Présidentielle française : Macron et Le Pen repartent en campagne sur le terrain

PARIS | Le président et candidat centriste Emmanuel Macron ainsi que la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, qui s’affronteront le 24 avril au deuxième tour de la présidentielle française, sont dès lundi repartis en campagne sur le terrain pour aller chercher les voix des électeurs, notamment à gauche. 

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Arrivé en tête dimanche avec 27,85% des voix, plus de quatre points devant la candidate du Rassemblement National (23,15%), leprésident sortant s’est rendu à Denain (nord), un fief de sa rivale d’extrême droite.

Lors d’un bain de foule, il a été interpellé sur un de ses projets phare controversé, le report à 65 ans de l’âge de la retraite. «J’ai voté pour vous mais je le regrette, vous n’aimez pas beaucoup les retraités», l’a interpellé une femme, le candidat répondant qu’il voulait œuvrer à une «retraite plus décente».

«Je suis là pour pour convaincre, écouter aussi (…), j’essaie de clarifier mon programme en montrant qu’il est juste et social. J’ai vu beaucoup de jeunes qui m’ont dit « j’ai voté M. Mélenchon », j’essaie de les convaincre», a expliqué M. Macron.

Avec 21,95% des voix, Jean-Luc Mélenchon, leader de la France Insoumise (LFI, gauche radicale), a fait, de très loin, le meilleur score de gauche, avec un électorat jeune et populaire, courtisé par les deux qualifiés du second tour.

Entré tardivement en campagne en raison de la guerre en Ukraine, avec peu de déplacements et une seule grande réunion, M. Macron, pour lequel «rien n’est joué» pour le second tour, sera beaucoup plus présent sur le terrain avant le 24 avril, avec notamment une réunion géant annoncé samedi à Marseille (sud).

Convaincre à gauche

Mme Le Pen n’entend pas non plus céder un pouce de terrain et a annoncé un déplacement surprise dans l’Yonne (centre) lundi avec comme thématique «pouvoir d’achat et inflation, conséquences sur les agriculteurs».

Elle a axé toute sa campagne sur le pouvoir d’achat et fait passer au second plan ses thèmes de prédilection, lutte contre l’immigration et priorité nationale, laissant outrances et saillies radicales à son rival d’extrême droite Eric Zemmour (7,07%).

Une stratégie qui lui a réussi puisqu’elle a réalisé le score le plus élevé de l’extrême droite au premier tour d’une présidentielle.

M. Macron et Mme Le Pen ont absolument besoin d’élargir leur base électorale du premier tour, notamment à gauche. Les deux camps ont utilisé la même formule de «tendre la main», en particulier aux électeurs de M. Mélenchon, arbitre du deuxième tour. Sans appeler à voter Macron, ce dernier a exhorté dimanche soir ses partisans à ne pas donner la moindre voix à Mme Le Pen.

Mais pour Jordan Bardella, président du RN, «il y a beaucoup d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon qui ne veulent pas de la retraite à 65 ans, qui ne veulent pas remettre la politique de la France entre les mains de McKinsey et d’autres cabinets privés et qui je pense (…) voteront pour Marine Le Pen au second tour».

Trois candidats malheureux à gauche, l’écologiste Yannick Jadot (4,63% des voix), le communiste Fabien Roussel (2, 28%), la socialiste Anne Hidalgo (1,75%), ont explicitement appelé leurs électeurs à voter Emmanuel Macron.

Appel aux dons

La candidate de la droite traditionnelle Valérie Pécresse (4,78% des voix) a annoncé pour sa part son intention de voter «en conscience» pour Emmanuel Macron.

L’enjeu va aussi être de mobiliser les électeurs alors que le premier tour a été marqué par une forte abstention (25,14%) et une désagrégation spectaculaire des deux partis historiques français, le parti socialiste et la droite républicaine.

Illustration de cette débâcle, Valérie Pécresse a lancé un appel aux dons pour permettre à son parti de rembourser les frais de campagne et pour «la survie de la droite républicaine». La loi française prévoit en effet un remboursement des frais de campagne très limité pour un parti obtenant moins de 5% des suffrages.

Le point d’orgue de la campagne d’entre deux tours sera le débat télévisé entre les deux finalistes le 20 avril.

En 2017, il avait été désastreux pour Mme Le Pen, apparue fébrile et ne maîtrisant pas les dossiers, et avait contribué à sa défaite face à M. Macron.

Mais cinq ans plus tard, «C’est un match retour totalement différent», estime le politologue Brice Teinturier pour l’AFP. Le président sortant «n’est plus le candidat nouveau qui a incarné une forme de fraîcheur», et Mme Le Pen «n’est plus celle qui génère beaucoup de rejet, elle a travaillé son positionnement en terme d’image, elle apparaît comme beaucoup plus en relation avec les Français», juge-t-il.

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