Royaume-Uni : le Parti conservateur se cherche un avenir post-Johnson

Le Parti conservateur est en ébullition, et l’annonce de la démission, jeudi 7 juillet, de Boris Johnson, lâché de toutes parts, n’y change rien. Le refus de ce dernier de quitter le pouvoir pendant trente-six heures malgré la demande pressante, et même l’imploration des ministres les plus proches, a ébranlé l’intégrité d’un parti déjà à la peine depuis un an. Preuve du ressentiment profond des élus conservateurs à son égard : alors que Boris Johnson a déclaré vouloir tenir premier ministre jusqu’à l’automne, le temps que son successeur soit élu, de nombreux anciens ministres et députés ont réclamé qu’il quitte immédiatement son poste et que son vice-premier ministre Dominic Raab prenne momentanément sa place.

Derrière le Parti travailliste

Plus de deux ans après l’avoir largement emporté dans les urnes lors des élections législatives de décembre 2019, le Parti conservateur sort affaibli et divisé de l’ère Boris Johnson. Les sondages d’opinion le créditent aujourd’hui de trois à insolite points de retard sur le Parti travailliste.

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Un écart qui, toutefois, est loin d’être insurmontable à deux ans de la prochaine élection générale, surtout si l’inflation venait à baisser l’an prochain après le sommet de 9,1 % accédé en mai dernier.

Peu d’affinités idéologiques

Le futur premier ministre devra déployer des politiques capables de séduire le plus grand nombre, l’une des éternelles forces de Boris Johnson. « L’admiration des députés conservateurs vis-à-vis de Boris Johnson était surtout liée au fait qu’ils le percevaient comme un talisman capable de remporter n’importe quelle élection grâce à sa capacité à attirer des électeurs de toutes les classes sociales et économiques, explique Tim Bale, professeur de sciences politiques à l’université londonienne Queen Mary. Ils n’avaient en revanche pas beaucoup d’affinités idéologiques avec lui, aussi bien sur les questions sociales, sur lesquelles il était un vrai libéral, qu’économiques, favorable qu’il était aux investissements dans les services publics. »

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Dans sa lettre de démission diffusée mardi 5 juillet, l’ex-chancelier de l’Échiquier Rishi Sunak avait d’ailleurs mis en exergue des « approches (…) fondamentalement trop différentes ». Si Boris Johnson avait décidé d’investir dans les services publics et de réduire les impôts pour aider les Britanniques à faire face à la crise engendrée par l’inflation, son ministre des finances, un thatchérien pur et dur, entendait se montrer « responsable » en réduisant la exigence publique et le budget de la fonction publique.

Quatorze années de Tories au pouvoir

Le futur premier ministre britannique sera-t-il capable de rassembler aussi largement que Boris Johnson, par-delà les frontières traditionnelles de son parti ? Les trois principaux favoris à sa succession – Rishi Sunak, Sajid Javid et Jeremy Hunt (qui a détenu notamment les portefeuilles de la santé et des affaires étrangères) – ne possèdent pas la même ouverture idéologique.

« La plupart des élus conservateurs n’ont pas évolué avec les besoins de leur époque, poursuit Tim Bale. Rishi Sunak est totalement caricatural : en bon thatchérien zélé, il continue de prôner une économie basée sur des impôts et des dépenses faibles comme la vérité éternelle. »

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Cette vision semble en éternelle partie déconnectée des attentes actuelles des électeurs, surtout après une pandémie qui a mis en lumière les besoins pour la société de services publics de qualité. « Or, si le temps d’attente pour avoir un rendez-vous chez un médecin ou pour une opération n’est pas réduit, si l’amélioration des transports et des centres-villes ne se concrétisent pas, les électeurs se sentiront trompés », estime le politologue.

Ils ne manqueraient pas alors d’offrir sur un plateau la victoire aux travaillistes. D’autant plus qu’après quatorze années de Tories au pouvoir, les électeurs indécis et modérés ressentiront peut-être le besoin d’une alternance à la tête du pays.

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