« Sans critère, cela veut dire qu’on dépend de l’humeur d’un fonctionnaire? » (vidéo)

L’accusant d’avoir menti, cinq anciens grévistes de la faim et des associations de soutien aux sans-papiers ont porté plainte contre le secrétaire d’État Sammy Mahdi. Le procès a débuté ce mercredi.

Réunis devant les portes closes de l’église du Béguinage de Bruxelles, des sans-papiers (et ex-grévistes de la faim) et des associations de soutien avaient eu des mots durs vis-à-vis de Sammy Mahdi, le secrétaire d’État à l’Asile, en novembre dernier, « Il nous a menti pour mettre fin à la grève de la faim alors que la situation était critique à l’époque », rappelaient notamment les porte-parole du mouvement avant d’annoncer que les anciens grévistes de la faim et leurs soutiens allaient porter plainte contre le secrétaire d’État.

Actuellement encore, 90% des décisions sont négatives, même plus. Alors qu’il s’agit de décisions où on voit qu‘on est revenu sur tous les éléments qui avaient été promis à l’époque.

Alors que le procès début ce mercredi matin, ils étaient cinq sans-papiers (dont les dossiers ont été refusés par l’office des étrangers) et trois associations (La Ligue des droits humains, l’association pour le droit des étrangers (ADDE) et l’ASBL Ciré) à avoir porté plainte suites aux « mensonges » de Sammy Mahdi. « Pour se plaindre de la violation de l’accord qui avait été entériné en juillet dernier (NDLR: ce qu’ont réfuté Sammy Mahdi et l’Office des étrangers), précise l’avocate Selma Benkhelifa. Et parce qu’actuellement encore, 90% des décisions sont négatives, même plus. Alors qu’il s’agit de décisions où on voit qu‘on est revenu sur tous les éléments qui avaient été promis à l’époque. »

Alors que Sammy Mahdi est également en charge de la Loterie nationale, la centaine de manifestants, présents ce mercredi matin sur la place Poelaert, a martelé que l’actuelle procédure de naturalisation était aussi « une loterie » pour laquelle le billet de participation « coûte très cher et est, comme à La Loterie nationale, souvent perdant, mais eux préviennent les participants. »

« Mais qu’est-ce qui suffirait? »

Selon les associations, les dossiers rentrés par les anciens grévistes de la faim répondaient pourtant aux différents critères. « Ils avaient dit que des longs séjours pouvaient servir de support à une régularisation et maintenant on lit dans des décisions qu’ils ont de longs séjours, mais que cela ne suffit pas, ajoute l’avocate. Vous avez une promesse d’embauche, mais cela ne suffit pas. Vous avez de la famille en Belgique, mais cela ne suffit pas. Vous êtes bien intégré, mais cela ne suffit pas. La question est donc: « Mais qu’est-ce qui suffirait? » et à cette question, nous n’avons pas de réponse. »

Sur quelle base, un fonctionnaire peut-il décider de dire oui ou de dire non à une personne qui demande sa régularisation alors qu’elle est ici depuis au moins dix ans. S’il n’y en a pas, cela veut-il dire qu’on dépend de l’humeur de ce fonctionnaire?

Comme à chaque fois, les associations ont réclamé au secrétaire d’État des critères clairs sur lesquels sont basés les acceptations ou les refus de demande de séjour. Sammy Mahdi parle, lui, de ligne directrice. « Mais en droit, il y a toujours des critères, estime Selma Benkhelifa. Il doit d’ailleurs certainement en avoir, mais ceux-ci sont secrets et obscurs. Sinon, sur quelle base, un fonctionnaire peut-il décider de dire oui ou de dire non à une personne qui demande sa régularisation alors qu’elle est ici depuis au moins dix ans. S’il n’y en a pas, cela veut-il dire qu’on dépend de l’humeur de ce fonctionnaire? »

Toujours selon les associations, alors qu’ils ont arrêté leur grève de la faim le 21 juillet dernier, les ex-grévistes ont vu leur état mental fortement se dégrader ces derniers mois. « Et ce n’est pas moi qui le dis, mais un centre de santé mentale où plusieurs psychiatres les ont examinés, termine Selma Benkhelifa. Ils ont conclu que, cet espoir qui a été suscité en juillet par l’accord et qui a été déçu maintenant, a détérioré très fort leur santé mentale. Ils étaient déjà fatigués par la grève de la faim, mais tout d’un coup, quand vous avez de l’espoir, quand on vous dit que ça va aller et puis que, quelques mois plus tard, on se prend une décision négative, c’est très violent, c’est très dur. Ils se rendent compte qu’un État, un gouvernement, peut mentir et peut violer la dignité des gens en les traitant de la sorte. »

Ils étaient déjà fatigués par la grève de la faim, mais tout d’un coup, quand vous avez de l’espoir, quand on vous dit que ça va aller et puis que, quelques mois plus tard, on se prend une décision négative, c’est très violent, c’est très dur.

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