Un virtuose fait vivre la musique afghane loin des talibans

Homayoun Sakhi ferme les yeux et caresse son rubab, un instrument à cordes en bois incrusté de nacre. «J’ai l’impression d’avoir mon Afghanistan entre les mains», dit le musicien qui fait résonner depuis l’étranger la musique, considérée comme un péché par les talibans. 

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Rencontré par l’AFP à Londres, Homayoun Sakhi, un des joueurs de rubab les plus renommés au monde subit les effets du décalage horaire après être arrivé de Californie. Il est venu se produire au centre Barbican pour un concert de soutien destiné à récolter des fonds pour son pays natal.

L’Afghanistan est en pleine crise humanitaire et sa riche culture est aussi menacée depuis le retour au pouvoir l’an dernier des talibans, qui avaient banni toute musique profane lors de leur précédent régime (1996-2001).

Si le nouveau gouvernement islamiste n’a pas encore légiféré à ce sujet, il considère toujours l’écoute de musique non religieuse comme contraire à sa vision de la loi islamique.

Des vidéos largement partagées sur les réseaux sociaux ont montré les talibans brisant et brulant des instruments. Des musiciens ont fui le pays. 

«En ce moment, il n’y a pas de musique en Afghanistan», dit M. Sakhi. «C’est vraiment difficile parce qu’il n’y a pas de concerts, pas de musique, et (pour les musiciens) c’est très dur d’être sans argent et sans-travail C’est pourquoi ils essaient de se rendre quelque part pour jouer.» 

«Chez moi»

À partir de 2001, sous le gouvernement soutenu par les Occidentaux, le secteur des médias a fleuri dans le pays, et avec lui la production musicale. Au point qu’«Afghan Star», la version locale du concours de talents «Pop Idol», y était devenue l’une des émissions les télévisées les plus suivies. 

Mais depuis le départ occidental et le retour au pouvoir des talibans l’été dernier, la musique afghane, traditionnelle ou pop, ne vit qu’à travers des passionnés exilés à l’étranger.

Parmi eux, Homayoun Sakhi, qui a donné une nouvelle jeunesse au rubab, un instrument de musique à cordes dont l’origine remonte à des milliers d’années.

Né à Kaboul, Homayoun Sakhi a quitté l’Afghanistan avec sa famille en 1992, fuyant le chaos qui a suivi le retrait soviétique, pour s’installer au Pakistan. 

Il s’est ensuite installé à Fremont, en Californie, ville connue pour sa grande communauté afghane, et a créé une académie enseignant la pratique du rubab. 

«À chaque fois que je joue, je suis chez moi, j’ai l’impression d’être en Afghanistan», dit-il. 

Samedi, il participait au concert baptisé «Songs of Hope» (Chansons d’espoir) au Barbican, organisé par Afghanistan International TV, une chaîne basée à Londres et créée par la société de médias Volant, qui gère également une chaîne en langue persane pour les Iraniens. 

Un documentaire sur ce concert sera diffusé en mars. 

Héritage culturel

Lors de la première moitié, M. Sakhi a interprété des morceaux afghans classiques, suivis de musique folk. 

Il a joué aux côtés du virtuose britannique Shahbaz Hussain au tabla, un instrument à percussion, et le musicien iranien Adib Rostami au kamantcheh, un instrument à cordes.

Ce concert, «c’est la seule chose que je pouvais faire en tant que musicien», explique Adib Rostami, organisateur de l’évènement et journaliste pour Volant. 

Pour lui, la situation actuelle des musiciens sous le régime des talibans est «un retour aux années 1990». «La plupart des musiciens essaient de quitter le pays», déplore-t-il. 

En décembre, un groupe d’élèves et d’enseignants d’une école nationale de musique à Kaboul a trouvé refuge au Portugal. 

Le premier orchestre entièrement féminin d’Afghanistan, Zohra, créée en 2016 et nommée d’après une déesse persane de la musique, a quant à lui déménagé au Qatar.

Si les talibans peuvent proscrire la musique en Afghanistan, «ils ne peuvent pas l’interdire aux gens du monde entier», souligne Adib Rostami. «Nous devons essayer en tant que musiciens, en tant que mélomanes, de trouver un moyen de conserver cet héritage culturel pour l’avenir».

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