet 2021. L’idée est de « mettre à terre ce vestige de l’urbanisme des années 1970, pour projeter une entrée de ville digne de ce nom ». Ce PAD est le plus vaste ébauché à ce jour: il concerne 43 ha, sur une bande de 6 km articulée entre nord et sud du viaduc. Il aura des répercussions sur toute la zone d’embouchure de l’actuelle E411. Soit peu ou prou entre le carrefour Léonard et le cimetière d’Ixelles, en ce compris le boulevard du Souverain et la chaussée de Wavre et les centres de Watermael-Boitsfort et Auderghem.

L’aire du PAD Herrmann-Debroux va de Léonard à Delta.

Perspective. brussels

La mobilité avant les appartements

Dans un bosquet ceinturé par les grillages les séparant des fast-foods, les yeux sur le parking de l’hypermarché, les membres de l’association PAD’Accord haussent les épaules. « C’est là que sera créée la nouvelle place Communale d’Auderghem. Beau, hein?! » Sans compter volailles et abeilles, ces riverains revendiquent quelque 300 membres. « Mais certains posts sur Facebook drainent des dizaines de milliers de vues ». « Apolitiques », ils s’inquiètent de la dimension du PAD: « sa taille pousse cet instrument au-delà de sa viabilité. Réaménager une rue, d’accord. Mais tout un boulevard? » Alors avant que « ce chantier immense » soit lancé, ces riverains alertent sur l’importance de son phasage: « le volet mobilité doit primer sur l’immobilier. Sinon, les sites en accroche développés par les promoteurs pousseront avant les espaces publics, qui traîneront pendant 20 ans si le budget n’est pas libéré ».

Le petit potager de la rue des Vignettes est menacé par un projet d’appartements.

ÉdA – Julien RENSONNET

On parle de déplacer le potager sur le toit du Carrefour. Romantique… On va déplacer l’arbre aussi? Qui viendra encore saluer cette dame âgée dans son entrée?

L’idée de déplacer le potager sur le toit du supermarché fait ricaner ses initiateurs.

ÉdA – Julien RENSONNET

Les courges de la parcelle qui fournit 36 familles sont menacées au premier chef. Le propriétaire, Redevco, possède aussi le shopping center en contrebas. Il planifie des logements sur la butte, dont les légumes poussent sur 3 parcelles constructibles. Celles-ci doivent être longées d’un accès de 6m de large menant au futur parc de 2,4ha qui se faufilera tout en longueur entre la station Demey et le boulevard du Souverain, berges d’un Watermaelbeek retrouvant le ciel. « Notre jardin est considéré comme transposable n’importe où », déplorent les potagistes. « Mais c’est un véritable réseau social pour la rue de la Vignette. Il met les gens en contact, stimule l’entraide entre les âges. Cette semaine, on fournit des œufs à une famille en quarantaine. On parle de déplacer le potager sur le toit du Carrefour. Très romantique, non? On va déplacer l’arbre aussi? Et qui viendra encore saluer cette dame âgée dans son entrée? » Martine et Bart savent depuis 2015 que leurs carrés sont précaires. Mais dans cette ère post-pandémie, ils demandent son maintien au même endroit. PAD’Accord craint en outre « l’effet cumulatif » du boom du logement dans la zone: « en plus des 1.500 prévus dans le PAD, d’autres projets émergent. Auderghem a-t-elle les crèches, les écoles, les services suffisants? Le seuil de dangerosité est énorme » pour le quartier.

Au bout de la rue de la Vignette, le viaduc et ses rails de sécurité.

ÉdA – Julien RENSONNET

Toussotements

Au sortir de la rue de la Vignette aux maisons ouvrières à plantes grimpantes, le flux de voitures descendues du viaduc est continu. Le problème est d’autant plus criant depuis le passage à sens unique du pont Fraiteur, en aval de l’autoroute. Interdits d’entrée vers le Cimetière d’Ixelles, les automobilistes ont pris l’habitude d’éviter le boulevard du Triomphe en transitant par le centre de Watermael-Boitsfort via la rue des Pêcheries. C’est tout un quartier résidentiel, agglutiné dans le fond de vallée, qui toussote sous les pots d’échappement des navetteurs. Pour Chris, qui habite le coin, c’est un prélude au cauchemar de mobilité qu’augure le PAD. Selon le riverain, la densité de ce trafic de transit y sera multipliée par 5 si le viaduc tombe avant finalisation de toute alternative valable, comme le RER.

Le ciel n’est plus aussi bleu désormais dans le quartier de la rue des Pêcheries: le trafic de transit est omniprésent.

ÉdA – Julien RENSONNET

Nous ne sommes pas de fâcheux automobilistes, nous ne sommes pas mariés à ce viaduc. Cette horreur doit disparaître, mais pas sans alternative.

Le trafic de transit englue les quartiers vers le centre de Boitsfort.

ÉdA – Julien RENSONNET

S’appuyant sur l’Étude d’Impact Environnemental et l’avis de la Commission régionale de Développement, PAD’Accord pointe que « c’est tout l’équilibre du quadrant sud-est de Bruxelles qui vacille » sous le PAD. Sans la E411, la sortie de Bruxelles sera « diminuée de 50% ». En entrée, « la chaussée de Wavre connaîtra une saturation totale » avec quelque 500 véhicules en plus par heure alors qu’ils seront 300 à transiter entre Léonard et Quatre Bras pour filer chaussée de Tervueren. Selon le collectif citoyen, la cause est à trouver dans « la réduction à une bande dès le carrefour Léonard pour éviter le goulet d’étranglement au carrefour avec Souverain ». Entre Léonard et la chaussée de Wavre, le projet de PAD envisage en effet la 2e bande comme un accès au futur P + R à hauteur du Rouge Cloître et du centre Adeps. Autre reproche de PAD’Accord: une double rupture de charge « irréaliste » depuis ce « hub mobilité » qui imposera de sauter de la voiture au bus puis au métro. Les riverains lui préfèrent l’option prônée par la Commission régionale de la Mobilité: un parking de délestage à hauteur de Jesus-Eik, en amont de Léonard, doublé d’un bus rapide en site propre.

La position de PAD’Accord est limpide: « il faut inscrire 2030 dans le PAD. C’est la date de finalisation du RER ». C’est la position du bourgmestre Gosuin depuis… 14 ans. Et des Auderghemois, sondés par leur Commune en novembre 2019. Le collectif insiste: il faut « une solution en amont », ne pas laisser les navetteurs automobilistes arriver jusqu’à leur quartier. Pour ce faire, ils plaident comme certaines autorités politiques du Brabant wallon pour une concertation entre tous les acteurs. Chris: « nous ne sommes pas de fâcheux automobilistes, nous ne sommes pas mariés à ce viaduc. Cette horreur doit disparaître, mais pas sans alternative ».

Le collectif PAD’Accord plaide pour des solutions de mobilité en amont. Si un métro prolongé jusqu’à Jesus-Eik semble trop cher, ils suggèrent un parking de délestage qui éviterait une double rupture de charge des automobilistes vers le bus puis le métro en les embarquant vers la VUB dans un bus rapide en site propre.

ÉdA – Julien RENSONNET

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