Scholz à Washington pour rassurer sur le soutien allemand dans la crise en Ukraine

Le chancelier Olaf Scholz, suspecté d’une certaine complaisance face à Moscou, se rend lundi pour la première fois en visite à Washington, une occasion de lever les ambiguïtés sur le soutien de l’allié allemand dans la crise ukrainienne.

Le social-démocrate de 63 ans, qui a remplacé Angela Merkel il y a deux mois à la chancellerie, s’entretiendra avec le président Joe Biden, en particulier de la situation tendue en Ukraine. 

Pour le Spiegel, le chef de l’exécutif allemand doit se préparer à un rappel à l’ordre. 

« On peut s’attendre avec certitude à ce que Joe Biden exhorte le chancelier allemand à se montrer plus ferme face à Moscou. Il va de nouveau lui faire comprendre que le gazoduc Nordstream 2 est mort si Poutine attaque l’Ukraine », estime l’hebdomadaire. 

Moscou a massé des dizaines de milliers de soldats depuis des mois aux frontières de ce pays, ce qui pour les Occidentaux constitue le signe d’une opération militaire d’envergure à venir. La Russie s’en défend.

« Les Allemands ont perdu la tête »

Or Olaf Scholz a semé le trouble ces dernières semaines en refusant de livrer des armes à l’Ukraine et en entretenant le suspense sur le sort du gazoduc controversé, avant d’accepter de l’inclure dans la liste d’éventuelles représailles en cas d’attaque russe.

L’Allemagne a longtemps été le principal promoteur de Nord Stream 2 qui augmente la capacité d’importation de gaz russe et est jugé vital pour l’approvisionnement énergétique de la première économie européenne.

L’ouvrage, achevé mais pas opérationnel, a toujours ses partisans au sein du parti social-démocrate mais aussi dans l’opposition allemande, et de récentes déclarations contradictoires de Berlin sur la Russie ont été mal perçues par l’allié américain.

Elles ont provoqué à la fois « déception et dures critiques à Washington », a assuré à l’AFP Constance Stelzenmüller du groupe de réflexion Brookings Institution.

« Aux États-Unis l’impression qui en a en partie résulté est que les Allemands ont perdu la tête », a renchéri la présidente du groupe parlementaire de la Défense, la libérale Marie-Agnes Strack-Zimmermann.

Olaf Scholz « devrait mettre les choses au point à Washington et dire que l’Allemagne est bien sûr un partenaire digne de confiance », a-t-elle ajouté.

Situation délicate

Le chancelier social-démocrate, à la tête d’une coalition compliquée avec les Verts et les Libéraux, a récemment tenté de rectifier le tir.

La Russie paiera « un prix très élevé » en cas d’agression, a-t-il répété à la télévision publique. Et il a annoncé son implication plus active dans les efforts diplomatiques pour éviter le pire en Ukraine, jusqu’ici dominés en Europe par le Français Emmanuel Macron dont le pays assure la présidence tournante de l’UE. 

Après le chef de l’État français, M. Scholz se rendra à son tour en visite à Kiev et à Moscou à la mi-février. 

La crise ukrainienne a placé l’Allemagne dans une situation délicate. Le pays se repose entièrement sur les États-Unis pour assurer sa protection militaire. 

Et depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, les liens transatlantiques demeurent un fondement de sa politique étrangère.

Johann Wadephul, expert en questions internationales au parti conservateur CDU, héritier d’un longue tradition atlantiste, assure à l’AFP avoir reçu des e-mails de Washington qui « se montrent très préoccupés par la politique étrangère allemande ». 

L’Allemagne entretient aussi, au delà de sa dépendance au gaz, des liens économiques étroits avec la Russie, ce qui la conduit à être plus mesurée concernant d’éventuelles sanctions envers la Russie.

« C’est légitime, car l’économie allemande en paierait le prix », souligne Mme Stelzenmüller.

Pendant ses 16 ans de règne, Angela Merkel, qui fut un temps qualifié de « leader du monde libre » pendant le mandat tumultueux de Donald Trump, s’est employée à préserver la bonne entente avec les États-Unis, mais n’en a pas moins défendu jusqu’au bout bec et ongles le projet Nordstream 2 et le dialogue avec Vladimir Poutine.

« Les bons amis peuvent avoir des désaccords », avait résumé Joe Biden en recevant la chancelière en juillet pour sa dernière visite à la Maison blanche.

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