Vincent Kompany, éduqué pour se révolter contre l’injustice et le racisme (Bruxelles)

Vincent Kompany est devenu, par son parcours, un symbole d’intégration et de la lutte contre le racisme.

« Un modèle et un héros pour de nombreux Belges. » C’est en ces termes que Sarah Schlitz, secrétaire d’État fédérale à l’Égalité des chances, a évoqué Vincent Kompany dans un communiqué fustigeant le comportement de certains supporters brugeois et plus globalement de nombreux fans de foot.

Il l’est plus particulièrement aussi pour une nouvelle génération de Belges aux origines aussi diverses que variées. Il est devenu, de par le moment de son explosion et de par son charisme, le symbole d’une nouvelle vague de footballeurs belges racisés.

 

Il voulait marcher pour BLM pendant le confinement

 

Premier match du Mondial en 2002 : dans le 11 de base belge du premier match, on ne retrouve aucun joueur de couleur.

Premier match de l’Euro en 2021 : trois joueurs d’origine africaine (Boyata, Tielemans et Lukaku) et un d’origine hispanico-portugaise (Carrasco).

Mis à part les frères Mpenza, qui ont marqué l’Histoire de notre football au XXIe siècle, peu sont les joueurs de couleur à avoir porté leurs origines – il est né d’un père congolais et d’une mère belge et blanche – aussi haut que Vincent Kompany. Surtout il y a une quinzaine d’années. Une époque où beaucoup de mentalités étaient encore figées.

Le racisme, Vincent Kompany y a été confronté depuis son plus jeune âge. L’exemple vient de son petit frère François, interrogé suite à sa présence lors d’une manifestation contre le racisme suite au décès de George Floyd.

« Ce n’était pas rare d’entendre des parents de l’équipe adverse (NDLR: quand il jouait chez les jeunes d’Anderlecht) crier : “Il a quel âge, ce vuile Zwette (NDLR: sale Noir)?” Combien de fois est-ce que ma mère n’a pas confronté ces personnes avec leurs propos racistes? Mais elles trouvaient cela normal. »

Pas étonnant donc de retrouver François et Carla, la femme de Vincent, à la manifestation « Black lives matter » lors du premier confinement. Vincent Kompany aurait voulu y assister mais ne pouvait pas prendre ce risque alors qu’il était encore joueur.

Il s’est longtemps nourri du racisme pour évoluer et grandir contre le courant de l’époque qui le poussait vers le bas. « Le racisme avait sur moi l’effet de bûches dans un feu », utilisait-il comme image à l’époque.

Cette position de battant lui a été transmise par ses parents. « Ils se révoltaient contre l’inégalité et l’injustice », a-t-il confié au Guardian. « Je ne supportais donc pas qu’on punisse quelqu’un qui n’avait rien fait de mal. »

Pas étonnant, donc, de le voir impliqué dans un projet d’aide aux sans-abri à Manchester ou auprès de SOS villages d’enfant en Afrique. Même la création de son club, le BX Brussels, avait pour but d’intégrer les jeunes des quartiers les plus pauvres de la capitale.

Mais son cheval de bataille a toujours été le racisme. Une conscience née depuis son plus jeune âge et qui s’est développée peu à peu. En particulier chez les Diables rouges où le nombre de joueurs aux origines africaines, asiatiques ou d’ailleurs n’a cessé de grandir.

 

Le modèle de Lukaku

 

Kompany n’a jamais hésité à encourager ses équipiers à dénoncer les discriminations dans les stades et la société en général.

Plusieurs Diables de quelques années ses cadets le regardaient avec de grands yeux en grandissant. Un joueur comme Romelu Lukaku en avait fait son idole. « Je rêvais d’être Vincent Kompany », a-t-il confié à The Player’s Tribune. Et pas pour ses qualités footballistiques mais pour tout ce qu’il représente.

Les deux hommes se sont toujours soutenus mutuellement sur et en dehors du terrain. Lukaku a réagi avec virulence à ce qui s’est déroulé dimanche. Il y a un peu plus de deux ans, c’était Kompany qui était venu à la rescousse de Big Rom, victime de cris racistes à Cagliari alors qu’il évoluait à l’Inter Milan.

Kompany avait réagi au micro de Sky en pointant de bien plus hautes sphères que celles des supporters en tribunes.

« Aucune des institutions sportives n’a des représentants qui peuvent réellement comprendre ce que vit Romelu. Vous avez affaire à des décideurs qui lui disent ce qu’il devrait penser et ressentir alors qu’aucun d’eux n’a vécu ce qu’il vit. Prenez les conseils d’administration de l’UEFA ou de la FIFA, de la Ligue italienne ou anglaise, il y a un réel manque de diversité. »

Il avait déjà pointé cette tendance, dans le monde de l’entreprise ce coup-ci, quelques années auparavant. Plus tard, il a évoqué une possible obligation de quotas de diversité aux différents échelons du football mondial.

Le sujet passionne Kompany et il ne lâchera certainement pas l’affaire. S’il a décidé d’en parler à chaud après le match, c’était pour faire passer un message et que personne ne puisse étouffer l’affaire. Kompany a été directement touché par les insultes brugeoises mais son combat s’étend à plus que sa petite personne.

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