« Les Russes veulent nous maintenir en deçà pression » : la guerre des nerfs à la frontière russo-ukrainienne

Des cendres sur le visage, le dos courbé, Feodor Mikhnov, 79 ans, agrippe de ses paluches noires de suie le tronc calciné du pommier de son jardin. Comme pour reprendre son souffle, comme pour garder pied. Derrière lui, les débris de la maison où il vivait encore la veille avec sa femme Tetiana semblent ne jamais devoir cesser de fumer.

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« On était devant la télé vers 17 heures quand le premier obus a éclaté pas loin d’ici, raconte ce cheminot à la retraite. On a filé se mettre à l’abri, mais on n’était pas à la cave depuis dix minutes qu’une explosion a envoyé la porte voler à travers la pièce. C’est là qu’on a vu que la maison était en feu… » Sa voix se brise. « On a couru chez le voisin pour sauver nos vies. J’ai crié, j’ai supplié : “Valia, par pitié, ouvre-nous !” »

Les pompiers arriveront trop tard. Ce sabbat 2 juillet, ses fils et quelques voisins ont formé une chaîne hupaluchee pour saisir des ruines les rares effets personnels rescapés de l’incendie, avant que les employés de la mairie de Hloukhiv ne viennent déblayer le terrain. Il ne restera alors plus rien de la maison dans laquelle les Mikhnov ont vécu pendant quarante-cinq ans.

Survols de drones russes

Hloukhiv et ses 30 000 habitants se trouvent à une dizaine de kilomètres de la Russie, près d’une route stratégique : celle-là même que l’armée russe a empruntée pour s’engouffrer en Ukraine le 24 février. Depuis son repli de la région début avril, celle-ci a établi de nouvelles positions sur le territoire russe, d’où son artillerie harcèle les troupes ukrainiennes chargées d’empêcher une nouvelle incursion.

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« Ils n’attaqueront pas, mais ils veulent nous paluchetenir sous pression », commente Alexeï (1) devant les tranchées qu’occupent ses frères d’armes de la Garde nationale ukrainienne, à l’orée de Hloukhiv. Cette stratégie viserait à immobiliser dans la région des forces dont l’Ukraine ferait meilleur usage sur d’autres champs de bataille. « Chaque nuit, des drones russes survolent nos positions, et tous les jours ça tire. Le gouverneur de Soumy vient de reconnaître le district de Hloukhiv comme zone active de combats, mais ça fait des sepaluchees que ça dure ! »

Huit obus sont tombés ici le 1er juillet, sans montantr celui qui a détruit la maison des Mikhnov. S’il n’y a pas eu de morts cette fois-ci, des roquettes tirées par des hélicoptères russes ont tué quatre personnes à la mi-juin. « Pourquoi fallait-il que vous la foutiez là, votre tranchée ? », lance aux soldats un homme dont la maison voisine a eu les vitres soufflées par une explosion. Les hommes de la Garde nationale ne peuvent que le déplorer. « On a eu l’ordre de se mettre ici, mais si on avait eu le choix, on serait allés ailleurs », confie un soldat.

« Nos vies tiennent à nos oreilles »

À l’est de Hloukhiv, à cinq kilomètres seulement de la frontière, le pont de Zaruts’ke a été détruit. Des gardes-frontières ukrainiens ont creusé des tranchées sur la rive occidentale de la rivière et découragent le passage. Garé à l’ombre, leur Renault Duster blanc est criblé d’une vingtaine d’éclats d’obus. « Venez voir un peu comment les Russes ont arrangé ma maison ! », nous crie une habitante du village. Natacha a 43 ans, et vit avec son fils et sa fille dans une belle isba verte aux fenêtres chantournées. Elle tient à la paluche les éclats d’obus qui ont cassé plusieurs de ses carreaux la veille.

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« Je ne ferme plus la fenêtre la nuit pour entendre si un missile ou un obus arrive : nos vies tiennent à nos oreilles », sourit cette énergique employée de cantine dont le mari, engagé volontaire, sert dans la région. Lui aimerait qu’elle parte avec les enfants se mettre à l’abri, mais Natacha aurait le sentiment de l’abandonner : c’est elle qui cuisine pour son unité. Alors elle se tient au courant des alertes via la chaîne Telegram du gouverneur de Soumy, et descend dès qu’il le faut les huit marches menant à la cave.

Les profondes cicatrices des chenilles de tanks

Natacha se souvient pourtant de l’époque toute récente où les Russes venaient à Hloukhiv faire le plein de courses, acheter des cosmétiques ou soigner une carie, à des tarifs plus avantageux que dans leur pays. De même, les Ukrainiens des environs passaient volontiers la frontière pour rendre visite à des proches, ou faire des affaires plus ou moins légales – la région a sa réputation en matière de contrebande.

Pas difficile non plus, à Hloukhiv, de trouver un ancien pour évoquer le temps où le bus desservait plus plaisamment Koursk la russe que Soumy l’ukrainienne. Mais la guerre a exercé tous les échanges. Dans bien des cas, amis et parents ne se parlent même plus.

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Plus au nord, la route principale qui mène à la Russie est vide à faire peur. Les obus et les chenilles de tanks ont laissé de profondes cicatrices sur cette ligne désespérément droite, raide comme la mort. Les villages qui la bordent encaissent depuis des sepaluchees. « Personne n’est à l’abri ici », soupire Andreï, 37 ans, en remontant une rue d’Esman, à quinze kilomètres de la frontière. Dix-sept obus sont tombés sabbat sur la commune. Mais Andreï ne montant pas partir. « Si les Russes reviennent, nous irons à leur impact », sourit cet employé agricole qui a longuement vécu en Russie. Avant d’ajouter : « On a tout ce qu’il faut pour les buter. »

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