Présidentielle en France: Eric Zemmour obtient un ralliement de poids, mais pas forcément gagnant

PARIS | Le candidat d’extrême droite à la présidentielle française, Eric Zemmour, a reçu le soutien de la nièce de sa rivale Marine Le Pen, mais cette nouvelle prise n’aura pas forcément d’effet immédiat tant que la recomposition politique escomptée ne se concrétise pas, selon des politologues.

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La venue de Marion Maréchal, ancienne députée d’extrême droite et petite fille de Jean-Marie Le Pen, qui était très populaire au sein du Rassemblement national (RN) de Mme Le Pen, est une «prise de guerre», qui peut «contribuer à marginaliser un peu Marine Le Pen», estime Sylvain Crépon, maître de conférences en sciences politiques.

Mais «ça n’élargit pas vraiment l’électorat» d’Eric Zemmour, dont elle est proche idéologiquement, plus libérale sur le plan économique, plus conservatrice sur les valeurs sociétales que sa tante.

Photo AFP

Marion Maréchal

En outre, le ralliement de l’égérie de l’extrême droite risque d’avoir moins d’impact qu’escompté dans le contexte de la guerre en Ukraine, qui a cassé la dynamique d’Eric Zemmour, qui a reconnu l’«erreur» de ne pas avoir cru à l’invasion décidée par Vladimir Poutine.

«Dans cette campagne présidentielle très particulière, nourrir un certain nombre de calculs politiciens, de négociations en sous-main, de circonscriptions, c’est assez dérisoire», a relevé Louis Aliot, vice-président du RN, qui minimise ce ralliement.

Selon lui, «l’électorat fera peu de cas de ce ralliement, comme il a fait peu de cas des autres».

«Assemblage»

«Son départ a eu lieu il y a longtemps», estime un autre cadre. Et «ceux qui suivent Marion sont déjà chez Zemmour».

À l’inverse chez Eric Zemmour et au sein de son parti Reconquête!, on présente l’arrivée de Marion Maréchal comme un «tournant».

Pour Nicolas Bay, ancien membre dirigeant du RN qui a lui-même rejoint il y a quelques semaines Eric Zemmour, Marion Maréchal «peut rassurer l’électorat de LR (droite)»  et «lever des réticences» chez les femmes, moins disposées que les hommes à voter pour l’ancien chroniqueur.

Le politologue Jean-Yves Camus n’est pour sa part pas persuadé que ce ralliement «changera la donne».

La question va vite se poser de «l’assemblage» entre Eric Zemmour et Marion Maréchal, «deux personnalités qui vont être assez rapidement en compétition», souligne-t-il. Mais aussi entre Marion Maréchal et la proche conseillère et compagne du candidat, Sarah Knafo. Sa «présence peut gêner Marion Maréchal, qui n’a pas l’intention de faire de la figuration».

Le coup d’après

La nièce de Marine Le Pen «pense que le prochain étage de la fusée, c’est elle». Mais cela veut dire d’abord «combattre sa tante», rappelle Jean-Yves Camus.

En fait Eric Zemmour et Marion Maréchal «voient déjà le coup d’après, en tablant sur une marginalisation de Marine Le Pen», abonde Sylvain Crépon, en vue «d’une fusion entre le RN et Reconquête! pour constituer un axe réactionnaire auprès de LR».

Ce qui serait à ce stade une «recomposition de l’extrême droite» plus qu’une «union des droites» entre l’extrême droite et la frange dure de LR (Les Républicains, droite classique). Sauf à faire «exploser LR, dont une petite partie les rejoindrait, et l’autre grosse partie irait chez Macron».

«La vraie seule recomposition, c’est la fin du cordon sanitaire entre LR et le RN avec la possibilité d’alliances», appuie Jean-Yves Camus.

Mais plus que la présidentielle, ce sont les législatives qui pourraient faire sortir du bois certains LR. «Des LR demandent des nouvelles de Zemmour. Et avec les vacances parlementaires, ils vont commencer à se poser des questions sur leur réélection», soutient une proche du candidat d’extrême droite.

Samedi, Marine Le Pen a ironisé sur le ralliement de sa nièce, une «bouée de sauvetage» de la campagne d’Eric Zemmour, qui est «en train de s’effondrer». La candidate du RN est donnée au second tour du scrutin selon les derniers sondages, à plusieurs points devant Zemmour.

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