Naïma, mère célibataire, animatrice extrascolaire non reconduite parce qu’elle ne peut suivre une formation (Ixelles)

Naïma assure qu’une formation de 10 jours en résidentiel est impossible pour elle vu ses deux jeunes enfants. Elle assure aussi qu’elle a tenté d’autres voies pour obtenir une certification de son métier d’animatrice extrascolaire: en vain.

ÉdA – Julien RENSONNET

Naïma devait suivre une formation en résidence de 10 jours pour voir son CDD d’animatrice extrascolaire reconduit dans une école d’Ixelles. Impossible avec deux jeunes enfants. Elle a perdu le job qu’elle exerce depuis 2 ans et demi. La commune se dit « humaine » et réfute toute « surprise ».

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« Heureusement que je ne suis pas suicidaire parce que sinon, samedi, j’aurais sauté par la fenêtre ».

Il y a une semaine, Naïma travaillait comme animatrice extrascolaire dans une école maternelle d’Ixelles. Ce mardi, elle est sans emploi. Après 2 ans et demi à son poste, le CDD de cette mère célibataire de 4 enfants n’a pas été reconduit. « On me l’a dit par téléphone, vendredi à 15h30, veille de vacances. Mes collègues sont très tristes. Ma coordinatrice a beaucoup pleuré. Je n’ai pas pu leur dire au revoir. Aux enfants non plus. Pourquoi m’a-t-on caché qu’on ne me garderait pas? »

On m’a reproché de ne pas faire l’effort. Que je devais choisir. On n’est vraiment rien! Ma fille m’a demandé si on allait devenir pauvres.

Ce qui coince: l’exigence d’un brevet qui, vu sa situation familiale, était impossible à suivre. « La seule formation certifiante, c’est 10 jours en résidentiel. Mes deux petits ont 8 et 9 ans. Ils ont plusieurs rendez-vous psychologiques et logopédiques par semaine. Je n’ai personne. Mes aînés sont aux études ». La Bruxelloise ne retient pas ses larmes. « On m’a reproché de ne pas faire l’effort. Que je devais choisir. On n’est vraiment rien! », souffle-t-elle. « Ma fille m’a demandé si on allait devenir pauvres ».

«Mon métier n’existe pas»

Rétroactes. Après un divorce, cette mère de famille perd son restaurant. Sans diplôme, elle se retrouve au CPAS. Après 10 mois, elle est engagée comme accueillante d’enfants à la commune, sous le régime d’insertion Article 60. « On me dit qu’un CDD est à la clef ». Effectivement: après 1 an et demi, elle bascule en tant qu’employée. « La reconduction du CDD est liée à l’obtention du brevet. J’entame les démarches. Je m’inscris pour une formation. Le CPAS est d’accord pour payer les 1.000€ demandés ». Mais voilà: Naïma apprend que cette formation n’est pas valable pour obtenir le contrat. Elle renonce.

Naïma a longtemps tenu un snack qui marchait bien mais son divorce a précipité son recours aux services du CPAS d’Ixelles.

ÉdA – Julien RENSONNET

En Belgique, rien n’est en place structurellement pour permettre à des mères célibataires de suivre ce genre de formation. Or, plus de 80% des familles monoparentales s’articulent autour d’une femme.

L’Ixelloise n’abandonne pas: elle se tourne vers Bruxelles Formation pour faire valider ses compétences, comme une coiffeuse ou un jardinier peuvent le faire. « On m’a appelée pour me dire que mon métier n’existe pas ». Il n’est donc pas « validable ».

Ne reste que cette formation en résidentiel. Et c’est là que Naïma se heurte à l’impossible. « En Belgique, rien n’est en place structurellement pour permettre à des mères célibataires comme Naïma de suivre ce genre de formation », déplore Aurélie Meunier, permanente CGSP-ALR Ixelles. « Or, plus de 80% des familles monoparentales s’articulent autour d’une femme. Ces femmes subissent une triple discrimination: celle d’être une femme, celle d’être mère célibataire et celle d’être sans diplôme ».

«La vraie question»

L’échevin de l’Instruction Publique Romain De Reusme connaît bien le dossier. Selon lui, « la fin du contrat n’est une surprise pour personne, bien que nous en soyons peinés. Un contrat d’1 an a été signé. Il s’achève à son terme. Nous sommes en dehors de toute violence bureaucratique ». Pour le mandataire socialiste, « une commune n’a pas vocation à engager tous les Articles 60 qu’elle emploie. Mais nous avons rempli notre devoir social, de la façon la plus humaine et la plus sensible possible ». Exemple: « alors que le poste d’animatrice exige en principe un niveau D, nous avons admis une entorse à la concertation syndicale et l’avons confié à cette dame qui présentait un niveau E ». Naïma savait donc que « si elle voulait poursuivre dans le cas où une place se libérait, elle devrait correspondre au niveau D exigé ». En d’autres termes: obtenir le brevet. Autre aide: les 1.000€ proposés par le CPAS pour la formation qui n’a finalement pas été suivie. « Elle aurait pourtant été bénéfique sur un CV pour rester dans cette branche ».

Une commune n’a pas vocation à engager tous les Articles 60 qu’elle emploie. Mais nous avons rempli notre devoir social, de la façon la plus humaine et la plus sensible possible.

Naïma avait justement fait l’objet d’une évaluation en tous points satisfaisante à la veille de la non-reconduction de son contrat.

ÉdA – Julien RENSONNET

Plus généralement, Romain De Reusme assure « comprendre la complexité de suivre une formation de 10 jours avec deux enfants mineurs ». Y voit-il une discrimination? « C’est la vraie question: comment une telle formation réservée à l’accueil extrascolaire n’est-elle dispensée qu’en résidentiel? Il y a bien sûr des arguments pratiques, comme permettre aux apprenants de s’occuper des enfants sur site le matin ou le soir », note l’échevin de l’Instruction. « Mais on sait que ça précipite souvent les femmes dans des situations complexes puisque ce sont elles qui occupent ces emplois ». Et de conclure: « Je pense qu’une intervention politique peut être faite à ce sujet. J’ai interrogé la ministre compétente mais je n’ai pas eu de réponse à ce stade ».

Comment une telle formation n’est-elle dispensée qu’en résidentiel? Ça précipite souvent les femmes dans des situations complexes.

Naïma, elle, se battra. « J’avais tout remis en place grâce à ce travail. Les horaires me permettaient de m’occuper de mes filles ». Ironie du sort: le 22 février, l’accueillante extrascolaire avait reçu une évaluation en tous points « très satisfaisante ». Elle déchante. « On m’a vendu du rêve. On me laisse tomber. Les p’tits bouts de chou vont me manquer ».

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