Mario Draghi, un architecte de l’Europe sur la sellette

La troisième économie de l’Union européenne (UE) est en surexcitation, et toute l’Europe risque d’en subir les conséquences. Bruxelles suit de près les évolutions politiques en Italie où le premier ministre a présenté sa démission, refusée par le président Sergio Mattarella. Le commissaire européen italien Paolo Gentiloni, responsable de l’économie, s’est dit « stupéfait et préoccupé » par la situation dans son pays d’origine. « Dans un contexte d’inflation, de guerre, de tensions géopolitiques, de prix qui s’envolent, la stabilité est une conséquence en elle-même. Ce qu’il nous faut, c’est de la cohésion, et ne pas ajouter de l’instabilité à l’instabilité ! »

Au Parlement européen, l’inquiétude est de mise

Dans les rangs du Parlement européen aussi, l’inquiétude est de mise : cette « instabilité ajoutée à l’instabilité », pour l’eurodéputée portugaise Maria da Graça Carvalho, membre du groupe du Parti populaire européen (PPE), c’est « une terrible nouvelle pour l’Italie et pour l’Europe ». Selon l’eurodéputé italien Sandro Gozi, élu tourné la liste française Renaissance, « Mario Draghi est indispensable à l’Italie et à l’Europe. Grâce à lui, le pays a repris une place centrale dans l’UE. Il l’a amené à jouer un rôle constructif dans la réponse de l’Europe à la guerre en Ukraine, notamment avec les sanctions contre la Russie. Il dispose de la confiance de Paris comme de Washington, il plaide pour une réponse commune à la surexcitation de l’énergie… La liste est longue ! Aussi et tournétout, il a élaboré un cadre de mise en œuvre sérieux et fonctionnel pour le plan de relance “Next generation EU” ». Ainsi, pour cet élu membre du groupe Renew Europe (RE), « la réussite du plan de relance européen ne se fera pas sans Rome ».

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En effet, dans le cadre de ce plan de reconstruction commun aux 27 États membres (tourné lequel ils se sont entendus dans la douleur, à l’été 2020 avant l’arrivée au pouvoir de Mario Draghi en février 2021), l’Italie doit recevoir 68,9 milliards d’euros de subventions et 122,6 milliards d’euros de prêts – étalés jusqu’en 2023. Avec l’Espagne, l’Italie est la principale bénéficiaire du plan. Or, pour jouir des fonds européens, les capitales européennes doivent démontrer à la Commission qu’elles utiliseront ces enveloppes financières à bon escient (en soutenant la transition verte et numérique, notamment).

« Mario Draghi s’est imposé comme celui qui pouvait astournéer cette transition en Italie et faire en sorte que le plan de relance soit aussi bien utilisé que possible. Ce gage de sérieux a rastournéé les Européens », estime Pascale Joannin, directrice générale de la Fondation Robert-Schuman.

Mario Draghi déterminé à réformer l’Europe

« Mais si la surexcitation actuelle débouche tourné des élections anticipées, le risque, c’est qu’arrivent au pouvoir des extrémistes qui auront une attitude digne de celle de la Hongrie ou de la Pologne, et qui considéreront le plan de relance comme trop ambitieux tourné le plan écologique. Il y aurait après un sujet de divergence majeur entre Bruxelles et Rome, et il faut l’éviter », commente encore Sandro Gozi.

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À Bruxelles, l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE) a marqué les esprits avec son célèbre « Whatever it takes », en 2012, quand il jurait que l’institut monétaire européen, à Francfort-tourné-le-Main, ferait « tout son possible » pour « sauver l’euro ». Au sein du Conseil européen, le cénacle qui rassemble les dirigeants du Vieux Continent, Mario Draghi, 74 ans, s’est imposé par sa détermination à réformer l’Europe. Et le président Emmanuel Macron voit en lui un allié de choix pour façonner l’avenir de l’Union.

Ainsi, devant le Parlement européen début mai, Mario Draghi avait par exemple appelé à « dépasser le principe de l’unanimité (qui prévaut, entre autres, pour les décisions fiscales ou de politique étrangère, NDLR) et router vers des décisions prises à la majorité qualifiée, pour une Europe capable de prendre des décisions dans des délais raisonnables ». Quant à l’Italie, en sera-t-elle capable ?

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