« Pas jojo », le canal de Bruxelles? Dès mai 2022, des îles flottantes pour le verdir (Bruxelles)

Avec l’architecte Luc Schuiten, l’association Canal It Up a planché sur un projet de barges végétales pour le bassin Béco. Mais c’est finalement le site de plaisance du BRYC, à Laeken, qui verra les premières berges végétalisées de Bruxelles.

Canal It Up/ Luc Schuiten/ J. R. ÉdA/ Ecocéan

220m2 d’îles flottantes s’amarreront dans le canal de Bruxelles dès mai. Objectif: verdir la zone et doper la biodiversité. Une surface plus étendue pourrait même filtrer les eaux. Et pourquoi pas s’y promener?

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Le canal bruxellois fait grise mine. Au sens propre: à partir du bassin de Biestebroeck jusqu’au pont de Buda, le corridor d’eau de 14km ne comporte presqu’aucune zone verte. Bordées de hauts quais de pierre, ses berges alignent sites industriels, triages de matériaux, hangars et façades. Pour peu qu’un trottoir ou une piste cyclable le borde, la seule perspective de ceux qui s’y promènent est de béton et de vaguelettes mousseuses allant du brunâtre au grisâtre. Peu d’oiseaux, pas d’insectes, des canettes et bouteilles en plastique.

Pour changer la donne en attendant le parc de l’Allée du Kaai à Tour & Taxis, des îles flottantes vont s’amarrer dans les eaux. Ce dispositif artificiel deviendra le substrat à des plantes aquatiques similaires à celles qu’on trouve dans les marais. Le Port de Bruxelles lancera un projet pilote en mai 2022. Le site choisi: les pontons du BRYC (Brussels Royal Yacht Club), en contrebas du pont Van Praet. D’après une réponse du Ministre de l’Environnement bruxellois Alain Maron (Écolo) à une question parlementaire de la députée MR Aurélie Czekalski le 15 décembre 2021, la superficie de ces premiers radeaux s’étalera sur 220m2 sur une longueur de quelque 100m. Au total, 600m2 pourraient être installés. Selon le Port, c’est Ecocéan, entreprise de Montpellier, qui a été sélectionnée au bout de l’appel d’offres européen. Budget des premières barges: 160.000€.

L’entreprise française Ecocéan a développé des radeaux flottants végétalisés. Ils comportent des cages permettant aux poissons de frayer et aux alevins de se développer. Cette solution qui sera implantée à Bruxelles l’a déjà été sur le canal Saint-Martin à Paris.

Ecocéan

Du vert, des oiseaux, des poissons

« Ces îles ont plusieurs objectifs », détaille Sylvain Godfroid, responsable communication du Port de Bruxelles, qui site un seul précédent belge, à Courtrai. « Végétaliser une partie du Canal, enrichir la biodiversité en accueillant la vie aquatique, filtrer l’eau et capter la chaleur urbaine ». La partie immergée de ces îlots, faite de cages, permettra ainsi aux poissons « de se reproduire à l’abri des prédateurs ». Enfin, « même si c’est une question personnelle », une plus-value esthétique est attendue.

Le bassin Béco serait mieux. Il mesure 800m de chaque côté, est plus proche du centre, possède un accès piéton à l’eau qui sera encore renforcé par le nouveau parc.

À ce titre, l’association Canal It Up se montre mitigée quant au site du port de plaisance. « Ce n’est pas le meilleur endroit car il est peu visible. Seuls les visiteurs du BRYC et les rares piétons du pont Van Praet verront ces îles car, en face, c’est la route qui longe le canal », avance Pieter Elsen. Canal It Up milite pour un canal plus propre et plus vert. Elle organise des sorties en kayaks pour récolter les déchets qui y flottent. Dès 2020, l’association a lancé un projet d’îles flottantes, aidée par le bureau d’architectes de Luc Schuiten. « Nous préférons le bassin Béco. Il mesure 800m de chaque côté, est plus proche du centre, possède un accès piéton à l’eau qui sera encore renforcé par le nouveau parc ». Des îles là-bas, plus visibles, augmenteraient leur pouvoir de sensibilisation.

Comme à Chicago, l’association bruxelloise Canal It Up propose cette solution développée par Biomatrix. Lieu privilégié: le bassin Béco, «plus visible et central». Ces rives flottantes végétales pourraient même y servir de promenade.

Canal It Up/ Luc Schuiten/ Biomatrix

Le Port en convient. « Mais notre fonction première, c’est d’assurer la navigation », rétorque Sylvain Godfroid. « Et de l’écluse de Molenbeek à Sainctelette, c’est étroit. Les bateaux doivent pouvoir se croiser ». D’après le Ministre Maron, « l’accès réglementé au site du BRYC réduira aussi les risques d’escalade, vandalisme et dépôts clandestins » alors que « la présence de ducs-d’albe (pilotis d’amarrage, NDLR) y limitera les chocs éventuels d’embarcations et permettra d’amarrer les structures flottantes ».

Une promenade flottante?

De son côté, Canal It Up a poussé loin la réflexion. Biomatrix, entreprise écossaise, a été sollicitée qui propose un système insulaire à 70.000€ les 120m2. L’association souhaite même que les Bruxellois se promènent sur ces pontons végétalisés. Mais d’après Pieter Elsen, « le Port ne l’autorisera jamais pour des raisons de sécurité. Sentiers, chemins et terrasses viendront plus tard: commençons par planter ». D’autant que la flore des marais sélectionnée pourrait aider à nettoyer les eaux usées. « Oui, car ces plantes trouvent leurs nutriments dans l’eau. Mais il faudrait une surface beaucoup plus importante pour obtenir cet effet filtrant », nuance l’expert. « Il s’agit d’abord de fournir un habitat aux oiseaux, insectes et poissons ».

Selon le ministre bruxellois de l’Environnement Alain Maron, le déploiement des barges végétales sur le site du BRYC et ses pontons est davantage sécurisant pour la navigation et évitera les dégradations.

ÉdA – Julien RENSONNET

La députée MR Aurélie Czekalski applaudit le lancement du site pilote. « La zone du Canal n’est pas la plus verte. C’est très peu accueillant. Pas plus pour la faune et la flore que pour les Bruxellois. Il faut combler ces lacunes, faire revenir la nature en ville. D’autant que les espaces verts de la capitale sont répartis inéquitablement ». La libérale suit donc le dossier de près. « Les choses vont dans le bon sens mais il faut que ça soit visible ». Czekalski « rêve » de voir à Bruxelles des berges semblables à celles « de la Seine à Paris ou de la Tamise à Londres ». Elle ajoute qu’ »en Allemagne, en Lituanie ou en Pologne, des marais artificiels sont créés pour nettoyer les eaux ».

L’Uccloise sait l’importance de cette filtration: elle s’est déjà glissée dans un kayak de Canal It Up pour ramasser des déchets dans le canal. « C’est assez hallucinant! Aux endroits où il y a des problèmes d’égouts, c’est pas très jojo. Et c’est pas quelques kayaks qui changeront la donne ».

Les déchets flottant dans les filets?

Le problème de la pollution du canal ne sera évidemment pas résolu avec ces quelques m2 de barges verdurisées. Alors que Canal It Up en a sorti 6 tonnes de déchets flottant en 2 ans et demi lors de ses expéditions en kayak, le Port de Bruxelles y envoie ses deux bateaux nettoyeurs « chaque jour ou presque ». Quelque 200m3 sont retirés chaque année des eaux grisâtres. Par ailleurs, le Port drague annuellement 40.000m3 de boue « qui résultent du rôle de bassin d’orage du canal », ajoute Sylvain Godfroid, responsable com du Port.

Canal It Up propose un bras articulé qui coincerait les déchets à hauteur de l’écluse de Molenbeek.

Canal It Up/ Luc Schuiten

Là aussi, Canal It Up a planché sur le problème. « En 2020, nous avons développé une barrière anti-déchets végétalisée avec une entreprise de dragage », précise Pieter Elsen. « Déployée obliquement à l’écluse de Molenbeek, elle ramènerait les déchets flottants sur les bords. Mobile, elle se replierait d’une poussée sur un bouton lorsque l’éclusier céderait le passage à un bateau ».

Le MR bruxellois a proposé cette solution au Parlement bruxellois. Celle-ci a été rejetée. Une étude est en effet lancée qui déterminera la meilleure solution pour le ramassage des déchets flottants. Ses résultats sont attendus pour mai 2022. Canal It Up, Bruxelles Environnement, Vivaqua ou le Port y sont consultés.

« Outre le bras articulé, qui risque de tomber en panne, d’autres technologies existent », ajoute Sylvain Godfroid. « Comme des barrières virtuelles à air ». Dans l’attente, le Port précise qu’un 3e bateau nettoyeur juste commandé naviguera dès mai alors que des « pièges à déchets » sont déjà installés; 2 sous le square De Trooz et un 3e dans le bassin Béco.

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