Une élection pas ordinaire | Le Journal de Montréal

Notre chroniqueur Mathieu Bock-Côté séjourne actuellement en France, d’où il observe l’actualité française d’un œil québécois. 

Dans une semaine, les Français se rendront aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Deux semaines plus tard, ils y retourneront pour choisir entre les deux candidats qui se seront qualifiés au premier tour.

Si la tendance se maintient, ils trancheront entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

Cette élection présidentielle est paradoxale.

La palette des candidatures et des options politiques qu’ont les Français devant eux est variée – plus variée qu’à l’habitude, en fait. Les grands courants politiques et idéologiques qui traversent la France s’y affrontent à travers des candidats sérieux, même s’ils sont d’inégale valeur.

Débat

Normalement, le débat devrait les mobiliser.

Et pourtant, cette élection ne passionne pas et on redoute un taux d’abstention record.

Comment le comprendre ? Les raisons avancées sont multiples.

Pour les uns, la COVID a anesthésié le sens politique des Français. Ils peineraient à se refaire une santé physique.

Pour les autres, la campagne présidentielle est la victime collatérale de l’invasion russe de l’Ukraine, qui aurait tout écrasé médiatiquement, en ne laissant plus qu’une place mineure à la vie démocratique classique.

Emmanuel Macron lui-même a renoncé à faire campagne en prétextant devoir s’occuper exclusivement de la politique internationale.

Ce n’était pas complètement faux, mais certains ont affirmé, sans se tromper complètement non plus, qu’il a théâtralisé son action diplomatique pour se présenter comme le seul candidat sérieux, contre lequel s’agiteraient de malheureux pygmées.

Quoi qu’il en soit, cette campagne se déroule dans une étrange atmosphère politique, dans un mélange de hargne militante et d’apathie démocratique.

Cela n’est pas sans danger à moyen terme. Car la France est traversée par de vraies tensions. C’est le rôle des élections, normalement, de les dénouer en leur permettant de s’affronter de manière démocratique, à travers des débats où le désir d’en découdre se transforme en volonté de débattre.

On pensera naturellement à la question de l’immigration, qui hante le pays, ce dont tous conviennent, ouvertement ou à micro fermé, quand ils redoutent l’opprobre médiatique. La version la plus rétrograde de l’islam s’y est substituée à la culture française, devenue étrangère chez elle.

Cette question est indissociable de celle de l’insécurité. Certains quartiers sont devenus des zones de non-droit et de non-France, tout à la fois. Il ne fait pas bon s’y aventurer, encore moins quand on est une femme.

Extrêmes

D’autres enjeux sociaux majeurs traversent le pays. Celui du pouvoir d’achat est central, dans un pays qui a connu il y a quelques années à peine la révolte des Gilets jaunes. La hausse du prix de l’essence et du gaz, autrement dit, la hausse du prix de l’énergie, pourrait susciter de nouvelles révoltes.

Faut-il rappeler par ailleurs que la France est un pays qui a une vraie tradition de jacqueries et d’insurrections. Les Français pourraient passer de l’apathie civique à la colère sociale. Autrement dit, le prochain mandat d’Emmanuel Macron, s’il est réélu, pourrait être particulièrement tumultueux.

Il ne suffira pas, alors, de dénoncer « les extrêmes » pour calmer la protestation populaire. 

L’ère des pénuries et du rationnement 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque probablement l’entrée dans une nouvelle époque qui n’est pas sans en rappeler d’anciennes. On parle soudainement de pénurie, de rationnement, de possible famine. Autrement dit, on voit venir un monde qui n’aura plus la prospérité comme horizon, mais comme exception. De quelle manière la démocratie peut-elle arbitrer des tensions vives alors que les classes moyennes sur lesquelles elle s’appuie sont peut-être appelées à l’effritement, et même à la dislocation ? 

L’Université Laval fait parler d’elle 

Les pratiques ouvertement discriminatoires de l’Université Laval contre les hommes blancs commencent à faire parler d’elles en France. Le Figaro s’y est intéressé. On peut s’attendre à ce que le sujet prenne de l’ampleur tôt ou tard, car les Français, globalement, sont non seulement réservés, mais hostiles devant les politiques qui relèvent de la discrimination ethnique, même lorsque des idéologues multiculturalistes veulent faire passer cette discrimination pour positive. La réputation du Canada en sort abîmée. 

Deux grands meetings 

Samedi, Emmanuel Macron rassemble ses militants pour son seul grand rassemblement de la campagne présidentielle. Il entend installer les thèmes de son duel à venir avec Marine Le Pen. Dimanche, Valérie Pécresse rassemblera ses troupes, dans une ultime tentative de se donner une poussée dans les sondages, pour se rendre au deuxième tour. Le souvenir de la COVID semble loin derrière nous, même si nous savons que l’épidémie se poursuit. La vie reprend ses droits.

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