une formation est lancée à Namur (photos et vidéo) (Namur)

Isoleur, un nom novateur pour un métier qui l’est tout autant. Pour répondre aux enjeux énergétiques, le Forem lance une formation pour apprendre les techniques de l’isolation.

« Depuis quelques années, l’isolation est devenue la priorité de nombreux ménages vu la hausse des prix de l’énergie, indique Édouard Francq, conseiller à la Confédération construction wallonne (CCW). En parallèle, il y a de nombreux objectifs environnementaux, tant wallons qu’européens, pour un taux plus élevé de rénovation du bâti. De nouvelles techniques doivent donc être apprises. » Pour répondre aux besoins des entreprises et de leurs clients, le Forem vient donc de lancer une formation en alternance d’isoleur. Ce savoir-faire, effectué traditionnellement par des maçons, couvreurs et plafonneurs, tend à devenir une spécialité à part entière. Depuis le 6 décembre, 7 premiers demandeurs d’emploi se forment à cette profession au centre Forem de Saint-Servais.

Certains sont issus de la construction, d’autres sont en totale reconversion professionnelle, comme David, Jambois de 46 ans. « J’étais technicien de surface sur de gros chantiers mais il n’y avait plus d’avenir pour moi là-dedans alors j’ai décidé de me réorienter, confie-t-il. Je sais faire beaucoup de choses dans le bâtiment, comme la peinture, mais ce que j’aime dans l’isolation, c’est le fait d’avoir un métier qui répond aux enjeux environnementaux de demain. Il suffit de lever les yeux vers les toitures, en rue, pour voir qu’il y a du boulot! »

 

Théorie, visites et stages

 

Le parcours formatif comprend 30% de théorie et 70% de pratique. « La théorie porte sur tous les principes d’isolation (tant par l’intérieur que par l’extérieur) et la physique du bâtiment, explique Laurence Bailly, formatrice. Il s’agit notamment de leur faire comprendre l’importance des raccords d’isolation et d’étanchéité à l’air entre une toiture et un mur. Lors du volet pratique, ils apprennent à placer de l’isolant sur des maquettes de maisons, autant en rénovation qu’en construction neuve, avec à chaque fois des exercices différents pour leur apprendre tous types d’isolation. » Dès qu’une maisonnette est complètement isolée, elle est soumise à un test d’étanchéité à l’air permettant de vérifier si le job a bien été réalisé.

Le cursus de 70 jours est complété par des visites de chantiers et deux stages en entreprise. « Tout compris, ça dure jusqu’au 17 juin, précise-t-elle. Il y a aussi une formule plus courte avec moins de pratique. » Au niveau des prérequis, il faut être manuel, avoir la soif d’apprendre la technicité du métier, ne pas rechigner à travailler sur des chantiers et connaître les opérations de base en mathématiques. Le métier demande aussi de respecter des règles de sécurité. « Il existe des moyens pour se protéger des gaz générés lors de la projection d’isolants comme des masques (il s’agit notamment des EPI, équipements de protection individuelle, NDLR). Mais avec la tendance à aller vers des matériaux biosourcés, le danger est moindre », rassure François Raulier, membre de la Plateforme wallonne de l’isolation.

ÉdA – Florent Marot

 

Des matériaux à l’infini

 

Sur les chantiers, les isolants sont nombreux: il y a ceux issus de la pétrochimie comme le polyuréthane et le polystyrène (frigolite), les isolants minéraux, et aussi ceux à base végétale (comme la laine d’herbe, le gramitherm) et animale (laine de mouton). Au centre de formation, ils sont tous étudiés car ils ont chacun leurs spécificités. « Certains vont bien résister à la compression. On va donc les mettre en pied de mur. Actuellement, il y a une nette tendance en faveur des matériaux naturels, il y a d’ailleurs une prime wallonne pour ça », poursuit la formatrice. Parmi ceux-ci: la laine de bois, de lin ou de chanvre, la ouate de cellulose, la laine de coton recyclé, la paille. le chaux-chanvre, le liège, etc. « Dans certains cas, comme en toiture, je le recommande vivement parce qu’au-delà de leur aspect écologique, les matériaux naturels ont un intérêt au niveau de la physique du bâtiment. En été, ça apportera plus de confort car on aura moins de surchauffe qu’avec un polyuréthane. » Ce n’est toutefois pas conseillé dans d’autres cas. « Par exemple, s’il y a un contact avec le sol, car ça va finir par pourrir, affirme Laurence Bailly. Il y a encore des parties de bâtiment où l’on ne sait pas faire autrement que d’utiliser des matériaux provenant de la pétrochimie. »

L’ambition de la Wallonie d’ici 2050 est d’isoler l’enveloppe des bâtiments résidentiels existants, pour les rendre plus performants, et que leur PEB atteigne le niveau A. « On doit tripler le taux de rénovation du bâti actuel. C’est un défi très important », estime Édouard Francq. Ça tombe bien pour Thomas, 41 ans, qui avoue être plus porté sur la rénovation. « J’aime l’idée d’enlever le vieux pour réfléchir à la façon la plus appropriée d’améliorer les choses. C’est incroyable de se dire qu’une maison n’a quasiment pas besoin d’énergie pour se chauffer grâce à une bonne isolation », dit-il.

Rénover est pourtant plus difficile, selon la formatrice. « Il faut faire avec ce qu’on a, et il n’y a pas toujours un architecte si ce ne sont pas des grosses transformations. L’entrepreneur est donc livré à lui-même pour trouver des solutions, observe-t-elle. Alors que dans une construction neuve, on peut anticiper pas mal de choses.  » Thomas et les autres stagiaires prouvent que « l’isoleur » sera loin d’être un métier isolé à l’avenir, d’autant plus que le secteur de la construction souffre comme on le sait d’une pénurie de main-d’œuvre (7000 postes vacants).

 

Jusqu’au 15 janvier, deux personnes en plus peuvent intégrer la formation à Namur. Infos: 081/48 68 11 ou [email protected]

 

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