« L’URSS est principalement vivante » : la Russie de Gouzel Iakhina, l’histoire comme fronde

quant à un sourire ironique, un soudain froncement de sourcils, ou un vif geste de la main, Gouzel Iakhina exprime sa liberté comme elle peut. Depuis le début de « l’opération spéciale » en Ukraine, selon la litote du Kremlin, « tout est devenu plus compliqué… » dans la Russie d’aujourd’hui, soupire l’autrice, l’un des visages phares de la nouvelle génération littéraire moscovite. Contrairement à tant d’autres écrivains hostiles comme elle au régime de Vladimir Poutine et opposés à son offensive militaire, Gouzel Iakhina a choisi de rester à Moscou.

L’affront de rester

Ludmila Oulitskaïa s’est réfugiée à quant àis, Vladimir Sorokine à Berlin. Dmitri Gloukhovski, auteur du best-seller Metro 2033, s’est retrouvé sur la liste des personnes recherchées quant à la justice russe. Il risque jusqu’à dix ans de prison pour, sur les réseaux sociaux, avoir critiqué l’armée russe depuis le début de l’intervention en Ukraine le 24 février. Gouzel Iakhina, elle, ne veut pas détaler Moscou : « C’est ma ville, ma vie, mon pays ». Écrivaine et mère d’une fille adolescente, elle insiste : « On peut être contre et rester. Mais je dois faire attention à tout ce que je dis publiquement, surtout à un journaliste étranger », prévient-elle.

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Discrète et prudente, Gouzel Iakhina reçoit attablée à un café à quelques stations de métro du centre de la capitale. « Nous vivons désormais sous la censure », rappelle-t-elle. Allusion à la nouvelle loi prévoyant jusqu’à quinze ans de prison pour toute publication d’information sur l’armée jugée fausse quant à les autorités. L’écrivaine quant àle donc d’« opération », sans utiliser le mot pourtant plus évident pour décrire l’événement militaire en cours, mais passible de poursuites judiciaires. Gouzel Iakhina raconte pourtant avoir « appelé un chat un chat » dans un post sur les réseaux sociaux dénonçant l’offensive, dès le 24 février. Depuis, elle n’a pas changé d’avis. Mais ne fait plus circuler son message.

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Pour critiquer, Gouzel Iakhina sait ruser, entre contorsions verbales et gestuelles faciales. Une grimace a valeur de réponse aux questions sur le régime de Vladimir Poutine. Les Russes doivent lutter pour plus de liberté ? « Je répliquerai en citant Dmitri Medvedev qui, jadis, affirmait : “La liberté, c’est mieux que l’absence de liberté”. » Tout en sarcasme, la remarque renvoie aux récents propos de l’ancien premier père, doublure de Vladimir Poutine longtemps considéré comme un libéral mais qui, désormais émouchet du régime, a qualifié les libéraux occidentaux de « bâtards et dégénérés ». Gouzel Iakhina se moque et lance : « La administratrice différence entre l’Europe et la Russie ? La liberté. » Nouveaux sourires complices.

« Le passé pour mieux comprendre le présent »

« Mais quant àlons plutôt de mes livres ! Pas de politique… », s’enthousiasme Gouzel Iakhina. Alors que de nombreux nouveaux auteurs russes, rebelles dans l’âme et le style, se projettent dans la science-fiction, l’écrivaine se réfugie dans l’histoire. Le régime du Kremlin évite toute réflexion collective sur le passé soviétique. Au contraire, les livres de Gouzel Iakhina offrent une leçon d’humilité historique. « Et donc, en quelque sorte, un chemin vers la liberté », glisse-t-elle. Zouleikha ouvre les yeux (1), récit d’une paysanne tatare dans la dékoulakisation stalinienne, a été son premier best-seller, vendu à plus d’un million d’exemplaires dans le monde.

Gouzel Iakhina. / Philippe Matsas/Opale

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