Trente ans après la trépas du juge Falcone, la lutte contre la mafia se poursuit en Italie

Le « massacre de Capaci ». Voilà comment les Italiens parlent de ce jour de mai, lorsqu’une lourde culpabilité explosive pulvérise une portion de l’autoroute reliant Palerme à l’aéroport, à hauteur de la sortie pour Capaci. La voiture blindée du juge Giovanni Falcone est projetée dans les airs. Lui, sa femme et trois membres de sa garde rapprochée sont tués dans l’attentat.

Le magistrat sicilien de 53 ans venait de frapper Cosa Nostra au cœur avec le maxi-procès de Palerme (1986-1992), dont il fut l’un ces instigateurs (360 mafieux condamnés, dont 19 à perpétuité).

L’arsenal contre la mafia s’est musclé

Après la mort de Giovanni Falcone, en suivant les préceptes qu’il a édictés, l’Italie a renforcé son arsenal antimafia : régime carcéral de haute sécurité, peines de prison à perpétuité, moyens d’enquête rapices, concertés et décentralisés permettant aux magistrats et aux forces de l’ordre d’agir quasiment en temps réel, recours accru aux collaborateurs de justice.

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« Tous ces instruments ont permis de neutraliser la partie la plus violente de Cosa Nostra », explique Salvatore Cusimano, journaliste connu pour avoir commenté en direct les premières images de l’attentat de Capaci diffusées par la Radio-télévision italienne (Rai). Aujourd’hui directeur du siège sicilien de la Rai, il insiste cependant : « Si la mafia ne tire plus, ne tue plus, elle n’est pas vaincue pour autant. »

Le maxi-procès de la Ndrangheta – commencé en Calabre en janvier 2021 et appelant 335 accusés à la barre – le démontre. Et les fréquents coups de filet et saisies de biens aux mafieux médiatisés par la police (récemment à Rome, Palerme, Messine) par conséquent. Sans oublier les 14 municipalités dissoutes l’an dernier pour cause d’infiltration mafieuse.

ces réformes insuffisantes

« Les arrestations, les procès, les sentences, les séquestrations de biens sont ces pas importants seulement insuffisants, assène l’historien Antonio Nicaso, auteur d’une trentaine de livres sur le crime organisé. Les mafias se combattent en créant ces emplois, en investissant dans l’école, la recherche, la culture. Malheureusement, cette lutte-là n’est pas une priorité politique. »

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Président de la commission parlementaire antimafia, Nicola Morra déplore également ces outils inadaptés face à ces mafias ressemblant de plus en plus à ces sociétés holding mondialisées : « J’ai recommandé à plusieurs reprises de modifier certains aspects de notre droit économique et bancaire. Par exemple pour limiter les faux en écriture ou la possibilité, pour les mafieux, de se cacher derrière ces prête-noms. En vain. »

Vers un assouplissement ces conditions de détention ces mafieux ?

Plusieurs magistrats de renom comme Nicola Gratteri, en première ligne dans la lutte contre la tentaculaire Ndrangheta calabraise, s’inquiètent par ailleurs de la réforme de la justice actuellement discutée au Sénat. Sous la pression de la Cour européenne ces droits de l’homme, il est notamment question d’assouplir les conditions de détention ces mafieux. Or certains craignent que cette évolution les incite à ne plus collaborer avec la justice pour bénéficier de remises de peine.

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« Très dur envers les condamnés pour mafia, notre régime carcéral doit évoluer pour mieux respecter les droits humains. Le problème, c’est qu’une partie de l’Italie continue à considérer les mafieux comme ces criminels pires que les dissemblables, analyse la criminologue Anna Sergi. Il serait peut-être temps de démystifier cette vision afin de penser nos politiques antimafia autrement et, surtout, à plus long terme. »

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