Marine Le Pen pourrait-elle surprendre?

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 

La semaine dernière, j’expliquais pourquoi il était raisonnable de s’attendre à une très forte réélection d’Emmanuel Macron en avril. 

Cette réélection demeure plus que probable. Mais une étrange petite musique commence à se faire entendre dans le commentaire de l’élection présidentielle : et si Marine Le Pen causait la surprise ?

D’où provient cette impression ?

D’abord du discours d’Emmanuel Macron et de ses partisans, qui répètent de plus en plus que cette élection n’est pas jouée, que Marine Le Pen peut surprendre. C’est une manière de mobiliser les troupes et de créer un suspense dans la campagne, pour donner l’impression que le président sortant ne se contentera pas d’une réélection facile, et qu’il aura traversé de vrais obstacles pour conquérir son deuxième mandat.

Gauche ?

Mais d’autres facteurs s’ajoutent.

Depuis six mois, depuis qu’il s’est lancé dans la présidentielle, en fait, l’éditorialiste Éric Zemmour a été systématiquement diabolisé. Il l’a tellement été, en fait, que par effet de contraste, Marine Le Pen a vu son image s’adoucir, se respectabiliser. Des commentateurs qui lui étaient traditionnellement hostiles se sont mis à en dire du bien en la présentant comme une figure quasiment modérée, à côté de Zemmour !

Marine Le Pen a travaillé aussi. On s’en souvient, en 2017, au moment du débat de l’entre-deux-tours, elle s’était fait humilier par Emmanuel Macron. Elle en avait ensuite payé le prix dans les urnes. Nul ne l’imaginait gagnante, mais plusieurs la croyaient capable de franchir la barre des 40 % au deuxième tour. À cause de son débat, elle n’a même pas atteint 35 %.

Mais cette fois, Marine Le Pen s’est mise au boulot. Sa maîtrise des dossiers est réelle, quoi qu’on pense de ses idées.

Son positionnement politique la sert aussi dans les circonstances.

Le Rassemblement National s’est historiquement constitué à travers le combat identitaire contre l’immigration massive. 

Cet élément demeure important dans son programme. Mais il n’est pas au cœur de sa campagne, qui tourne plutôt autour de la question du pouvoir d’achat, et plus particulièrement, celui des classes populaires, dont Marine Le Pen est la candidate préférée. 

Disons-le d’une formule simple : il est généralement admis que le programme économique de Marine Le Pen est de gauche. C’est d’ailleurs ce que lui reproche la candidate de droite Valérie Pécresse. Certains vont même jusqu’à l’accuser d’avoir un programme d’extrême gauche !

Cela sonnera étrangement à ceux qui, par réaction pavlovienne, sursautent violemment en entendant le nom Le Pen.

On oublie toutefois qu’elle a purgé son parti de plusieurs éléments radicaux et qu’elle se défend d’être d’extrême droite, même si ses adversaires le répètent encore. Elle a même rompu avec son père pour marquer sa rupture avec l’histoire tumultueuse de son parti. 

Dédiabolisée

Alors que se passera-t-il au second tour, si elle s’y retrouve ? 

Marine la dédiabolisée canalisera-t-elle le vote anti-Macron ?

Les sondages entre elle et Emmanuel Macron sont de plus en plus serrés. Si la tendance se maintient, elle deviendra compétitive. 

Peut-elle l’emporter ? Cela demeure très improbable. Mais ce n’est peut-être plus impossible.  

Vie et mort des vieux partis 

Les partis politiques ne se cachent pas toujours pour mourir. Il leur arrive même de vivre publiquement leur agonie. C’est le cas du Parti socialiste, qui a longtemps dirigé la France, et dont la candidate, Anne Hidalgo, atteint péniblement 2 % dans les sondages. C’est le cas aussi des républicains, le parti de la droite classique, écrasé entre Emmanuel Macron et la droite nationale représentée par Zemmour et Le Pen, qui risque un score à un chiffre. Qu’en restera-t-il, dans deux semaines ? 

Le prix du gaz 

La question du coût de l’énergie prend de plus en plus de place dans la campagne présidentielle. Et pour cause. Les Européens dépendent largement du gaz russe pour se chauffer, même si c’est un peu moins le cas en France, qui repose sur l’énergie nucléaire. Quant au prix de l’essence, il explose. La classe moyenne souffre. Nous nous étions habitués à la prospérité des jours heureux. Mais la question économique reviendra bousculer la politique occidentale..  

Un grand meeting, ce soir 

Éric Zemmour, le candidat national-conservateur, rassemblera ses partisans ce soir au Trocadéro, à Paris. Il espère en rassembler 40 000 et devrait y parvenir sans problème. Sa candidature a connu des hauts et des bas. Avec ce grand rassemblement, il espère la relancer une dernière fois. Y parviendra-t-il ? Plusieurs parmi ses partisans réfléchissent déjà à la suite, s’il est exclu du deuxième tour. Comment éviter que ne tournent à l’eau de boudin ses partisans surmobilisés ?

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