Vladimir Poutine, entre brutalité et «paranoïa»

La posture de Vladimir Poutine au paroxysme de la crise russo-ukrainienne laisse transparaître un dirigeant « paranoaïque » et isolé, disent responsables occidentaux et analystes.

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La réunion en direct du Conseil de sécurité russe lundi, dans le décor très solennel du Kremlin, a glacé le monde entier.

Le président russe, assis seul devant une grande table, interroge les principaux responsables sécuritaires de son pays, qui défilent l’un après l’autre devant un pupitre, tels des étudiants pendant un grand oral.

« Proposez-vous de commencer un processus de négociation (…) ou de reconnaître la souveraineté des républiques » séparatistes en Ukraine, demande-t-il, un sourire ironique en coin, au chef du Service des renseignements extérieurs, Sergueï Narychkine.

« Parlez clairement », lance-t-il à l’intéressé qui s’est mis à bafouiller. « Je soutiendrai la proposition » de reconnaissance, esquisse alors Sergueï Narychkine. « Je soutiendrai ou je soutiens (..) Oui ou non ? », s’énerve Vladimir Poutine, humiliant en direct ce haut responsable.

Quelques heures plus tard, le maître du Kremlin déroule un discours-fleuve à la nation niant la légitimité historique de l’Ukraine et accusant l’OTAN de vouloir utiliser ce pays comme un « tremplin » pour attaquer la Russie. Il le termine en reconnaissant les deux « républiques » autoproclamées prorusses du Donbass.

L’Ukraine est une création artificielle de « la Russie bolchévique et communiste », assène-t-il, rappelant qu’elle est constituée de « terres russes ». « Nous sommes prêts à vous montrer ce que signifie une véritable décommunisation de l’Ukraine », ajoute-t-il, menaçant.

« Délirant »

Ce pays entend se livrer à des « actions militaires » contre la Russie avec l’aide des Occidentaux et en se dotant de l’arme nucléaire, accuse Vladimir Poutine.

« Les États-Unis et l’OTAN ont commencé sans vergogne » à faire du territoire ukrainien un « théâtre d’opérations militaires potentielles » en y envoyant des contingents et y en effectuant des manoeuvres militaires, affirme-t-il encore.

« Paranoïa », « cynisme »… les réactions fusent, notamment à Paris, où la tentative avortée de médiation du président Emmanuel Macron auprès de son homologue russe est mal vécue.

« Il y a eu une analyse extrêmement violente, un peu délirante ou paranoïaque, mais construite malheureusement de la part de Vladimir Poutine (…) avec beaucoup de mensonges historiques », résume le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune.

Au cours de son déplacement à Moscou le 7 février, Emmanuel Macron avait déjà confié à des journalistes avoir trouvé un Vladimir Poutine « plus raide, plus isolé, parti dans une sorte de dérive à la fois idéologique et sécuritaire ».

Le chef de l’État russe est un habitué des humiliations en direct, tout comme des discours géopolitiques musclés, empreints de références machistes.

« Tout ce qu’il a dit lundi, il l’avait déjà dit avant », relève Michel Eltchaninoff, auteur de « Dans la tête de Vladimir Poutine », qui épluche ses allocutions depuis 20 ans.

« Effet de sidération »

Mais, cette fois, la dramatisation était à son comble, sur fond de bruits de bottes en Ukraine et d’incertitudes sur les intentions réelles du Kremlin. 

« Le chef du Politburo du XXIe siècle tient un discours insensé », a ironisé sur Facebook son principal opposant, Alexeï Navalny, emprisonné depuis son retour en janvier 2021 d’Allemagne où il avait été soigné pour un empoisonnement. 

L’ex-chancelière allemande Angela Merkel avait déjà émis quelques réserves sur l’univers mental de Vladimir Poutine au moment de l’annexion de la Crimée par la Russie et du début de l’offensive des séparatistes prorusses dans l’est de l’Ukraine en 2014.

« Il a perdu tout contact avec la réalité (…) Il est dans un autre monde », avait-elle confié au président Barack Obama, selon des propos rapportés par la presse américaine.

« Il y a un mélange de rationalité et de clôture totale par rapport au réel (…) une forme de détachement de la réalité de Poutine au nom de son idéologie qu’on peut qualifier de paranoïaque », considère Michel Eltchaninoff, le rédacteur en chef de Philosophie Magazine.

« On a toujours dit que c’était un dirigeant pragmatique, un bon tacticien. Est-ce qu’il va sacrifier son pragmatisme au nom de son idéologie ? C’est possible. En tout cas il semble prêt à aller à la guerre », souligne-t-il.

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